L’Algérie vient d’être retirée de la liste grise du GALFI le 19 juin 2026 mais l’économie algérienne est en grande partie une économie de nature publique avec une gestion administrative largement irriguée par la rente des hydrocarbures directement et indirectement . Le système financier algérien est en grande partie directement et indirectement irrigué par la rente des hydrocarbures .
Dans sa globalité – banques, fiscalité, domaines, douanes, le système financier algérien doit s’adapter aux normes internationales, ayant besoin de réformes structurelles pour dynamiser le tissu productif, C’est un enjeu énorme de pouvoir, ce qui explique que les réformes structurelles annoncées depuis plusieurs des décennies soient menées timidement À partir de là, ne faut-il pas parler de refondation du système financier algérien , car sa réforme renvoie fondamentalement à la gouvernance globale, expliquant cette sentence du président de la République Abdelmadjid Tebboune, je le cite « « les banques doivent passer de guichets administratifs à de véritables banques accompagnant les véritables investisseurs ».
1.- Les banques publiques en ce mois de janvier 2026 représentent plus de 85% des crédits octroyés et malgré leur nombre, les banques privées sont marginales, les activités, quelle que soit leur nature, se nourrissant des flux budgétaires et leur financement est lié à la capacité réelle ou supposée du Trésor où se tissent des liens dialectiques entre la logique rentière et l’extension de la sphère informelle (avec des monopoles informels), produit des dysfonctionnements des appareils de l’Etat et de la bureaucratie. L’informel contrôle plus de 65% des segments des produits de première nécessité : marché des fruits et légumes, du poisson, de la viande rouge et blanche et à travers les importations, le textile et le cuir expliquant le peu d’impacts des différentes directives du ministère du Commerce. Car, lorsqu’un gouvernement introduit des injonctions administratives ne correspondant pas à l’état de la société et c’est une loi économique universelle, les agents économiques produisent eux-mêmes leurs propres règles qui leur permettent de fonctionner, beaucoup plus solides que celles que l’Etat veut imposer car reposant sur la confiance (voir étude sous la direction du professeur A.Mebtoul « Poids de la sphère informelle au Maghreb ». Institut Français des Relations Internationales IFRI 2013 réactualisée dans le revue stratégie IMDEP du Ministère de la Défense nationale Alger octobre 2019) . Dans sa note de février 2024 sur la conjoncture économique relative aux tendances monétaires et financières des 9 premiers mois de l’année 2023, la Banque d’Algérie a souligné qu’en septembre 2023, les sommes d’argent qui circulent en dehors du circuit bancaire ont atteint 8026,19 milliards de dinars, dépassant de loin les 7392,8 milliards de dinars enregistrés à fin décembre 2022, représentant au cours de 137 dinars un dollar 59,39 milliards de dollars soit environ 33% du PIB
Selon la Banque d’Algérie , le 25 juin 2026, la monnaie unique européenne s’établissait à 151,4329 dinars contre le dollar américain s’échange à environ 240,00 DA à l’achat et 245,00 DA à la vente ,contre 5 dinars un dollar en 1970, en 2000 environ 75 dinars n’ayant pas permis contrairement aux lois économiques de dynamiser les exportations hors hydrocarbures montrant que le blocage est d’ordre systémique et de surcroît , cet artifice comptable permettant pourtant de combler artificiellement l’important déficit budgétaire ,( augmentation de la fiscalité hydrocarbures et les taxes à l’importation, accentuant l’inflation importée atténuée par l’important montant global des subventions et transferts sociaux pour l’année 2025 qui s’est élevée s’élève à plus de 5.000 milliards de dinars algériens , représentant , près de 38% du budget global de l’État . Sur le marché parallèle cours réel qui reflète la réalité de l’économie (square Port-Saïd) , 100 euros sont échangés à 27 750 DA à la vente et 27 500 DA à l’achat ; 100 dollars américains , 23900 DA à la vente et 23 500 DA à l’achat ; 100 dollars canadiens : 16 500 DA à la vente et 16 100 DA à l’achat ; 100 livres sterling , 30 000 DA à la vente et 29 500 DA à l’achat. L’écart entre le marché officiel et le marché noir varie 78 et 80% contre 3O% il y a environ 3O années et moins de 60% vers les années 2000, une des causes de la corruption via les surfacturations avec l’extension de la masse monétaire en circulation hors banques. La Banque d’Algérie avait indiqué que la circulation fiduciaire hors banques représente 33,35% de la masse monétaire globale en Algérie, soit quelque 7395 milliards de dinars à fin septembre 2022, contre 6712 milliards de dinars à fin décembre 2021 soit 53,98 milliards de dollars, Selon la situation mensuelle de la Banque d’Algérie arrêtée au 30 novembre 2025, la masse fiduciaire en circulation dépasse 9654 milliards de dinars soit 62,68 milliards de dollars , la masse fiduciaire en circulation représentant 45,7 % du total du bilan de la Banque d’Algérie. Le montant total des dépôts de la finance islamique est dérisoire en Algérie qui a été évalué en 2O25 à 506 milliards de dinars (3,3 milliards de dollars au cours de juin 2026) selon les bilans officiels du secteur, les fonds levés cumulés ayant atteint plus de 900 milliards de dinars, (5,8O milliards de dollars) avec une grande partie réinvestie dans le financement de projets et de l’immobilier., en rappelant que le montant au niveau mondial de la finance islamique est évalué entre 4 500 et 4 900 milliards de dollars selon les institutions et le périmètre exact (actifs bancaires, sukuk, fonds). Quant aux bureaux de change pour canaliser l’épargne informelle, malgré plusieurs annonces , ils ne sont pas encore opérationnels ,leur réussite étant conditionnée par le taux d’intérêt qui fluctue entre le marché parallèle et celui de la cotation officielle, l’écart ne devant pas dépasser ¾% minimum
2.- En Algérie, Sonatrach , du fait de la faiblesse des activités en aval, avec la dominance des exportations pétrole et gaz à l’état brut et semi brut peut être assimilée à une grande Banque primaire. La majorité des entreprises privées et publiques , que ce soit pour leur investissement ou leur exploitation courante, sont entièrement dépendantes de la «monnaie hydrocarbures », le système financier étant construit sur un ensemble de réseaux portés par des intérêts financiers à court terme, développant ensuite à moyen terme des stratégies d’enracinement freinant les réformes pour préserver des intérêts acquis, pas forcément porteur de croissance mais pour le partage de la rente. Or, la vraie richesse ne peut apparaître que dans le cadre de la transformation du stock de monnaie en stock de capital, et là est toute la problématique du développement. L’analyse du système financier algérien ne peut être comprise sans aborder la rente des hydrocarbures. Tout est irrigué par la rente des hydrocarbures donnant ainsi des taux de croissance, de chômage et d’inflation fictifs. On peut considérer que les conduits d’irrigation, les banques commerciales et d’investissement, opèrent non plus à partir d’une épargne puisée du marché, éventuellement un reliquat du travail, mais par les avances récurrentes (tirage et réescompte) auprès de la Banque d’Algérie pour les entreprises publiques qui sont ensuite refinancées par le Trésor public en la forme d’assainissement, rachat des engagements financiers des EPE auprès de la Banque d’Algérie. La richesse nationale créée puise sa source dans la relation du triptyque: stock physique (stock ressources naturelles d’hydrocarbures)-stock monétaire (transformation: richesse monétaire) – répartition (modalités et mécanismes de répartition: investissement-consommation-fonds de régulation). La société des hydrocarbures ne créé pas de richesses ou du moins très peu, elle transforme un stock physique en stock monétaire (champ de l’entreprise) ou contribue à avoir des réserves de change provenant essentiellement de Sonatrach Les exportations hors hydrocarbures ont connu une courbe descendante 6,9 milliards de dollars en 2022, en 2024 4,O2 et environ 5 milliards de dollars en /2025 selon les données des statistiques douanières, et sur ce montant 65/70% sont des dérivées d’hydrocarbures laissant un montant dérisoire aux segments à forte valeur ajoutée concurrentiel au niveau international. Pour preuve les banques publiques malades de leurs clients, les entreprises publiques sans compter la gestion défectueuse de certains services collectifs ( infrastructures , logements et hôpitaux par exemple) des crédits de complaisance à certains opérateurs privés, dans le cadre de réseau de clientèles, 250 milliards de dollars d’assainissement des entreprises publiques durant les trente dernières années à fin 2020 et cela a continué entre 2021 et 2025 selon un rapport officiel diffusé par le premier ministère algérien (source APS) et plus de 85% étant revenues à la case de départ , avec des réévaluations incessantes faute de maîtrise de la gestion des projets, la BEA n’étant florissante que parce qu’elle gère les comptes à Sonatrach.
Pour son efficacité, la réforme du système financier doit s’inscrire d’une manière générale s’inscrire au sein de la réforme de l’éco- système et supposant une planification stratégique tenant compte tant des mutations internes qu’ internationales. Ce qui implique de dynamiser la bourse d’Alger dont la valeur des actions en bourse fluctuent en fonction de plusieurs critères comme les gains présents et futurs des entreprises. En cas de dérapage accéléré du dinar et d’un taux d’inflation réel élevé, les actionnaires iront vers des valeurs refuges comme les devises, l’or ou l’immobilier. La levée des contraintes bureaucratiques, la visibilité dans la politique économique, la stabilité juridique et la concurrence entre les entreprises sont nécessaires pour dynamiser la bourse. Celle-ci passe forcément par la CONFIANCE sans laquelle aucun investissement créateur de valeur ajouté n’est possible supposant une cohérence et la visibilité et notamment la refonte du système financier algérien. Malgré le grand nombre d’opérateurs privés, Il ne peut y avoir véritablement de bourse sans la résolution des titres de propriété et sans des comptabilités claires et transparentes calquées sur les normes internationales. Il faut généraliser les audits et la comptabilité analytique afin de déterminer clairement les centres de coûts et de profits, ce qui renvoie à l’exode de compétences où le poste services au niveau de la balance des paiements, certes avec une baisse mais due à la restriction des importations de plus de 10 milliards de dollars d’importation de services vers les années 2008/2009 à environ 5/6 milliards de dollars entre 2024/2025 . Pour dynamiser la bourse d’Alger ,je propose en associant la diaspora la création de fonds de partenariat Public/Privé pour privatiser partiellement quelques champions nationaux avec l’introduction en bourse des deux plus grandes entreprises publiques Sonatrach et Sonelgaz , supposant non des comptes consolidés de peu de signification, des comptes transparents conformes aux normes internationales (voir les différents audits sur la gestion de Sonatrach sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul sur Sonatrach de 1974 à 2O26 ) , ainsi le plus grand groupe privé Cevital . L’expérience de l’importante société saoudienne Aramco est à méditer pour l’Algérie, qui en juin 2024 a annoncé la vente de 1,55 milliard d’actions, soit la transaction la plus importante sur le marché boursier au Moyen-Orient depuis l’introduction en bourse de la société le 03 novembre 2019, cette dernière ayant cédé 5% de son capital, dont 2% sur le marché saoudien. L’introduction d’une société en bourse avec l’ extension du nombre de nouveaux actionnaires ne doit pas se limiter uniquement au besoin de financement via la canalisation de l’’épargne mais doit modifier nécessairement le conseil d’administration et le management interne de l’entreprise pour plus d’efficacité : qu’en est-il pour le cas de l’ouverture du capital des banques BDL et CPA en Algérie ? Une bourse pour 47 millions d’habitants constitue une première phase, la capitalisation boursière globale de la Bourse d’Alger s’élevant à 722,6 milliards de dinars au 13 mars 2025 soit environ 5 milliards de dollars, montant très faible et ce comparé à la capitalisation boursière mondiale qui en 2025 a atteint des niveaux records près de 154 000 milliards de dollars (USD), ; le marché américain ayant dominé avec une valorisation entre 62 à 68 billions de dollars. Aussi il serait souhaitable la création d’une bourse maghrébine et africaine à l’avenir, cette intégration devant développer plus rapidement l’économie du continent et accroître le nombre d’acteurs boursiers. Hélas, le commerce intra maghrébin ne dépasse pas actuellement 3% et celui interafricain 15% et je ne rappellerai jamais assez que l’espace naturel de l’Algérie est dans les espaces méditerranéens et africains.
En conclusion, la valeur d’une monnaie dépend fondamentalement du niveau de production et de productivité( le dinar algérien est corrélé à plus de 7O% aux réserves de change via la rente des hydrocarbures) et le fondement de tout système financier fiable doit reposer sur la confiance, passant par des actions concrètes de lutte contre la bureaucratie . Car le pouvoir bureaucratique sclérosant a trois conséquences nuisibles pour le développement en Algérie (voir notre contribution en 2008 au grand quotidien financier français les Echos.fr , le terrorisme bureaucratique, est l’obstacle majeur au frein à l’Etat de droit et à l’investissement productif) –premièrement, une centralisation pour régenter la vie politique, sociale et économique du pays ; deuxièmement , l’élimination de tout pouvoir rival au nom du pouvoir bureaucratique ; et troisièmement le bureaucrate bâtit au nom de l’Etat des plans dont l’efficacité se révèle bien faible, le but étant de donner l’illusion d’un gouvernement même si l’administration fonctionne à vide, en fait de gouverner une population infime en ignorant la société majoritaire.






