Nouvelle loi d’avril 2026 sur les partis politiques en Algérie: La restructuration du système partisan-société civile fondement de la symbiose Etat citoyens  et de  la relance de l’économie nationale

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Professeur des universités-Expert international- Docteur d’Etat Abderrahmane MEBTOUL

 La nouvelle loi organique n° 26-08 du 23 avril 2026 (publiée au JOURNAL Officiel numéro 30    régit les partis politiques en Algérie, introduisant  des réformes basées sur la Constitution de 2020, notamment la limitation du mandat des responsables de partis à cinq ans (renouvelable une fois), l’interdiction du financement étranger et le renforcement de la représentation des femmes et des jeunes.  Mais une loi n’est qu’une loi parfois  contredite par les pratiques sur le terrain  et devant l’insérer dans le cadre d’une  planification  stratégique afin de réaliser la symbiose Etat-citoyens  et favoriser le développement économique et social.

1.- Tout projet  de société est forcément porté par  des forces sociales.  Devant pour reprendre la méthodologie des grand philosophes allemands Kant et Hegel différencier régime transitoire de ‘l’Etat permanent , les résultats des différentes élections en Algérie qu’elles soient présidentielles, nationales( députés) ou locales durant les trois dernières décennies puisque avant, on ne pouvait pas parler d’élections il y avait prépondérance du parti unique , ont montré clairement que les partis politiques et les différents segments et la société civile dont la fonction est déterminante comme intermédiation politique, sociale et économique afin d’éviter un affrontement direct services de sécurité -citoyens en cas de malaise social, renvoyant à la sécurité nationale, ont eu un impact limité. Car pour pouvoir mobiliser, outre la moralité des dirigeants nous renvoyant aux analyses du grand sociologue maghrébin Ibn Khaldoun sur la moralité, le système partisan et la société civile doivent être au service du citoyen et non dans le sillage des relations de clientèles. La méfiance vis-à-vis du politique n’est pas propre à l’Algérie du fait que les vieilles recettes de mobilisation ne portent plus même dans les pays les plus développés dits démocratiques. Pour la mobilisation des citoyens, cela rend urgent la restructuration du système partisans et la société civile officielle bénéficiant pourtant d’un budget de l’Etat conséquent et que seules deux institutions tiennent l’Algérie, l’ANP et les forces de sécurité dans toute leur composante, pour la stabilité et la défense du territoire et sur le plan économique Sonatrach qui avec les dérivées comptabilisées dans la rubrique hors hydrocarbures pour 67%  selon les statistiques gouvernementales officielles, représentent 98% des recettes d’exportation en devises du pays

2.- Pour la majorité des Partis , leur présence se fait d’une manière formelle et ostentatoire lors des élections meublant le vide, impuissant presque toujours à agir sur le cours des choses et à formuler clairement les préoccupations et les aspirations de la société réelle. En raison des crises internes qui les secouent périodiquement, du discrédit qui frappent la majorité d’entre elles, de la défiance nourrie à leur égard , les formations politiques ont une faible capacité de faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, de contribuer significativement à la socialisation politique et donc d’apporter une contribution efficace à l’œuvre de redressement national. Ce sont là des raisons suffisamment importantes pour envisager sérieusement de réorganiser le système partisan pour qu’il puisse remplir la fonction qui est la sienne dans tout système politique démocratique, devant laisser le soin au marché et non à l’administration par la création de partis artificiels, de mesurer le poids de chaque Parti fonction du nombre de ses adhérents réels. En effet, le discrédit qui frappe les formations politiques doit laisser la place à des formations crédibles, supposant une appréciation objective du statut et du rôle qui doivent être les leurs dans une société qui ambitionne de rejoindre le rang des sociétés développées, d’autant plus que pour les années à venir, les réformes différées seront très douloureuses.

  Quant à la société civile, existant un projet de loi en préparation, devant remplacer  la loi 12-06, afin d’ harmoniser le droit associatif avec l’article 53 de la Constitution,  force est de constater qu’elle est éclatée , certaines confréries religieuses qui avec la désintégration sociale et une jeunesse parabolée ont de moins en moins d’impacts sur la mobilisation citoyenne , contrairement à une vision du passé. Comme pour les partis, la majorité de la société civile dite officielle ,se manifeste, , la majorité vivant du transfert de la rente et non sur la base des cotisations de leurs adhérents, que lors d’évènements électoraux . C’est que la confusion qui prévaut actuellement dans le mouvement associatif national rend malaisée l’élaboration d’une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation. Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui la traversent et sa relation complexe à la société et à l’Etat ajoutent à cette confusion et rendent impératif une réflexion qui dépasse le simple cadre de cette contribution. Constituée dans la foulée des luttes politiques qui ont dominé les premières années de l’ouverture démocratique des années 199O, l’Algérie ayant vécu jusqu’à 1999 une longue période d’instabilité due au terrorisme, la société civile va se scinder en quatre sociétés segments fondamentalement différents, trois au niveau de la sphère réelle et une dominante dans la sphère informelle. Le plus gros segment, interlocuteur privilégié et souvent l’unique des pouvoirs publics, ce sont des sociétés civiles se trouvant à la périphérie des partis du pouvoir où les responsables sont parfois députés, sénateurs, vivant en grande partie du transfert de la rente. Nous avons une société civile ancrée franchement dans la mouvance islamiste, certains segments étant l’appendice de partis islamiques légaux. Nous avons une société civile se réclamant de la mouvance démocratique, faiblement structurée, en dépit du nombre relativement important des associations qui la composent, et minée par des contradictions en rapport, entre autres, avec la question du leadership. Et enfin nous avons une société civile informelle, inorganisée, totalement atomisée qui est de loin la plus active et la plus importante avec des codifications précises formant un maillage dense et sans son intégration, non par des mesures bureaucratiques autoritaires, il ne faut pas compter sur une réelle dynamisation de la société civile. Car lorsqu’un Etat veut imposer ses propres règles déconnectées par rapport aux pratiques sociales, la société enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner avec ses propres organisations. La dynamisation de la société civile afin d’en faire un instrument efficace d’encadrement de forces vives et un levier puissant de leur mobilisation en vue de leur implication active dans la société n’a de chance de réussir que si le mouvement associatif qui le compose ne soit pas au service d’ambitions personnelles inavouables et parfois douteuses.

3.- Quelles perspectives ?  Enjeux de pouvoir interne, crise économique, sociale et culturelle et, enfin, contraintes externes de plus en plus pesantes rendent urgent une véritable stratégie nationale d’adaptation au phénomène total des nouveaux enjeux géostratégiques et des nouvelles mutations économiques mondiales nous orientant vers un monde multipolaire et un nouvel ordre mondial où toute Nation qui n’avance pas recule forcément, n’existant dans toute société de situation statique (voir valeur et croissance- ouvrage du professeur Abderrahmane Mebtoul -Office des Publications Universitaires – Alger 1983-120 pages – : la théorie de la thermodynamique appliquée à l’analyse de la société et programme de l’Association Algérienne de l’Économie de Marché ADEM largement diffusée au niveau mondial en anglais-arabe et français entre 1992/1993 dont j’ai eu l’honneur d’être le président de 1992 à 2O16). Tout discours politique doit coller avec la réalité et les aspirations de la société algérienne en mutation ce qui renvoie à la refondation de l’Etat inséparable de l’accélération de la réforme globale où on constate paradoxalement que lorsque la valeur de la rente des hydrocarbures s’accroît, les réformes sont freinées, assistant à une redistribution passive de la rente pour une paix sociale éphémère. Ce couple contradictoire rente/réformes explique l’instabilité juridique et le manque de cohérence dans la réforme globale, les gagnants de demain n’étant pas forcément ceux d’aujourd’hui.  Le passage de l’État de « soutien » à l’Etat de justice est de mon point de vue un pari politique majeur, car il implique tout simplement un nouveau contrat social et un nouveau contrat politique entre la nation et l’Etat et que l’ Algérie ne peut revenir à elle-même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétence, de loyauté et d’innovation sont instaurés comme passerelles de la réussite et de promotion sociale en conciliant la modernité tout en préservant son authenticité.. Il n’est plus permis avec les tensions géostratégiques actuelles qui bouleversent  le monde  de continuer de dépenser sans compter, importer au lieu de privilégier la production locale se fondant tant sur l’entreprise locale ou étrangère créatrice de richesses impliquant une nette volonté politique d’aller vers une économie de marché concurrentielle à finalité sociale. C’est pourquoi, la refondation de l’Etat implique des aménagements dans l’organisation du pouvoir devant poser la problématique stratégique du futur rôle de l’Etat dans le développement économique et social et ne devant pas occulter les besoins d’autonomie de pouvoirs locaux qui doivent être restructurés en fonction de leur histoire anthropologique et non en fonction des nécessités électoralistes ou clientélistes. La refondation de l’Etat ne saurait se limiter à une réorganisation technique, création de nouvelles wilayas ne devant pas confondre décentralisation nécessaire avec déconcentration et ce grâce aux nouvelles technologies facilitant le rapprochement avec les citoyens éloignés. L’autonomie des pouvoirs locaux ne signifie pas autonomie vis-à-vis du pouvoir central mais un acte qui renforce le rôle de la société civile afin de transformer les collectivités locales « providence » en « commune entreprise ». Cela suppose que toutes les composantes de la société soient impliqués, dans le processus décisionnel qui engage la configuration du territoire, afin de renforcer la cohésion sociale et l’efficacité économique grâce à une réelle décentralisation autour de six à sept grands pôles économiques régionaux, piloté par des chambres de commerce régionales regroupant entreprises publics, privées, banques, universités, centres de recherche, syndicats, réseaux de la société civile , les autorités centrales et locales servant de facilitateurs, de régulateur., étant illusoire de vouloir fonder le développement sur des réseaux de l’administration, ce qui renforcera forcément la bureaucratisation facteur de blocage et de corruption.

En résumé, l’Algérie, pays à fortes potentialités, peut devenir entre 2028/2030,  sous réserve de profondes réformes, un pays pivot facteur de la sécurité des espaces méditerranéens et africains. La solution est essentiellement interne et il appartient aux citoyens algériens et à eux seuls de réaliser cette espérance afin d’avoir  un développement harmonieux conciliant l’efficacité économique et une profonde justice sociale en n’oubliant jamais que la richesse d’une Nation provient du travail et non d ‘une rente éphémère.

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