Transports maritimes: Le Danois Maersk renforce sa présence en Algérie

0
6

Alors que les entreprises françaises désireuses d’investir en Algérie voient leurs projets stagner, la concurrence internationale en profite pour prendre une longueur d’avance.

L’illustration la plus frappante de ce basculement se déroule actuellement dans le secteur du transport maritime. Grandement convoité par le groupe français CMA CGM, ce marché stratégique échappe progressivement aux ambitions de l’armateur marseillais, dont les dossiers demeurent gelés en raison des tensions diplomatiques persistantes entre Paris et Alger. Comme le soulignait récemment une étude spécialisée de l’Institut Montaigne, ce climat politique délétère continue de peser lourdement sur les intérêts économiques français en Afrique du Nord.

Pendant que l’opérateur français peine à faire avancer ses pions, le géant danois AP Moller Capital, branche spécialisée dans les infrastructures portuaires du groupe AP Moller-Maersk, vient de réaliser un coup stratégique majeur. Selon plusieurs sources sectorielles, dont le portail *Seatrade Maritime*, le groupe nordique a finalisé le rachat de la société singapourienne d’origine japonaise Portek International. Cette transaction confère au groupe danois une présence renforcée en Algérie, notamment au port de Béjaïa où Portek exploite des terminaux. À l’échelle mondiale, cette structure traite chaque année près de 700 000 conteneurs, sept millions de tonnes de marchandises et 90 000 véhicules. Grâce à cette opération, Maersk consolide sa deuxième place mondiale dans le transport maritime, maintenant à distance CMA CGM et talonnant le leader suisse MSC.

Cette progression danoise met en lumière les occasions manquées par le groupe français. Pourtant, CMA CGM figurait parmi les acteurs les plus actifs pour s’implanter durablement dans le paysage portuaire algérien. Son PDG, Rodolphe Saadé, s’était personnellement investi pour obtenir la gestion directe des infrastructures du port d’Oran, un dossier qu’il avait directement abordé avec le président Abdelmadjid Tebboune lors de sa visite en Algérie le 2 juin 2025. En parallèle, la compagnie tricolore ambitionnait d’ouvrir de nouvelles liaisons maritimes de transport de passagers et de marchandises reliant Marseille à Oran, Alger et Annaba. Toutes ces initiatives demeurent aujourd’hui au point mort.

Le calendrier des négociations a directement subi les contrecoups de la détérioration du climat diplomatique entre les deux rives de la Méditerranée. Proche du président Emmanuel Macron, Rodolphe Saadé avait déjà effectué un premier déplacement à Alger en août 2022. Une seconde visite officielle était initialement programmée pour le 15 avril 2025 afin d’acter plusieurs investissements avec le chef de l’État algérien et le ministère des Transports. Cependant, ce voyage a dû être annulé en urgence dans un contexte d’escalade diplomatique marqué par des expulsions croisées de diplomates, survenues après l’incarcération d’un agent consulaire algérien sous le mandat de l’ancien ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Bien que le dirigeant de CMA CGM ait pu finalement se rendre à Alger deux mois plus tard pour tenter de désamorcer la situation, puis dépêcher sa vice-présidente Christine Cabau auprès du ministre des Transports Saïd Sayoud le 19 juin 2025, aucun accord formel n’a découlé de ces entretiens.Cette paralysie administrative illustre un réalignement stratégique plus vaste de l’Algérie, qui choisit de diversifier ses partenaires économiques en se tournant vers des acteurs asiatiques ou nord-européens, perçus comme plus pragmatiques et neutres sur le plan politique. En France, l’inquiétude grandit au sein de la classe politique et du monde des affaires. Plusieurs personnalités publiques, à l’image de l’ancienne candidate à la présidentielle Ségolène Royal, tirent la sonnette d’alarme sur l’enlisement des relations bilatérales. Les conséquences économiques de ce gel diplomatique se chiffrent déjà par la faillite d’environ 300 entreprises françaises qui exportaient vers le marché algérien, tandis que près de 6 000 autres structures continuent d’affronter d’immenses blocages administratifs et commerciaux.

Selma Dey