Selon le quotidien «El País»: Madrid propose le report du Sommet algéro-espagnol

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Selon des informations publiées par le quotidien espagnol « El País », le gouvernement de Pedro Sánchez a proposé à son homologue algérien de reporter la tenue de la Grande commission mixte de haut niveau entre les deux pays. Initialement pressentie par la presse ibérique pour les 20 et 21 octobre, cette rencontre de premier plan devrait finalement se tenir après les élections législatives anticipées espagnoles, prévues pour le 29 novembre prochain. Ce report, désormais acté par des sources gouvernementales citées par le journal madrilène, illustre l’impact direct du calendrier politique interne espagnol sur la diplomatie bilatérale.

La tenue de ce sommet conjoint, évoquée lors de la visite du chef du gouvernement espagnol à Alger le 20 juillet dernier, était pourtant particulièrement attendue. Il devait sceller la normalisation définitive des relations diplomatiques et économiques entre Alger et Madrid, après plus de deux ans de tensions sévères. La crise avait éclaté au printemps 2022 à la suite du virage inattendu de la diplomatie espagnole sur le dossier du Sahara occidental, provoquant le rappel immédiat de l’ambassadeur d’Algérie à Madrid et la suspension du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération. La dynamique de décrispation engagée depuis le début de l’année, marquée par le retour de la représentation diplomatique algérienne et la levée progressive des restrictions commerciales, laissait présager une concrétisation rapide lors de cette haute instance.Cependant, la dégradation soudaine du contexte politique intérieur à Madrid est venue bouleverser cet agenda. Affaibli par la perte de sa majorité parlementaire et confronté à l’échec de l’adoption d’une loi clé sur le logement dans un climat marqué par de vives protestations sociales, Pedro Sánchez a pris la décision de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections anticipées pour la fin du mois de novembre. Dans ce contexte d’incertitude et de précampagne électorale, les autorités espagnoles ont estimé plus opportun d’ajourner la réunion bilatérale au dernier trimestre, estimant que la période actuelle ne se prête pas à la signature d’engagements stratégiques à long terme.D’un point de vue politique, ce report apparaît largement justifié au regard des perspectives électorales en Espagne. Les dernières enquêtes d’opinion outre-Pyrénées créditent en effet l’opposition de droite, emmenée par le Parti Populaire et ses alliés, d’une trajectoire ascendante susceptible de lui conférer une majorité absolue au futur Parlement. Dans l’hypothèse d’une alternance politique à la tête du gouvernement espagnol, la présence de Pedro Sánchez à une sommité bilatérale d’une telle importance aurait manqué de portée exécutive.En outre, une éventuelle victoire de la droite espagnole pourrait redéfinir les équilibres diplomatiques régionaux. Historiquement, le Parti Populaire s’est montré critique envers le revirement de la politique étrangère espagnole sur le Sahara occidental et a régulièrement plaidé pour le maintien de relations équilibrées et pragmatiques avec l’Algérie. La tradition politique espagnole a souvent vu les formations de droite entretenir des liens étroits et soutenus avec Alger. En reportant la tenue de la commission mixte à l’après-scrutin de novembre, les deux capitales se donnent ainsi le temps de clarifier le paysage politique à Madrid afin de bâtir un partenariat bilatéral renouvelé et pérenne sur des bases exécutives consolidées.

Yasmine Derbal