L’alliance énergétique entre l’Algérie et la Chine franchit un cap décisif. En signant ce vendredi un nouveau protocole d’accord à Pékin, le géant national Sonatrach et le groupe chinois Sinopec redéfinissent leur coopération énergétique.*
En effet, il ne s’agit plus seulement d’extraire des ressources brutes selon les schémas traditionnels, mais de bâtir une véritable synergie industrielle et technologique. Ce partenariat élargi touche désormais des domaines stratégiques tels que le développement de gisements complexes, la pétrochimie, la valorisation de l’hélium, l’ingénierie avancée, la formation des compétences et l’intégration des énergies renouvelables dans la chaîne de valeur extractive. Cette signature à Pékin s’inscrit dans le prolongement naturel d’une dynamique entamée plusieurs années auparavant. La relation entre les deux entreprises repose sur des bases solides et des projets concrets sur le terrain. L’exemple le plus éloquent demeure le contrat de partage de production sur le périmètre de Hassi Berkine Nord, situé à une quatre-vingtaine de kilomètres de Hassi Messaoud. Né d’un accord de principes initial, ce projet engage des investissements prévus d’environ 850 millions de dollars sous l’égide de la loi sur les hydrocarbures. De la même façon, la coopération s’est étendue au secteur du raffinage avec l’attribution d’un contrat d’ingénierie et de construction pour moderniser la raffinerie d’Arzew. Ce projet industriel d’envergure vise à construire une unité de traitement du naphta lourd afin de faire passer la production de carburant de 550 000 tonnes à 1,2 million de tonnes par an, soutenant directement l’approvisionnement des régions de l’Ouest et du Sud-Ouest algérien. Ce qui distingue ce nouvel accord des précédents, c’est avant tout son ambition technologique. L’inclusion des gisements géologiques complexes et des ressources non conventionnelles montre une volonté claire d’exploiter des réserves nécessitant des méthodes de pointe. La maîtrise du forage avancé, de l’imagerie géologique et de la stimulation des puits devient indispensable pour préserver la productivité des champs matures et maximiser le taux de récupération des hydrocarbures. De plus, l’accent mis sur la pétrochimie et la valorisation de l’hélium marque une transition cruciale. L’hélium, ressource rare et extrêmement prisée, constitue un intrant essentiel dans des industries de haute technologie allant des équipements médicaux à la fabrication de semi-conducteurs et au secteur spatial. En transformant localement ces molécules à forte valeur ajoutée, l’Algérie s’affranchit du rôle de simple exportateur de matière brute.
Sur le plan opérationnel, l’accord intègre un volet majeur dédié au transfert de savoir-faire et au renforcement des compétences locales. L’implication des équipes d’ingénierie chinoises aux côtés des cadres algériens doit permettre un apprentissage mutuel et l’élévation du taux d’intégration nationale dans la conception, la réalisation et la maintenance des grands ouvrages. Parallèlement, l’introduction des énergies renouvelables répond à un impératif d’efficacité et de décarbonation. L’objectif est d’alimenter les sites gaziers et pétroliers en électricité propre, réduisant ainsi la consommation interne de gaz naturel et limitant les empreintes carbone des opérations sur le terrain. Pour Sonatrach, ce rapprochement offre une opportunité de diversifier sa grille de partenaires internationaux tout en bénéficiant de capacités de financement, d’expertise industrielle et d’innovations de rupture au sein d’une structure unifiée. Pour la firme chinoise Sinopec, présente en Algérie depuis le début des années 2000, le pays représente un ancrage géographique et économique exceptionnel. Grâce à un cadre législatif stable et une infrastructure performante de transport, de traitement et de liquéfaction, l’Algérie offre aux investisseurs asiatiques une plateforme idéale à proximité immédiate des marchés africains et européens. Si ce protocole d’accord constitue une feuille de route prometteuse, son impact réel dépendra de sa conversion rapide en contrats fermes, en projets opérationnels précis et en calendriers de réalisation structurés. Le véritable indicateur de succès résidera dans le nombre de chantiers concrètement lancés et la valeur ajoutée générée pour le tissu économique national, à l’image des investissements déjà matérialisés sur les périmètres de Hassi Berkine, d’Arzew ou de Gourara. L’axe Alger-Pékin démontre ainsi sa capacité à évoluer pour répondre aux enjeux de la transition énergétique globale et de la modernisation industrielle.
Amel Driss






