Dans une récente analyse prospective, le géographe et chercheur, Néstor Siurana met en lumière le lancement des travaux du projet intégré des phosphates de Bled El Hadba, situé dans la wilaya de Tébessa en Algérie. Qualifiée d’initiative industrielle et stratégique majeure, cette opération représentant un investissement estimé à 7 milliards de dollars illustre la volonté de l’Algérie de diversifier son économie extractive tout en se hissant au rang d’acteur majeur sur le marché mondial des engrais et de la fertilisation agricole.
Le cœur de cette mutation repose sur le gisement minier de Bled El Hadba, dont les réserves gigantesques sont évaluées entre 800 et 2 200 millions de tonnes de phosphate brut. Selon les études relayées par NéstorSiurana, l’exploitation de ce site permettra d’extraire environ 5,5 millions de tonnes de roche phosphatée par an. Cette matière première sera acheminée vers le complexe d’engrais d’Oued El Kebrit, jetant ainsi les bases d’une industrie de transformation locale ambitieuse. Le plan de développement dépasse le cadre strict de l’extraction minière primaire en s’étendant à la transformation chimique sur le site de Souk Ahras. C’est sur cette plateforme industrielle que seront produits des engrais azotés et phosphatés, de l’acide phosphorique ainsi que de l’ammoniac. L’objectif affiché par les autorités est de valoriser la ressource brute pour exporter des produits dérivés à forte valeur ajoutée, consolidant le positionnement de l’Algérie parmi les détenteurs des plus importantes réserves mondiales de phosphate.La concrétisation d’un chantier d’une telle envergure repose sur une alliance bilatérale solide. Le projet est porté par la « Algerian-ChineseFertilizersCompany » (ACFC), une entreprise conjointe au sein de laquelle les partenaires chinois interviennent à la fois comme constructeurs et comme bailleurs de fonds. Pour l’analyste NéstorSiurana, cet appui technique et financier asiatique constitue le pivot central de la réalisation du complexe. Sur le plan des infrastructures de transport, le dispositif intègre la modernisation et la construction d’un réseau ferroviaire minier s’étendant sur 420 kilomètres. Cette voie ferrée reliera directement la mine et les usines de transformation au port d’Annaba, où un quai spécifique est en cours d’aménagement pour faciliter les opérations de chargement des navires. Placé sous la supervision directe du gouvernement algérien, le calendrier opérationnel prévoit que les premières exportations de phosphate enrichi débuteront dès le premier trimestre de l’année 2027.
NéstorSiurana souligne le jeu géopolitique qui découle de ce déploiement. En façonnant une chaîne de valeur complète et intégrée grâce au soutien industriel de Pékin, l’Algérie instaure une concurrence brutale sur un marché des engrais historiquement dominé dans la région par le Maroc. La rivalité pour l’approvisionnement du continent africain et du marché européen s’intensifie à mesure que les capacités de production algériennes se concrétisent sur le terrain. L’entrée en phase opérationnelle du projet de Bled El Hadba marque ainsi un tournant dans la géopolitique des ressources en Afrique du Nord, reflétant la rencontre entre les ambitions de redéploiement économique d’Alger et la stratégie chinoise d’investissement dans les matières premières stratégiques.
Meryam M.






