En rapportant à la maison les virus contractés à l’école, à la crèche ou chez l’assistante maternelle, les aînés d’une fratrie ne transmettent pas seulement des rhumes ou des gastro-entérites à leurs frères et sœurs plus jeunes. Selon une étude publiée le 7 juillet dans la revue American Economic Association, cette exposition précoce aux infections pourrait avoir des conséquences durables sur la santé, le parcours scolaire et même la situation économique des cadets à l’âge adulte.
Dans de nombreuses familles, il est courant de voir le premier enfant ramener à la maison les virus attrapés dans les lieux d’accueil collectif. Les plus jeunes, dont le système immunitaire est encore immature, contractent alors à leur tour ces infections. Si cette exposition contribue au développement de l’immunité, les chercheurs estiment qu’elle pourrait également présenter des effets moins favorables à long terme. « Tous les parents de plusieurs enfants savent que les aînés ramènent à la maison des rhumes et des gastro-entérites de la crèche et de l’école, et que les plus jeunes les attrapent souvent. Ce qui manquait, c’était une étude de ce phénomène à l’échelle de la population et de ses conséquences à long terme, au-delà de la simple guérison », explique Meltem Daysal, coauteure de l’étude, citée par El País. Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont exploité les registres administratifs danois couvrant une période de 36 ans et portant sur plus de 1,2 million d’enfants. Leurs travaux montrent que les enfants nés en deuxième ou troisième position dans une fratrie présentent un risque plus élevé d’être hospitalisés au cours de leur première année de vie que les aînés, notamment en raison d’infections respiratoires. Ce risque est encore plus important lorsque le premier enfant fréquente une structure d’accueil collective, comme une crèche, une garderie ou une école, où la circulation des virus est particulièrement intense. Les chercheurs soulignent également que cet effet est plus marqué lorsque les enfants sont rapprochés en âge. « Les aînés ramènent des virus de la crèche ou de leurs interactions sociales. Les plus jeunes, surtout les très jeunes, sont les plus touchés car leur système immunitaire est encore en développement », explique Olga Mediano, cheffe du service de pneumologie de l’hôpital de Guadalajara, qui n’a pas participé à l’étude, dans des propos rapportés par El País. Les auteurs observent également que les effets négatifs de cette transmission des virus sont plus prononcés lorsque la durée de l’allaitement est plus courte, ce qui souligne le rôle protecteur de l’allaitement maternel dans le renforcement des défenses immunitaires du nourrisson. Au-delà de la petite enfance, les chercheurs mettent en évidence des conséquences susceptibles de se prolonger jusqu’à l’âge adulte. En analysant les données relatives à l’ordre de naissance et à la prévalence des maladies respiratoires dans les différentes communes, ils ont constaté que l’exposition précoce aux infections respiratoires est associée à des effets durables sur les revenus, le niveau d’instruction, la santé respiratoire chronique et la santé mentale des cadets. L’étude révèle notamment qu’une forte exposition aux infections respiratoires durant les premiers mois de vie est liée à une diminution d’environ 0,8 % des revenus à l’âge adulte par rapport aux aînés, ainsi qu’à une probabilité plus faible d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. Les chercheurs précisent toutefois que plusieurs facteurs peuvent contribuer à ces différences. Ils évoquent notamment un investissement parental parfois plus important envers le premier enfant. Ils n’excluent pas non plus que les infections respiratoires précoces puissent influencer le développement cérébral des plus jeunes à une période particulièrement sensible de leur croissance, même si cette hypothèse devra être confirmée par de nouvelles recherches.
Neila M






