Financement climatique et marchés du carbone: L’Algérie accélère sa stratégie de transition énergétique

0
6

L’Algérie entend franchir une nouvelle étape dans la mobilisation des financements climatiques et le développement des marchés du carbone.

Réunis les 3 et 4 novembre au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal, à Alger, responsables gouvernementaux, institutions financières, partenaires internationaux et experts ont examiné les mécanismes susceptibles de transformer les engagements climatiques du pays en projets économiques concrets. Les travaux se sont achevés mercredi sous la présidence du ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, avec plusieurs recommandations et accords de coopération destinés à soutenir la transition énergétique.

Organisé par le ministère des Hydrocarbures en collaboration avec Sonatrach, sous le haut patronage du Premier ministre, Sifi Ghrieb, cet atelier national s’est déroulé sous le thème « Vers une stratégie nationale pour une gouvernance inclusive et durable ». Il avait pour objectif de jeter les bases d’une approche nationale intégrée du financement climatique et des marchés du carbone, en tenant compte des priorités économiques et des engagements environnementaux de l’Algérie.

Lors de la cérémonie de clôture, Mohamed Arkab a souligné la nécessité de passer des engagements climatiques à leur concrétisation sur le terrain. Cette évolution suppose, selon lui, une mobilisation accrue des ressources financières, un accès aux technologies adaptées et un renforcement des compétences nationales.

Le ministre a rappelé que la contribution nationale de l’Algérie prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 14 %, un objectif susceptible d’être porté à 31 % sous réserve d’un accompagnement international.

Dans cette perspective, les financements climatiques et les marchés du carbone constituent des instruments permettant d’attirer de nouveaux investissements, de soutenir les projets de réduction des émissions et de renforcer les capacités économiques nationales.

Mohamed Arkab a toutefois insisté sur la nécessité de préserver les intérêts du pays et sa souveraineté économique dans la mise en place de ces mécanismes.

Sonatrach renforce ses partenariats internationaux

Les travaux de l’atelier ont également été marqués par la conclusion de plusieurs accords de coopération dans les domaines de la réduction des émissions et du développement des énergies à faible intensité carbone.

Un document de projet de coopération a notamment été signé entre l’Algérie et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Il vise à renforcer les capacités de Sonatrach en matière de mesure et de réduction des émissions de méthane, tout en étudiant la faisabilité technique et économique du développement de l’hydrogène vert.

Le groupe pétrolier national a également conclu un mémorandum d’entente avec l’entreprise allemande VNG et la société norvégienne ACI Finance. Ce partenariat porte sur la réduction des émissions, le développement de solutions bas carbone, le transfert de technologies et le renforcement des compétences.

Par ailleurs, Sonatrach a signé un protocole d’entente avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et la Société financière internationale (SFI), deux institutions membres du Groupe de la Banque mondiale.

Cette coopération vise notamment à développer des projets de réduction du torchage du gaz et des émissions de méthane, ainsi qu’à explorer les possibilités de développement de l’hydrogène vert et de ses dérivés.

Ces accords traduisent la volonté de mobiliser des financements et des expertises internationales pour accompagner les transformations du secteur énergétique national.

Vers une gouvernance nationale du financement climatique

Au-delà des partenariats, les échanges ont porté sur la nécessité de mettre en place un cadre institutionnel, réglementaire et technique cohérent pour encadrer le financement climatique et le fonctionnement des marchés du carbone.

Les participants ont notamment examiné les possibilités d’intégrer ces mécanismes dans les stratégies des grandes entreprises nationales, à l’image de Sonatrach et de Sonelgaz, ainsi que les moyens de soutenir les investissements destinés à réduire l’empreinte carbone des activités industrielles.

Les recommandations issues de l’atelier portent sur l’amélioration de la coordination entre les secteurs concernés, le développement des capacités nationales et le renforcement de la coopération internationale dans les domaines du financement, de l’expertise technique et de la formation.

Mohamed Arkab a précisé que ces propositions feront l’objet de consultations supplémentaires avant la définition et l’adoption des orientations définitives. L’objectif est de construire une stratégie nationale adaptée aux besoins du pays et à ses priorités de développement.

Une transition inscrite dans la perspective de 2035

Le ministre d’État a également réaffirmé l’importance de la vision nationale à l’horizon 2035, qui vise à consolider les fondements du développement durable, à attirer les investissements et à encourager la diversification de l’économie.

Dans cette optique, la transition énergétique ne doit pas être considérée uniquement comme une réponse aux exigences climatiques internationales, mais également comme un levier de modernisation industrielle, de création de richesse et de renforcement de la souveraineté énergétique.

Les travaux de cet atelier constituent ainsi une étape dans la réflexion engagée pour structurer le financement climatique en Algérie et développer les marchés du carbone.

L’enjeu consiste désormais à traduire les recommandations formulées et les partenariats conclus en programmes opérationnels, capables de concilier réduction des émissions, compétitivité industrielle et développement économique durable.

Soumaya Rafai