Face aux tensions géostratégiques et internes: Dépasser la logique rentière bureaucratique, pour la cohésion sociale, un large front national et la réconciliation nationale facteur de développement

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Face aux tensions géostratégiques externes et aux tensions internes, l’accélération des réformes politiques, économiques, culturelles et sociales solidaires, facteur du développement durable, tenant compte de notre riche anthropologie culturelle, impliquent une lutte contre la bureaucratie et la corruption et un large front national anti crise et la nécessaire cohésion sociale fondement de la réconciliation nationale.

Par le Dr Abderrahmane Mebtoul Professeur des universités, expert international

1.-Tout processus de développement étant forcément porté par des forces sociales, avec pour objectif essentiel de tout pays le développement afin d’atténuer la pauvreté et le chômage. Un front national solide face aux tensions géostratégiques externes et aux tensions internes fondement de la réconciliation nationale sont les éléments essentiels pour concrétiser les réformes et permettre une économie diversifiée. Le contrat social qui constitue justement un pacte pour la réussite de la transition ne concerne pas seulement les partenaires économiques (dont certains segments défendent des intérêts de rente) mais aussi l’ensemble des segments de la société. L’aspect sécuritaire s’étant nettement amélioré frace aux efforts de l’ANP et des forces de sécurité, une décantation salutaire, et comme dans tous les pays en transition, la société algérienne se trouve naturellement confrontée à deux tendances lourdes, avec au milieu une majorité «le marais», qui ne comprend pas les enjeux qui seront entre 2022/2028/2030 essentiellement économiques. Ces deux tendances sont les acteurs défavorables et les acteurs favorables aux réformes, d’où l’importance des dossiers éminemment politiques comme celui des hydrocarbures, lieu de la production de la rente, du système financier, lieu de distribution de la rente, et celui du partenariat-public/privé, couplé avec celui d’un système socio-éducatif performant, lieu de la production de la plus-value, qui en dynamique engendrera de nouvelles forces sociales, soit rétrogrades si l’on s’oriente vers un nouveau monopole privé soit porteuses de progrès si l’on instaure une totale transparence pour une économie de marché véritablement concurrentielle productive. Car la contrainte du financement interne et externe reste posée malgré la baisse du stock et du principal de la dette et de l’importance des réserves de change. Des dysfonctionnements ralentissent l’attrait de l’investissement national et direct étranger, incontournable pour bouleverser les comportements bureaucratiques rentiers, combler le déficit d’épargne et permettre la relance économique. Le bilan dressé à partir des documents officiels largement diffusés montre les limites de la démarche bureaucratique centralisatrice qui peut conduire à un échec programmé du fait que, pour masquer cet échec, l’on réalise des replâtrages organisationnels avec d’innombrables lois, mentalité bureaucratique alors qu’il faut s’attaquer au fonctionnement de la société pour détecter les blocages réels.

2.- D’où l’importance de l’émergence de forces sociales réformistes pour développer l’économie de marché humanisée, conciliant l’efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale afin de démocratiser la décision économique et politique s’inscrivant dans la mise en place de la démocratie, tenant compte de notre anthropologie culturelle, évitant de plaquer des schémas sociaux importés , liée à un Etat de droit basé sur la transparence, impliquant l’ensemble des acteurs économiques, politiques et sociaux avec un rôle important à l’Etat régulateur. Les réformes, au-delà des résistances naturelles des tenants de la rente, reposant sur la concertation sociale et le dialogue en réhabilitant le capital humain, en cette ère du XXIe siècle, ère du savoir basée sur les nouvelles technologies, sont la base du développement en ce monde interdépendant en perpétuel mouvement, où le temps, c’est de l’argent : toute Nation qui n’avance pas recule. Au diktat se substitue la concertation et le dialogue permanent entre les différents acteurs concernés par les opérations des réformes, en évitant à tout prix la segmentation et la centralisation des décisions, produit de toute démarche bureaucratique autoritaire néfaste. Il s’ensuit l’urgence d’avoir des objectifs politiques précis et une cohérence dans les actions pilotées par des structures politiques, techniques mais aussi sociales, comme la société civile et les organisations non gouvernementales, tissant ainsi des réseaux décentralisés. Ces structures, souples dans leur organisation et efficaces dans leurs actions, ont pour objectif des réalisations concrètes, loin des discours démobilisateurs s’inscrivant dans le cadre d’une libéralisation à vocation sociale. Ces actions seraient un signe fort de la volonté politique de l’instauration de l’économie de marché et, par là, de l’adhésion tant des citoyens que de la communauté nationale et internationale à l’esprit des réformes. L’objectif essentiel est la démocratisation de la gestion de la rente, propriété de toute la collectivité nationale, de la dynamisation de l’investissement productif qu’il soit public ou privé et l’intégration de la sphère informelle marchande et productive, avec la généralisation des titres de propriété. Cette dernière draine avec des données officielles contradictoires, reflet de l’effritement du système d’information, entre 6000 et 10.000 milliards de dinars soit entre 33 et 45% de la masse monétaire en circulation et presque autant en termes d’occupation de la population active. Comme le note avec pertinence l’expert de renommée mondiale le docteur Hernando de Soto dans une contribution au sein d’un ouvrage collectif sous ma direction ( Dhar El Gharb 2004). Il faut intégrer toutes les procédures, y compris celles du droit coutumier, existant et on peut émettre l’hypothèse que c’est l’Etat qui est en retard par rapport à la société qui enfante des règles qui lui permettent de fonctionner. Car, quand l’Etat intègre cette sphère au moyen d’actions concrètes sécurisantes, sans actions coercitives ou bureaucratiques, il commence à redonner confiance. C’est ce passage du droit spontané en l’adaptant que l’efficacité de l’Etat lui-même se trouve renforcée, permettant une économie plus citoyenne puisque ces milliers d’entrepreneurs dans la sphère informelle seront redevables de l’impôt et sont concernés par le devenir de la société.

3.-On peut émettre trois scénarios quant à l’avenir des réformes en Algérie. Le scénario 1 est l’ échec du processus des réformes.

Les conditions de l’échec sont réelles et réunies dans l’environnement juridique et économique algérien en cas du poids important de la bureaucratie centrale et locale non intéressée par les réformes, du manque de visibilité et de cohérence dans la démarche économique et sociale, accentué par les rentiers au niveau interne et certains segments d’acteurs externes entretenant des relations informelles et qui ne sont pas intéressés par l’approfondissement des réformes, l’ambiguïté des textes juridiques permettant le blocage légal des réformes, la multiplicité des intervenants autorisant une confusion des prérogatives, la fragilité des capacités d’investissement du privé interne, le plan de stabilisation ayant réalisé une épargne forcée au détriment des couches moyennes qui se sont paupérisées, la méfiance entretenue par des investisseurs internes-externes, par des modifications continuelles de textes de lois alors que la stabilité doit être de rigueur, l’instabilité également de la dévaluation du dinar, faussant toute prévision, pour combler artificiellement le déficit budgétaire sans dynamiser les exportations hors hydrocarbures, le blocage étant systémique, des discours populistes de règlements de comptes entretenu par les acteurs défavorables et enfin de fortes pressions pour revenir aux pressions protectionnistes, dans la mesure où la libéralisation maitrisée détruit une fraction de la rente. Le scénario 2 est statu quo. Cette hypothèse préparera les conditions de l’échec en imputant les conditions sociales actuelles (pauvreté et chômage) aux réformes, qui, excepté la stabilisation macroéconomique, en sont au début en Algérie (réformes micro-économiques et institutionnelles, enjeux des années 2022-2025), ou à des organes techniques, alors que l’essence réside dans l’absence de volonté politique (neutralisation des rapports de force). Ce statu quo participera à un échec programmé et serait suicidaire pour le devenir de l’économie et de la société algérienne. Cela est entretenu par la confusion de certains concepts assimilant faussement réformes à bradage du patrimoine national. Ainsi, selon les tenants de cette analyse, les réformes seraient dictées par les grandes compagnies mondiales, le FMI et la Banque mondiale, nous rappelant les temps de l’Inquisition contre ceux qui prônent l’économie de marché et l’instauration de la démocratie, alors que les réformes dépendent avant tout des algériens eux-mêmes, personne n’étant plus patriote qu’un autre. Le scénario 3 est la réussite du processus des réformes. Les conditions de la réussite des réformes en Algérie sont également contenues dans son environnement juridique, économique et politique. La démystification culturelle est importante et doit continuer, les rumeurs dévastatrices au sein de l’opinion n’étant que la traduction de la faiblesse du système de communication, surtout en Algérie où la voie orale est prédominante. Ainsi, il y a urgence d’une collaboration étroite des partis politiques, des associations et, d’une manière générale, de toute la société civile, l’administration, dont les walis, des entreprises publiques et privées, les collectifs des travailleurs, des syndicats, en aplanissant par le dialogue et la concertation les divergences. Il s’agira de concilier l’objectif stratégique au moyen de tactiques précises par une symbiose des intérêts individuels et l’intérêt collectif, en montrant que les gagnants des réformes à moyen terme seront plus nombreux que les perdants à court terme. Une communication intelligente et active est fondamentale pour faire aboutir les réformes. De ce fait, dans le monde des affaires n’existant pas de sentiments, seules les réformes permettront la croissance économique et la réduction du lancinant problème du chômage et de la pauvreté. Tout obstacle à ces réformes ne fait que diminuer le taux de croissance, accroît l’insécurité du pays et, par là, contribue à la déstabilisation sociale et politique (voir l’ouvrage sous ma direction réunissant anthropologues, sociologues, économistes , politologues Edition Dar gharb 2004 en arabe, anglais-français, les défis de l’Algérie, démocratie, réformes et économie de marché).

En résumé, le monde entre 2022/2030 étant à l’aube d’un profond bouleversement géostratégique, où le culturel sera dominant ce XXIe siècle avec de nouveaux comportements, il y a lieu de combattre et de démystifier cette vision de sinistrose que certains veulent propager vis-à-vis de l’Algérie, dans des buts d’intérêts personnels étroits, en voulant perpétuer la crise. Les objectifs stratégiques sont le renforcement et la modernisation de l’Etat, la poursuite du développement économique, social et culturel à la mesure de nos ambitions nationales.

La réconciliation nationale, c’est œuvrer pour éteindre tous les feux allumés par ceux qui travaillent contre l’unité nationale, dans le dessein de déchirer les liens qui lient les Algériens entre eux et qui veulent les mener vers l’aventure ; c’est réconcilier les Algériens avec leur histoire et leur culture millénaire, nourries à nos racines amazighes et à notre fond arabo-musulman ; c’est bâtir un Etat fort, fondé sur la justice et le respect des droits humains ; c’est réunir dans un même projet moderniste toutes les sensibilités qui ont en commun l’amour de la patrie et le souci de l’avenir de nos enfants afin de faire de l’Algérie un partenaire majeur sur la scène régionale et un pays écouté et respecté dans les arènes internationales où se décide le sort du monde. Et l’Algérie, sans chauvinisme, en a les potentialités devant rétablir surtout la MORALE tant des dirigeants que des citoyens, en un mot la vertu du travail créateur, loin des logiques rentières populistes dévastatrices. Forte de la mobilisation des acteurs internes favorables et par une solidarité sans faille, devant tenir compte des différentes sensibilités, l’unanimisme étant source de décadence, l’Algérie, qui en termes géostratégiques est un élément indispensable à la stabilité euro-méditerranéenne et africaine qui constitue son espace naturel, par une politique plus clairement affichée se traduisant par des actes, peut faire aboutir le processus des réformes inséparables d’une profonde démocratisation de la société algérienne.

  1. M.

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