L’Algérie dispose d’une infrastructure gazière transcontinentale majeure reliant ses champs de production au continent européen. Selon une étude approfondie publiée par l’institution spécialisée dans les données et l’évaluation des marchés énergétiques « General Index », la capacité théorique combinée des deux gazoducs algériens acheminant le gaz naturel directement vers l’Italie et l’Espagne s’élève à 43,7 milliards de mètres cubes par an.
Présentée initialement par Sarah ZouinaCheraga, analyste principale des prix chez General Index, lors du congrès Gastech 2026 à Bangkok, cette analyse met en lumière l’écart important entre la capacité nominale des infrastructures et les volumes réellement transportés. En 2025, les flux effectifs via ces deux ouvrages n’ont atteint que 29,3 milliards de mètres cubes, laissant une marge inutilisée de près de 14,3 milliards de mètres cubes. Cette situation place la nation nord-africaine devant un double enjeu : capitaliser sur une réserve de transport stratégique tout en mobilisant les volumes nécessaires pour en maximiser l’exploitation commerciale.
Deux conduites, deux réalités d’exploitation
L’examen détaillé des infrastructures révèle des dynamiques d’utilisation très contrastées entre le réseau italien et la conduite espagnole. Le gazoduc Transmed (Enrico Mattei), qui relie l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, affiche une capacité théorique de 33,5 milliards de mètres cubes par an. Durant l’année 2025, il a acheminé environ 20,1 milliards de mètres cubes, soit un taux d’utilisation de 60 %. Ce canal concentre à lui seul près de 94 % de la capacité inexploitée globale du réseau de transport par canalisation vers l’Europe, représentant une réserve de débit de 13,4 milliards de mètres cubes.
À l’inverse, le gazoduc Medgaz, liaison directe reliant Beni Saf à Almería en Espagne, fonctionne quasiment à saturation. Suite à la mise en service d’une quatrième station de compression en juillet 2022, sa capacité officielle a été portée à 10,16 milliards de mètres cubes par an. En 2025, son taux de charge a atteint 91 %, avec un volume transporté estimé à 9,25 milliards de mètres cubes, ne laissant qu’une marge marginale d’environ 910 millions de mètres cubes.
L’enjeu prioritaire de la production en amont
L’étude de « General Index » soulève un point central, la présence d’une capacité de transport disponible ne signifie pas la présence immédiate de volumes prêts à l’exportation. La capacité d’accroître les livraisons dépend directement des volumes extraits aux puits, de la disponibilité des installations de traitement et de compression, ainsi que de l’arbitrage avec la demande nationale.
En 2025, la consommation intérieure de l’Algérie a atteint 57,3 milliards de mètres cubes, dépassant pour la première fois le volume total des exportations, établi à 46,1 milliards de mètres cubes. Parallèlement, la production nationale a enregistré une légère baisse de 2,5 %, tandis que les expéditions de gaz naturel liquide (GNL) ont reculé de 18 % pour s’établir à 9,54 millions de tonnes.
Cette configuration indique clairement que le facteur limitant ne réside pas dans les tuyaux, mais dans le niveau de production disponible au niveau du upstream (l’amont gazier). Chaque milliard de mètre cube additionnel produit peut ainsi être rapidement valorisé sur le marché européen via le réseau Transmed sans nécessiter de nouveaux investissements lourds en infrastructures de transport.
Un rôle stabilisateur pour les marchés du sud de l’Europe
L’impact des flux algériens sur la formation des prix régionaux demeure prépondérant. En 2025, le gaz algérien a représenté environ 36 % des approvisionnements de l’Italie et 35 % du système gazier espagnol. Les données d’analyse démontrent que les pannes ou opérations de maintenance sur les points d’interconnexion (comme MazaradelVallo en Sicile) entraînent immédiatement des tensions sur les indices régionaux tels que le PSV italien ou le PVB espagnol par rapport au marché de référence néerlandais TTF.
Par ailleurs, la fiabilité contractuelle de l’Algérie offre une sécurité d’approvisionnement appréciée par les opérateurs européens, en particulier lors de périodes de fortes volatilités sur le marché mondial du GNL ou de perturbations sur les routes maritimes internationales.
Perspectives et défis réglementaires
Pour convertir cette capacité de transit en levier de croissance, l’Algérie mise sur l’intensification de la recherche gaziere, la réduction du torchage et l’optimisation de l’efficacité énergétique nationale. De plus, la concrétisation future du projet de gazoduc transsaharien (TSGP), destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe via le Niger et le réseau algérien, pourrait permettre d’optimiser pleinement l’usage des canalisations existantes.
Le maintien de la compétitivité du gaz algérien sur le marché communautaire devra intégrer les exigences environnementales européennes renforcées à partir de 2030, notamment le suivi rigoureux des émissions de méthane tout au long de la chaîne de valeur.
Amel Driss






