Plus de 6 400 microentreprises agréées: L’Algérie veut transformer ses 15 millions de tonnes de déchets en richesse

0
1

Avec une production annuelle dépassant 15 millions de tonnes de déchets, l’Algérie entend faire du recyclage et de la valorisation un véritable levier de diversification économique, d’investissement et de création d’emplois. Plus de 6 400 microentreprises ont déjà obtenu des autorisations d’activité dans ce secteur, tandis que les pouvoirs publics ambitionnent de porter le taux de recyclage à 30 % à moyen terme. Une nouvelle dynamique qui place l’entrepreneuriat environnemental au cœur de la stratégie nationale de développement durable.

L’Algérie engage une nouvelle approche dans la gestion des déchets, fondée sur leur transformation en ressources économiques plutôt que sur leur simple élimination par enfouissement. Cette orientation vise à développer les activités de récupération, de recyclage et de valorisation, tout en favorisant l’émergence de nouvelles entreprises spécialisées dans l’économie circulaire.

C’est ce qu’a affirmé, dimanche, Hayat Achour, directrice de l’Institut national des formations environnementales, relevant du ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie, lors de son intervention dans l’émission « L’Invité du matin » de la Chaîne 1 de la Radio algérienne.

Selon la responsable, cette stratégie représente une opportunité importante pour diversifier l’économie nationale, créer de la richesse et générer de nouveaux emplois, dans un pays où la production annuelle de déchets dépasse désormais les 15 millions de tonnes.

« Plus de 6 400 microentreprises ont obtenu des autorisations pour exercer dans les différentes filières de recyclage et de valorisation des déchets ménagers », a-t-elle indiqué.

L’objectif fixé à moyen terme est d’atteindre un taux de recyclage de 30 %, alors que les déchets organiques représentent 54 % du volume global. Ces données témoignent, selon elle, de l’important potentiel économique du secteur et des possibilités d’investissement offertes aux jeunes entrepreneurs.

Un nouveau cadre juridique pour stimuler l’investissement

Pour accompagner cette transformation, les pouvoirs publics ont engagé une actualisation du dispositif législatif encadrant la gestion des déchets.

La loi n° 25-02, modifiant et complétant la loi n° 01-19, consacre ainsi le passage d’un modèle reposant principalement sur l’élimination des déchets à une approche privilégiant leur récupération, leur recyclage et leur réutilisation comme matières premières secondaires dans les activités industrielles et commerciales.

Cette évolution réglementaire vise à structurer davantage le secteur et à encourager les investissements dans les différentes filières de valorisation.

Hayat Achour a souligné que le développement de l’entrepreneuriat environnemental constitue l’un des principaux axes de cette stratégie.

Les jeunes sont notamment encouragés à créer des entreprises spécialisées dans la collecte, le tri, le transport et la transformation des déchets récupérables, avec l’appui de dispositifs publics de financement, de formation et d’accompagnement technique.

Des exonérations fiscales pouvant atteindre six ans

Afin de stimuler la création d’entreprises environnementales, plusieurs mesures incitatives ont été mises en place.

La responsable a notamment cité le décret exécutif n° 24-61, qui prévoit des exonérations fiscales pouvant atteindre six années pour certaines activités, notamment la collecte et le transport des déchets valorisables.

Les procédures d’obtention des autorisations d’exercice auprès des directions de l’environnement ont également été simplifiées.

Parallèlement, l’Institut national des formations environnementales assure des programmes de formation et d’accompagnement technique destinés aux porteurs de projets.

Ces formations permettent aux futurs entrepreneurs d’acquérir les compétences nécessaires pour identifier les différentes catégories de déchets, maîtriser les techniques de collecte et de tri et développer progressivement leurs activités vers le recyclage et la transformation industrielle.

L’objectif est de favoriser la création d’entreprises viables, respectueuses des normes environnementales et capables de répondre aux besoins croissants du marché national.

Plus de 197 autorisations délivrées via une plateforme numérique

La numérisation des procédures administratives constitue un autre volet de cette politique.

Dans ce cadre, une plateforme nationale dédiée à l’entrepreneuriat environnemental a été lancée, en coordination avec les secteurs et organismes concernés.

Cet outil numérique permet aux porteurs de projets d’accéder plus facilement aux informations relatives à la création d’entreprises, aux dispositifs d’incitation, aux possibilités de financement et aux programmes de formation.

Selon Hayat Achour, plus de 197 autorisations de collecte et de transport des déchets ont déjà été enregistrées et accordées à des jeunes entrepreneurs à travers cette plateforme.

Pour la responsable, ces premiers résultats témoignent d’un intérêt croissant pour les métiers de l’environnement et d’une volonté d’organiser progressivement ces activités dans un cadre réglementaire structuré, à travers les différentes wilayas du pays.

Un programme de financement destiné à 1 000 jeunes

L’accompagnement financier des porteurs de projets figure également parmi les priorités du ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie.

Hayat Achour a annoncé le lancement d’un programme visant à financer 1 000 jeunes entrepreneurs, notamment à travers la mise à disposition de véhicules à trois roues destinés à la collecte des déchets.

Cette initiative s’inscrit dans une démarche de soutien à la création de petites activités économiques et à l’organisation des circuits de récupération des matières recyclables.

Le ministère travaille également au renforcement de la coordination avec les organismes publics de soutien et de financement, notamment l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (NESDA), l’Agence nationale de gestion du microcrédit (ANGEM), ainsi qu’avec le dispositif de l’autoentrepreneur.

Une attention particulière est accordée aux microprojets spécialisés dans le recyclage des déchets plastiques.

Ces activités doivent permettre de transformer les matières plastiques récupérées en matières premières réutilisables dans l’industrie et dans la fabrication de différents produits.

Au-delà de leur contribution à la protection de l’environnement, ces projets sont appelés à renforcer les chaînes locales de production et à réduire le gaspillage de ressources pouvant être réintroduites dans le circuit économique.

Le tri sélectif, un maillon essentiel de la valorisation

La réussite de cette stratégie repose également sur la généralisation du tri sélectif à la source.

Selon Hayat Achour, cette pratique constitue une étape déterminante dans la chaîne de valorisation, puisqu’elle facilite la collecte, le transport et le traitement des déchets, tout en améliorant la qualité des matières récupérées.

Un tri effectué dès les ménages, les quartiers et les lieux de travail permet notamment de fournir aux entreprises de recyclage des matières premières plus propres et mieux séparées, ce qui améliore leur rendement et réduit les coûts de traitement.

La responsable a ainsi appelé les citoyens, les familles et les entreprises à adopter progressivement cette culture du tri sélectif.

Des programmes de sensibilisation ont également été engagés par le ministère de l’Environnement, en coordination avec le secteur de l’Éducation nationale, afin d’initier les enfants aux bonnes pratiques environnementales.

Ces actions prévoient notamment l’installation de conteneurs spécifiques pour le papier, le plastique et les déchets organiques, ainsi que l’organisation d’activités pédagogiques consacrées au recyclage et à la production de compost destiné au jardinage scolaire.

À travers cette démarche, les pouvoirs publics entendent faire évoluer durablement les comportements et renforcer la participation des citoyens à la gestion des déchets.

Avec plus de 15 millions de tonnes produites chaque année, le secteur représente un gisement économique encore largement valorisable. Le développement des filières de recyclage, l’encouragement de l’investissement privé et la formation de nouveaux entrepreneurs constituent ainsi les principaux leviers d’une économie circulaire capable de conjuguer protection de l’environnement, création d’emplois et diversification de l’économie nationale. Amine Chabouni