Coïncidant avec la célébration par l’Algérie du 72e anniversaire du déclenchement de la glorieuse Révolution de libération: Le magazine français « Télérama » est revenu sur l’une des pages les plus sanglantes de l’histoire du colonialisme français en Algérie

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Le roman évoque le massacre de la rue d’Isly à Alger, lorsque des soldats de l’armée française ont ouvert le feu sur une foule de manifestants, laissant des dizaines de morts et des centaines de blessés, dans une scène révélant que la signature des accords d’Évian n’avait pas mis fin aux épisodes de la violence coloniale.

Dans un article publié par le magazine le 1er novembre 2026, intitulé « Halte au feu… un roman historique puissant sur un chapitre sanglant de l’Algérie coloniale », l’accent a été mis sur cette œuvre romanesque qui fait revivre les événements du 26 mars 1962, huit jours après la signature des accords d’Évian, soulignant la capacité de l’auteur à dépeindre la violence de cette période et ses complexités à travers les destins de six personnages qui se croisent lors d’une journée tragique de l’histoire de l’Algérie.

Balles françaises après les accords d’Évian !

Le roman remonte au 26 mars 1962, lorsque environ trois mille Pieds-Noirs se sont rassemblés rue d’Isly à Alger, répondant à des appels à manifester pour refuser l’indépendance de l’Algérie et maintenir sa souveraineté française, dans un contexte tendu ayant suivi les affrontements dans le quartier de Bab El Oued entre l’armée française et l’organisation terroriste de l’OAS (Organisation armée secrète).Devant le barrage militaire dressé par les soldats du 4e régiment de tirailleurs, l’affrontement a éclaté à quatorze heures quarante-cinq, après que des coups de feu ont été entendus sans que l’identité de leurs auteurs ne soit établie de manière catégorique, avant que les soldats n’ouvrent le feu sur la foule, dans un massacre qui a coûté la vie à 49 personnes et fait environ 200 blessés, selon les chiffres rapportés par le magazine français et confirmés également par la base de données du ministère français des Armées.Ce massacre revêt une importance historique considérable, car il est survenu à un moment où la France avait signé les accords d’Évian qui ouvraient la voie à l’indépendance de l’Algérie, tandis que l’organisation terroriste de l’OAS cherchait à faire échouer le processus d’indépendance en intensifiant la violence et en attisant les affrontements. Ainsi, l’Algérie s’est retrouvée, dans les derniers jours de l’ère coloniale, face à des scènes sanglantes malgré l’annonce du cessez-le-feu.

Six personnages… et une ville qui étouffe sous la haine et la violence

De son côté, le site français Unidivers a publié, le 2 novembre 2026, un article intitulé « Halte au feu : Alger, 26 mars 1962, la tragédie qui résiste aux récits », abordant le roman de Stéphane Giusti et mettant en lumière le massacre de la rue d’Isly ainsi que les destins des six personnages dont les histoires se croisent en cette journée sanglante.Stéphane Giusti a choisi de ne pas présenter un récit historique brut du massacre, mais a plutôt adopté le style du roman collectif croisé, suivant les destins de six personnages durant les heures précédant les tirs, dans une construction romanesque qui fait vivre au lecteur le climat de tension et d’attente jusqu’au moment tragique.Les personnages comprennent Lucien Pérez, lieutenant de gendarmerie, et les militants communistes Éliane et Daniel Ortega, aux côtés de Marie-France et Odette Carbonnel, filles d’une famille de petits commerçants, ainsi que Paul Keller, membre du commando Delta de l’OAS.À travers ces personnages contrastés, l’auteur dresse un portrait de la communauté des Pieds-Noirs en Algérie durant ses derniers jours, avec ses divisions, ses peurs et ses contradictions, sur fond d’escalade de la violence et d’influence de l’OAS qui s’était infiltrée, selon l’analyse du magazine, dans tous les rouages de cette société.

Télérama décrit le roman comme une œuvre haletante et puissante, portée par une écriture incisive et un rythme crescendo, où Giusti met à profit son expérience de réalisateur de cinéma pour offrir des scènes vibrantes de détails, faisant d’Alger un théâtre où la haine s’accumule jusqu’à exploser en un affrontement sanglant.

Mémoire du colonialisme… des pages que les accords de paix ne tournent pas

L’importance du roman ne se limite pas à la restitution des détails du massacre de la rue d’Isly, mais s’étend également à ce qu’a souligné le magazine français concernant le maintien prolongé de cet événement dans une zone d’ombre de la mémoire française, au milieu de tentatives d’instrumentalisation par les nostalgiques de l’« Algérie française » et l’extrême droite.Le roman pose, en ce sens, des questions complexes sur la mémoire coloniale et sur la manière d’évoquer la souffrance des civils sans la transformer en un outil visant à justifier le projet colonial ou à blanchir les crimes de l’OAS, qui a exercé la violence et la terreur pour tenter de faire obstacle à l’indépendance de l’Algérie.Le massacre rappelle également le fait que la fin du colonialisme n’a pas été un parcours paisible et que les accords d’Évian, malgré leur portée historique majeure, n’ont pas stoppé immédiatement la spirale de violence qui a marqué les derniers mois de la présence française en Algérie.Le roman Halte au feu, paru aux éditions françaises Seghers le 20 août 2026, a remporté le Prix du roman historique 2026 lors des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, rouvrant par la littérature un dossier historique extrêmement sensible et plaçant à nouveau le massacre de la rue d’Isly sous les yeux des lecteurs, des décennies après son déroulement.

Rym Hamzaoui