L’interoception, ce sens méconnu lié à l’anxiété

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Percevoir les battements de son cœur, ressentir la faim, la soif ou les variations de sa respiration : ces sensations reposent sur une capacité appelée interoception. Encore peu connue du grand public, elle suscite un intérêt croissant chez les scientifiques, qui explorent ses liens avec l’anxiété, la dépression et certains troubles alimentaires.

Contrairement aux cinq sens traditionnellement reconnus, l’interoception permet de percevoir les signaux provenant de l’intérieur de l’organisme. Elle joue un rôle essentiel dans la régulation des fonctions physiologiques, en aidant notamment le corps à maintenir son équilibre.

Lorsque la température corporelle augmente, que la soif apparaît ou que le rythme cardiaque s’accélère, ces informations contribuent à déclencher des réactions adaptées. Mais cette capacité pourrait également intervenir dans la manière dont chacun ressent et régule ses émotions.

Un lien possible avec l’anxiété et la dépression

Plusieurs travaux scientifiques suggèrent qu’une perception ou une interprétation perturbée des signaux corporels pourrait être associée à certains troubles psychiques.

Chez une personne anxieuse, par exemple, une accélération du rythme cardiaque peut être interprétée comme un signe de danger, accentuant ainsi le sentiment d’inquiétude. Ce mécanisme pourrait contribuer à entretenir certaines réactions anxieuses.

Des associations ont également été étudiées avec la dépression, le stress post-traumatique et les troubles des conduites alimentaires. Toutefois, les chercheurs soulignent que ces observations ne permettent pas encore d’établir un lien de causalité.

Une étude publiée dans la revue scientifique eBioMedicine s’est notamment intéressée aux relations entre la faim et l’humeur. Ses résultats suggèrent que les personnes capables de percevoir avec précision leurs sensations internes présentent une plus grande stabilité émotionnelle face à la faim.

Des différences encore mal comprises

La recherche s’intéresse également aux différences de perception corporelle entre les femmes et les hommes.

Une analyse portant sur 93 études, publiée en 2022, a mis en évidence des écarts dans certaines épreuves de perception du rythme cardiaque. Les femmes obtenaient, en moyenne, des scores de précision inférieurs à ceux des hommes.

Les scientifiques envisagent un lien possible avec la fréquence plus élevée de l’anxiété et de la dépression chez les femmes. Cette hypothèse demeure néanmoins discutée, notamment en raison des limites des méthodes utilisées pour mesurer l’interoception.

En effet, certains tests reposent sur la capacité à compter ses battements cardiaques sans prendre son pouls. Or, les résultats peuvent être influencés par les connaissances et les croyances des participants sur leur propre rythme cardiaque.

Une piste prometteuse, mais encore débattue

Malgré l’intérêt croissant qu’elle suscite, l’interoception ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique.

Certains chercheurs contestent son regroupement sous la notion d’un sens unique, estimant qu’elle rassemble plusieurs mécanismes physiologiques et perceptifs distincts.

Au-delà de ce débat, les recherches pourraient contribuer à mieux comprendre les interactions entre le corps et la santé mentale. Elles ouvrent notamment des perspectives pour l’étude de l’anxiété, de la dépression et des troubles alimentaires.

Pour l’heure, l’interoception reste toutefois une piste de recherche. Les données disponibles ne permettent pas de déterminer si les modifications de la perception corporelle constituent une cause, une conséquence ou un facteur associé aux troubles psychiques.

Les scientifiques poursuivent leurs travaux afin de préciser son rôle et d’évaluer son éventuel intérêt dans la prise en charge de ces troubles.

 Neila