Un tirage massif, une campagne marketing omniprésente et une avance record. Les ingrédients semblaient réunis pour faire du dernier ouvrage du dénommé Boualem Sansal un succès de librairie. Sauf que les vents soufflent à l’encontre des désirs des navires. Pourtant, La « Légende », paru le 2 juin chez Grasset (groupe Hachette Livre), vire au revers commercial, révèle le quotidien français « Le Monde ». Selon les chiffres de l’institut « NielsenIQ BookData », le livre de 252 pages vendu à 22 euros n’a séduit que 48 000 acheteurs au 20 août, sur un premier tirage ambitieux de 150 000 exemplaires. Dans cet ouvrage, l’écrivain revient sur son année d’incarcération en Algérie pour atteinte à l’unité nationale, avant de bénéficier d’une grâce accordée le 12 novembre 2025 par le président Abdelmadjid Tebboune, NDLR.
Un contexte pesant suivi d’un lancement pourtant prometteur, avec près de 17 000 ventes dès sa première semaine, l’essai s’était hissé dans le top 5 national. Mais cet effet de curiosité s’est rapidement dissipé, révélant un essoufflement brutal du lectorat. Pour mesurer l’ampleur de ce démarrage manqué, « Le Monde » met en parallèle un autre récit de détention publié par le même groupe : Le Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy. Paru le 10 décembre 2025 chez « Fayard » pour retracer ses 20 jours passés à la prison de la Santé, l’ouvrage de l’ancien président français avait réuni 90 000 acheteurs en seulement sept jours, soit près du double des ventes totales cumulées par Sansal en plus de deux mois d’exploitation.
Ce faible rendement pèse lourdement sur les finances de l’éditeur. Pour débaucher l’auteur de chez « Gallimard » sa maison historique depuis « Le Serment des barbares » en 1999, la direction de « Hachette Livre » avait octroyé de sa propre initiative une avance exceptionnelle d’un million d’euros, un montant rarissime dans le paysage éditorial français. Pour rentabiliser cet investissement, « Hachette » a déployé un arsenal promotionnel inédit : encarts publicitaires pleines pages dans la presse écrite, omniprésence sur les antennes audiovisuelles du groupe Bolloré (propriétaire d’Hachette) et mise en avant systématique dans les enseignes Relay des gares et aéroports. Malgré cette offensive médiatique et commerciale visant à imposer le livre auprès du grand public, le constat reste amer moins d’un tiers du tirage initial a trouvé preneur. Cette opération met en lumière les limites du marketing intensif face à la réserve des lecteurs, tout en posant la question de la rentabilité de telles surenchères financières.
Mohamed B.






