Chaque été, les dermatologues rappellent l’importance de protéger sa peau du soleil. Mais une vaste étude génétique menée par des chercheurs australiens montre que le risque de mélanome ne dépend pas seulement des UV.
La canicule s’installe, les plages se remplissent et beaucoup d’entre nous passent davantage de temps en extérieur. Chaque été, les messages de prévention sur les coups de soleil reviennent en force. Pourtant, une nouvelle étude suggère que l’histoire du mélanome, la forme la plus agressive du cancer de la peau, ne se résume pas seulement aux coups de soleil. Dans une étude publiée dans la revue Nature Communications, des chercheurs du QIMR Berghofer Medical Research Institute ont analysé les données génétiques de plus de 85 000 personnes et identifié des centaines de gènes impliqués dans la formation des grains de beauté et dans le risque de mélanome. Une découverte qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention et à de futurs traitements.
Pourquoi certaines personnes ont-elles beaucoup plus de grains de beauté ?
Pour répondre à cette question, les chercheurs ont réalisé la plus vaste étude génétique jamais menée sur ce sujet. Résultat : 24 nouvelles régions du génome impliquées dans le nombre de grains de beauté ont été identifiées, soit cinq fois plus que lors de leur précédente étude, publiée en 2018 dans Nature Communications. Au total, plus de 250 gènes apparaissent désormais comme des candidats prioritaires pour comprendre la biologie du mélanome. Des chercheurs australiens ont mis au jour des centaines de gènes jouant un rôle dans le développement des grains de beauté et du mélanome. Cette découverte pourrait déboucher sur de nouvelles stratégies pour prévenir et traiter la forme la plus agressive de cancer de la peau. Une partie du risque pourrait venir du système immunitaire. L’un des résultats les plus surprenants concerne un gène baptisé SIKE1. Contrairement à de nombreux gènes déjà connus, liés à la couleur de la peau ou à la pigmentation, celui-ci intervient dans la réponse immunitaire en aidant le système immunitaire à réagir aux infections virales. Les chercheurs pensent qu’en cas de dysfonctionnement, SIKE1 pourrait empêcher l’organisme de repérer et d’éliminer les mélanocytes qui commencent à se multiplier anormalement. « Les immunothérapies actuelles sont inefficaces chez la moitié des patients atteints d’un mélanome à un stade avancé ; il est donc nécessaire de trouver d’autres moyens de cibler la maladie. L’étude des grains de beauté nous permet d’en apprendre davantage sur la biologie du mélanome et ainsi de découvrir de nouvelles façons de le contrôler », explique le professeur agrégé Matthew Law, responsable de l’équipe du laboratoire de génétique et de cancer de la peau du QIMR Berghofer.
Le soleil reste un facteur majeur, mais il n’explique pas tout
Cette étude ne remet évidemment pas en cause l’importance de la protection solaire. Les rayons UV demeurent l’un des principaux facteurs environnementaux impliqués dans le mélanome. Mais elle montre que certaines personnes pourraient être génétiquement plus vulnérables que d’autres. Les chercheurs ont même élaboré un « score de risque polygénique (PRS) », capable d’estimer la prédisposition génétique à développer un grand nombre de grains de beauté. « Notre étude contribue à mieux comprendre pourquoi certaines personnes ont de nombreux grains de beauté et pourquoi d’autres développent un mélanome, afin de mieux prévenir et traiter ce cancer », souligne l’auteure principale Shanika Jayasinghe. À l’avenir, des tests génétiques pourraient compléter l’examen de la peau pour repérer les personnes nécessitant une surveillance renforcée. En attendant, le message reste simple : si un grain de beauté apparaît, grossit ou change d’aspect, mieux vaut le faire examiner. Car même si la génétique joue un rôle important, la détection précoce demeure l’un des meilleurs moyens d’améliorer les chances de guérison.






