Algérie: Les raisons de l’écart entre le cours officiel du dinar et celui du marché parallèle

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Pr Abderrahmane Mebtoul- Dr d’Etat 1974- management stratégique -Expert international

Cette problématique de la valeur de la  monnaie  algérienne est liée à l’importance de la sphère informelle, dominante en Afrique  Le concept de «secteur informel» apparaît pour définir toute la partie de l’économie qui n’est pas réglementée par des normes légales. En marge de la législation sociale et fiscale, elle a souvent échappé à la comptabilité nationale et donc à toute régulation de l’État, encore que récemment à l’aide de sondages, elle tend à être prise en compte dans les calculs du taux de croissance et du taux de chômage. 

Il y a lieu de différencier la sphère informelle productive qui crée de la valeur de la sphère marchande spéculative qui réalise un transfert de valeur. L’économie informelle est donc souvent qualifiée de «parallèle», «souterraine», «marché noir» et tout cela renvoie au caractère dualiste de l’économie, une sphère qui travaille dans le cadre du droit et une autre sphère qui travaille dans un cadre de non droit, étant entendu que le droit est défini par les pouvoirs publics en place. Pour les économistes, qui doivent éviter le juridisme, dans chacun de ces cas de figure nous assistons à des logiques différentes, tant pour la formation du salaire et du rapport salarial, que du crédit et du taux d’intérêt qui renvoient à la nature du régime monétaire dualiste. La formation des prix et des profits dépendent dans une large mesure de la forme de la concurrence sur les différents marchés, la différenciation du taux de change officiel et celui du marché parallèle, de leur rapport avec l’environnement international (la sphère informelle étant en Algérie mieux insérée au marché mondial que la sphère réelle) et en dernier lieu de leur rapport à la fiscalité qui conditionne la nature des dépenses et recettes publiques  Cela  n’est pas propre  à l’en Algérie  qui selon la Banque d’Algérie  représente environ 30 % du PIB national  échappant  au contrôle fiscal et aux circuits bancaires, drainant  des dizaines de milliards de dollars hors des banques et concentrant  selon certaines sources plus de 4 millions d’emplois.

1. Economie algérienne : dominance de la rente des hydrocarbures

Alors  que l’unité de la monnaie européenne s’échange à 150,62 dinars à l’achat et 150,66 dinars à la vente selon la  Banque d‘Algérie dans sa note de conjoncture de février 2024 et sur le    marché parallèle, le cours du dinar , durant l’année 2011, avait atteint une moyenne de 135 dinars 1 euro , le 8 octobre 2022, la cotation est de 209 dinars  1 euro.  -le  22 septembre 2022, l’euro s’échangeait à 227 dinars à l’achat et 229 dinars à la vente, le dollar américain à 210 dinars à l’achat et 212 dinars à la vente, soit un écart entre l’officiel et  le parallèle de près de 57%. Le   8 juin 2026, le cours de l’euro s’échangeait sur le marché officiel à environ 154 DA pour 1 euro, tandis que sur le marché parallèle (square Port-Saïd), il atteignait entre 275 et 280 dinars et avec un écart en croissance l’écart  entre le marché officiel et le marché noir entre  78 et 80%  contre  3O% il y a environ 1O années  et moins de 60% vers les années  2000, une des causes de la corruption via les surfacturations.   La Banque d’Algérie  avait  indiqué que la circulation fiduciaire hors banques représente 33,35% de la masse monétaire globale en Algérie, soit quelque 7395 milliards de dinars à fin septembre 2022, contre 6712 milliards de dinars à fin décembre 2021  soit  53,98 milliards de dollars,  Selon la situation mensuelle de la Banque d’Algérie arrêtée au 30 novembre 2025, la masse fiduciaire en circulation dépasse 9654 milliards de dinars  soit 62,68 milliards de dollars , la masse fiduciaire en circulation représentant  45,7 % du total du bilan de la Banque d’Algérie.  L’Algérie a pourtant engagé plusieurs chantiers pour réduire la dépendance au cash à travers les  paiements par carte, les plateformes en ligne et les solutions mobiles dans les services publics, les factures et certaines transactions commerciales, mais  cette progression reste encore trop limitée pour inverser la tendance, où souvent  les commerçants ne disposant pas de terminaux  Cette  situation   reflète un état de sous-bancarisation où des entrepreneurs, gros commerçants , ménages et autres intermédiaires préfèrent le cash pour moins de traçabilité et surtout pour mieux échapper au fisc alors que dans les pays développés les plus bancarisés, la part de la circulation fiduciaire ne dépasse guère les seuils de 4 à 5% de la masse monétaire globale .  Le  marché informel dans le commerce dominant  fait  que  bon nombre de produits non subventionnées ont tendance à s’aligner sur le cours du marché parallèle  en n’oubliant jamais que tout agent économique, opérateur ou ménage guidé par la seule logique du profit, n’existant pas de nationalisme et de sentiments dans la pratique des affaires ( voir étude sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul- Institut Français des Relations internationales IFRI Paris « ,les enjeux stratégiques de la sphère informelle -2013-reproduite en synthèse réactualisée dans la revue Stratégie IMDEP du ministère de la défense nationale octobre 2019)

2 – Quelles sont les trois    raisons de la distorsion entre  la cotation officielle du dinar et celui  le marché parallèle

La première raison est la faiblesse du niveau de production et de productivité et une économie peu diversifiée caractérisée la dominance de la  rente des hydrocarbures  procurant avec els dérivées plus de 97% des recettes en devises du pays, tenant  la valeur officielle du dinar à plus de 70%, le secteur industriel repentent  entre 5/6% du PIB  seulement . Les exportations hors hydrocarbures   sont marginales avoisinant 5 milliards de dollars en 2025 contre 6,9 en 2022 selon les statistiques douanières étant composées à plus de 67% de dérivées d’hydrocarbures.  Le PIB nominal de l’Algérie, avec un   taux de croissance moyen entre 2000-2025 d’environ de 3% , le  gouvernement ayant  procédé à une réévaluation du calcul du PIB en 2O23, en intégrant environ 33 % de la sphère informelle, s’est élevé à 263,6 milliards de dollars en 2024 et a atteint environ 285,7 milliards de dollars en 2025 mais largement irrigué par la rente des hydrocarbures directement et indirectement.Il  existe une   non proportionnalité entre les dépenses tant en  devises qu’en dinars, avec des  surcoûts des projets qui influent sur le niveau de productivité et donc indirectement sur la cotation du dinar, sans compter les surfacturations des projets , qui expliquent les surcoûts avec des malfaçons surtout dans le BTPH. Les assainissements des entreprises publiques  selon un rapport officiel du premier ministère (source APS) ont  couté au trésor public 250 milliards de dollars  entre 2000 à fin 2019 et ces assainissement ayant continué entre 2000- 2025, et plus de 80%  de ces entreprîmes  sont revenus à la case de départ , montrant que cela n’est pas une question seulement de capital-argent  .Selon Trading Eocnomics et les rapports de la BM  les dépenses publiques de l’État algérien avec une faiblesse dans la planification stratégique et de suivi  faute de rigueur budgétaire ont considérablement augmenté entre 2000 et 2025, passant d’un budget annuel d’environ 1500 milliards de dinars au début des années 2000 à des niveaux records dépassant les 1 700 milliards de dinars par trimestre en 2025 . Cela a  un impact  sur les indicateurs macro économiques et macro sociaux  où fin  2025, les réserves officielles de change de l’Algérie étaient estimées à environ 47,1 milliards de dollars,(40 milliards de dollars  à mars 2026 selon le FMI)  en baisse par rapport aux 67,8 milliards de dollars enregistrés à la fin de 2024. , rappelant qu’en  plus de ces avoirs en devises, l’Algérie détient un stock stable de 173,6 tonnes d’or, dont la valeur de marché a été positivement impactée par la hausse historique des cours de l’once d’or. Mais le  métal jaune ayant  subi une correction notable début juin 2026, s’échangeant autour de 4 330 dollars  l’once troy (environ 4 340  dollars ), après avoir culminé à des sommets historiques de plus de 5 500  dollars.  Le taux d’inflation en Algérie a atteint en moyenne 4,82 % de 2001 à 2026, atteignant un niveau record de 11,00 % en avril 2012 , ce taux ne reflétant pas la réalité , l’indice des prix à la consommation devant être réactualisé car historiquement daté ( certains biens durables comme les pièces  détachées ayant connu entre 2000/2025 une hausse de plus de 300%)  et le taux de chômage (incluant les sureffectifs des administrations et entreprise publiques  et certains emplois rente temporaire dépassant les 11% en 2025  et  devrait atteindre 11,60 % d’ici la fin de 2026, selon les modèles macroéconomiques mondiaux de Trading Economics,e rapport de la Banque mondiale mettant   en garde contre la persistance de freins structurels tels que la faible productivité et les lourdeurs bureaucratiques. Il faudrait un taux de croissance annuel de 6/7%,sur plusieurs années  ce qui permettrait d’absorber le flux additionnel d’emplois entre 35O OOO à 4OO OOO par an qui s’ajoute au taux de chômage actuel

La deuxième raison, l’important déficit budgétaire :  la loi de finances  2025, élaborée sur la base d’un prix de référence fiscal du baril de pétrole à 60 dollars et d’un prix de marché à 70 dollars (comme en 2024), prévoit  des dépenses budgétaires  pour 2025  à 16 794,61 milliards de dinars, soit 125,34 milliards de dollars, une hausse de 9,9 % par rapport à 2024. Les recettes budgétaires sont quant à elles estimées à 8 523,06 milliards de DA (63,60 milliards de dollars), en augmentation de 3,5 % par rapport à 2024, principalement grâce à une hausse de 9 % des recettes fiscales.  Par conséquent, le déficit budgétaire devrait s’accentuer, passant de 7 039,66 milliards DA (19,8 % du PIB) en 2024 à 8 271,55 milliards DA (21,8 % du PIB) en 2025, soit 61,72 milliards de dollars au taux de change de 134 dinars pour un dollar.  Ce  déficit s’explique par la hausse des investissements et des volumes d’importation, conjuguée à un recul des revenus des hydrocarbures, tant en termes de volumes exportés que de prix sur les marchés Avec les besoins importants de financement, couplés à l’épuisement du FRR,  la dette publique a augmenté sensiblement en 2025, s’établissant  à environ 54 % du PIB, composé à plus de 98 % par une dette intérieure ave une faible dette extérieure  ne représentant  environ 1,3 et 2,6  % du PIB, l’Algérie venant d’autoriser l’endettement extérieur pour des projets structurants à forte valeur ajoutée. La troisième raison  ce sont , les transferts légaux de capitaux profitant de la distorsion du taux de change entre l’officiel et celui du marché parallèle, transitent par les banques souvent publiques qui accaparent plus de 85/90% des crédits octroyés, les banques privées malgré leur nombre étant marginales, au cours officiel du dinar à travers les importations par des surfacturations, favorisant également le trafic aux frontières des produits subventionnés, (farine, huile et ) . Ces montants sont souvent convertis en investissement vers l’achat d’une valeur sûre, l’immobilier. C’est que les transferts illégaux   transitant par les banques  au cours officiel du dinar à travers  les importations via les  surfacturations  une partie retourne en Algérie   alimentant  le marché parallèle de devises, ce qui permet d’atténuer la hausse du cours sur le marché parallèle. En effet,  il y a eu une baisse des transferts avec les décès des retraités à l’étranger, cette  baisse de l’offre de devises ayant  été contrebalancée par les fortunes acquises régulièrement ou irrégulièrement par la communauté algérienne localement et à l’étranger qui font transiter irrégulièrement ou régulièrement des devises en Algérie, montrant clairement que le marché parallèle de devises est bien plus important que certaines données de 3,5  à 5 milliards d’euros.  Certes l’allocation devises   de 750 euros par adulte et par an , le droit de change étant  accordé aux mineurs âgés de 12 à moins de 19 ans, dans la limite de deux enfants par famille, cette   opération devant selon le ministre des finances  s’élever à environ 4 milliards de dollars an,     a permis  partiellement de contrebalancer la chute du dinar sur le marché parallèle, mais elle est insuffisante  avec une demande croissante qui provient de simples citoyens qui voyagent : touristes, ceux qui se soignent à l’étranger et les hadjis du fait de la faiblesse de l’allocation devises. Cela est accentué par les pénuries amplifiant le commerce dit du « cabas » que l’on ne combat pas par des mesures administratives car satisfaisant une demande du fait des pénuries. En plus les agences de voyages qui, à défaut de bénéficier du droit au change, recourent aux devises du marché noir. Enfin , pour  se prémunir contre l’inflation, et donc la détérioration du dinar algérien accentue la déthésaurisation des ménages qui mettent face à la détérioration de leur pouvoir d’achat, des montants importants sur le marché, alimentant l’inflation, plaçant leur capital-argent dans l’immobilier, achètent des biens durables à forte demande comme les pièces détachées, facilement stockables ,l’achat d’or ou de devises fortes L’anticipation d’une dévaluation rampante du dinar, a un effet négatif sur toutes les sphères économiques et sociales, dont le taux d’intérêt des banques qui devraient le relever de plusieurs points, s’ils veulent éviter comme par le passé, l’assainissement via la rente des hydrocarbures, s’ajustant aux taux d’inflation réel et toute baisse du taux d’intérêt inférieur au taux d’inflation afin de relancer l’investissement à valeur ajoutée devra être supporté par le trésor public. Les rumeurs de changement de monnaie ainsi que les tensions géostratégiques  aux frontières de l’Algérie ont accru l’écart entre le cours officiel et celui du marché parallèle avec l’accroissement de la  demande en devises fortes.

En conclusion, pour réduire durablement le poids du cash, il faudra renforcer la confiance, simplifier l’accès aux services bancaires et rendre le paiement électronique plus attractif que le retrait d’espèces, car cette domination de l’argent qui circule en dehors des banques, entrave la  canalisation  vers l’épargne formelle, le crédit et l’investissement.

A.M

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