Énergie, inflation et investissements mondiaux sous pression: La guerre redessine l’économie mondiale

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Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient dépassent désormais largement le cadre régional pour s’imposer comme une crise mondiale aux dimensions multiples. C’est ce qu’a affirmé le professeur universitaire et expert économique, le Dr Houari Tigrissi, soulignant que cette situation affecte à la fois les équilibres économiques, politiques et sociaux à l’échelle internationale, touchant aussi bien les pays producteurs que consommateurs d’hydrocarbures.

Invité de l’émission « L’invité du matin » sur la Chaîne 2 de la Radio algérienne, le spécialiste a expliqué que cette crise s’est traduite directement par une hausse sensible des prix, impactant les consommateurs à travers le monde. Les producteurs ne sont pas épargnés pour autant, dans la mesure où plusieurs pays exportateurs d’hydrocarbures restent dépendants de l’importation de produits finis, ce qui les expose aux fluctuations des marchés internationaux. Dans ce contexte incertain, les prix du pétrole demeurent tributaires de l’évolution du conflit. Selon le Dr Tigrissi, plusieurs scénarios se dessinent : une accalmie pourrait entraîner une baisse des cours, tandis qu’une aggravation de la situation, notamment en cas de fermeture du détroit d’Ormuz, pourrait propulser les prix jusqu’à 150 dollars le baril. Une telle hausse aurait des répercussions directes sur les coûts de transport, les chaînes de production et même la sécurité alimentaire, compte tenu du lien étroit entre l’agriculture et les hydrocarbures.

L’expert a également mis en garde contre les effets de cette conjoncture sur les investissements mondiaux, en particulier en Europe, déjà fragilisée par des crises énergétiques récentes. Une poursuite de la hausse des prix de l’énergie pourrait conduire à la fermeture de certaines entreprises et à un ralentissement de l’activité industrielle. Sur le plan géopolitique, les positions adoptées par plusieurs pays européens traduisent une orientation vers la neutralité et un appel à des solutions diplomatiques. Selon le Dr Tigrissi, ces choix sont dictés en priorité par des considérations économiques, notamment la volonté de préserver le pouvoir d’achat des populations et de sécuriser les approvisionnements énergétiques à moindre coût. Face à cette situation, plusieurs pistes sont envisagées pour stabiliser les marchés. Les grandes puissances pourraient recourir à leurs réserves stratégiques, tandis que l’OPEP+ continue de jouer un rôle central dans la régulation de la production et la recherche d’un équilibre entre l’offre et la demande. Dans ce contexte, l’Algérie apparaît comme un acteur énergétique de plus en plus sollicité. Le pays a enregistré une hausse notable de ses exportations de gaz ces derniers mois, consolidant sa position de fournisseur fiable, notamment à destination de l’Europe. Parallèlement, la conclusion d’accords énergétiques avec plusieurs pays arabes témoigne d’un repositionnement des partenaires internationaux en faveur de l’Algérie. Au-delà des effets immédiats de la crise, le Dr Tigrissi estime que cette situation constitue également une opportunité pour le pays. Elle pourrait permettre à l’Algérie de renforcer ses recettes et d’élargir sa présence sur les marchés africains, notamment à travers des projets structurants tels que la route reliant Tindouf à Zouerate ou encore le projet de gazoduc vers le Nigeria, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour l’exportation de produits et de services.

Dans le même sillage, la transition énergétique s’impose comme un choix stratégique. Plusieurs pays, dont l’Algérie, accélèrent leurs investissements dans les énergies renouvelables, à travers des projets d’interconnexion énergétique avec l’Europe, en particulier avec l’Italie, dans les domaines de l’électricité et de l’hydrogène vert. Le spécialiste a également souligné l’importance des grands projets lancés en Algérie dans les secteurs de l’énergie et des mines, notamment le projet de Gara Djebilet et celui du phosphate, ainsi que le développement des infrastructures ferroviaires et logistiques. Ces initiatives visent à soutenir l’investissement et à diversifier l’économie nationale en dehors des hydrocarbures. En conclusion, le Dr Tigrissi a estimé que le monde traverse une phase de profondes mutations des équilibres économiques, marquée par l’ascension de la Chine en tant que puissance industrielle majeure, tandis que l’hégémonie américaine connaît un recul relatif. La crise actuelle révèle également un repositionnement de plusieurs pays, y compris en Europe, où certaines nations affichent désormais des positions plus indépendantes vis-à-vis des États-Unis. Dans ce contexte mouvant, l’expert a insisté sur la nécessité de renforcer le dialogue international et de privilégier des solutions pacifiques, afin de contenir les chocs économiques et de garantir la stabilité des marchés mondiaux.

Yasmine Derbal

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