1.600 greffes réalisées en Algérie en 40 ans, mais 32.000 patients restent en attente: Le don d’organes, un défi majeur pour la santé publique

0
64

Le domaine de la transplantation d’organes en Algérie a enregistré des avancées notables au cours des dernières décennies, mais il demeure confronté à des défis importants, notamment la rareté des donneurs et l’absence d’une véritable culture du don au sein de la société. C’est ce qu’a souligné le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et président du comité d’éthique médicale de l’hôpital universitaire Mustapha-Pacha, lors de son intervention mercredi dans l’émission « L’invité du matin » sur la Chaîne I de la Radio nationale.

Le professeur Belhadj a indiqué que l’Algérie a réalisé 1.600 transplantations d’organes depuis 1986, précisant que ce domaine a connu une évolution significative au fil des années. Il a également relevé les progrès enregistrés au cours des trois dernières années, notamment au niveau de l’unité de transplantation d’organes du Centre hospitalo-universitaire de Batna, qui a réalisé près de 60 % des greffes de reins enregistrées à l’échelle nationale. Un résultat que l’intervenant considère comme important au regard des performances observées dans certains pays du Maghreb. Le spécialiste a rappelé que les premières transplantations d’organes en Algérie remontent à 1977, année durant laquelle la première greffe de cornée a été réalisée à l’hôpital universitaire Mustapha-Pacha. Cette avancée a été suivie, quelques années plus tard, par la première transplantation rénale en 1986. Depuis lors, les établissements hospitaliers ont joué un rôle central dans le développement de ces pratiques médicales, parallèlement aux progrès de la médecine moderne et des techniques chirurgicales. Selon le professeur Belhadj, les opérations de transplantation nécessitent des technologies avancées et une coordination étroite entre plusieurs services médicaux. Cela implique également un renforcement constant de la formation spécialisée des équipes médicales afin de garantir la réussite de ces interventions complexes.

La rareté des donneurs malgré l’existence de fatwas religieuses

Malgré les progrès réalisés sur le plan technique et médical, le professeur Belhadj estime que la principale difficulté reste la rareté des donneurs. Cette situation s’explique notamment par l’attachement d’une grande partie de la société au respect de la dignité du défunt, mais également par les dispositions légales en vigueur qui imposent l’obtention préalable du consentement de la famille. Cette réalité constitue un frein au développement de la transplantation d’organes en Algérie, alors même que les besoins sont considérables. Les statistiques indiquent en effet qu’environ 32.000 patients attendent une transplantation, en particulier pour les reins, le foie et la cornée. Parmi eux figurent également de nombreux enfants nécessitant des interventions urgentes. Le spécialiste a également souligné que la greffe de cornée est l’une des opérations les plus simples et les plus efficaces dans le domaine de la transplantation. Pourtant, le nombre de dons demeure très limité, et ce malgré l’existence de fatwas religieuses autorisant et encourageant le don d’organes. Dans la pratique, la société accepte plus facilement le don au sein du cercle familial, alors que le don au profit de personnes non apparentées se heurte souvent à des réticences.

Le rôle des écoles et des mosquées dans la promotion de la culture du don

Dans ce contexte, le professeur Belhadj a appelé à renforcer les campagnes de sensibilisation et d’information autour de la culture du don d’organes. Il estime que ces actions doivent être menées notamment au niveau des mosquées, des écoles et des médias, afin de promouvoir les valeurs de solidarité et d’encourager la société à participer à sauver la vie des patients en attente de greffe. Il a également rappelé que la loi sur la santé impose l’obtention du consentement de la famille avant tout prélèvement d’organes, ainsi que la confirmation de l’état de mort cérébrale avant toute transplantation. Selon lui, la phase actuelle nécessite également la numérisation des procédures et l’enrichissement des textes juridiques encadrant la transplantation d’organes, afin de faciliter ces opérations et de renforcer leur transparence.

Renforcer la confiance des citoyens pour lutter contre le trafic illégal

Concernant la transplantation de la cornée, le professeur Belhadj a expliqué que le prélèvement sur les corps des personnes décédées pourrait contribuer à réduire la dépendance de l’Algérie à l’importation de cornées depuis l’étranger. Cette démarche nécessite toutefois de renforcer la confiance des citoyens et de mettre en place les garanties juridiques nécessaires. Il a enfin souligné que la promotion de la culture du don d’organes constitue également un moyen efficace de lutter contre le trafic illégal d’organes. Selon lui, la construction d’une conscience collective fondée sur la solidarité humaine et la responsabilité sociale demeure la voie la plus efficace pour développer ce domaine vital et répondre aux besoins croissants des patients en Algérie.

Yasmine Derbal

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici