L’écosystème universitaire algérien franchit une étape stratégique avec la création de la première Société d’investissement à capital risque (SICAR) à caractère universitaire. L’agrément officiel délivré par la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB) marque l’entrée de l’université algérienne dans une nouvelle ère : celle du financement structuré de l’innovation académique.
Invitée de l’émission L’Invité du jour sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, la professeure Taleb Chahinez Soumia a souligné la portée économique de cette initiative. Selon elle, la création de cette SICAR s’inscrit pleinement dans la vision stratégique du président de la République visant à réformer l’université pour en faire un acteur productif, capable de contribuer directement au développement économique, à la création d’emplois et à la génération de richesse. La SICAR universitaire constitue un instrument supplémentaire dans l’architecture nationale de financement de l’innovation. Elle intervient pour accompagner les projets universitaires appelés à évoluer vers des entreprises économiquement viables, qu’il s’agisse d’initiatives entrepreneuriales classiques ou de start-up innovantes. Pour la professeure Taleb, cette démarche s’inscrit dans la stratégie du ministère de l’Enseignement supérieur visant à renforcer l’articulation entre trois piliers fondamentaux : la formation, la recherche scientifique et le développement économique.
L’objectif est clair : créer une synergie entre savoir académique et tissu productif. « Nous sommes dans la vision d’une université entrepreneuriale », a-t-elle affirmé. Là où les projets de fin d’études se limitaient autrefois à un cadre académique classique, la loi 12-75 ouvre désormais la voie à des projets de création d’entreprises intégrés dans un dispositif d’accompagnement structuré. Cette transformation marque un changement de paradigme. Le projet de fin d’études peut désormais devenir un projet d’entreprise, soutenu par un ensemble d’interfaces universitaires, notamment les incubateurs lorsqu’il s’agit de start-up innovantes. La SICAR universitaire vient consolider ce dispositif en apportant une solution de financement adaptée aux besoins spécifiques des jeunes porteurs de projets. Elle permet d’intervenir en capital-risque, réduisant ainsi la dépendance aux financements bancaires classiques souvent inaccessibles aux jeunes entrepreneurs en phase de démarrage. Au niveau de chaque université, une Commission de sélection des projets éligibles à l’accompagnement et au financement est mise en place.
Composée notamment du vice-recteur chargé de la pédagogie et de partenaires socio-économiques, cette commission joue un rôle central dans l’évaluation de la viabilité économique et du potentiel d’innovation des projets soumis. Au-delà de son aspect institutionnel, la création de cette SICAR universitaire reflète une orientation économique plus large : faire de l’université un maillon actif de la chaîne de valeur nationale. Il ne s’agit plus seulement de former des diplômés, mais de générer des entrepreneurs capables de créer des entreprises compétitives et innovantes. En facilitant la transformation des idées issues des laboratoires et des salles de cours en projets marchands, cette nouvelle structure contribue à l’émergence d’un écosystème entrepreneurial fondé sur le savoir et l’innovation. Elle participe également à la diversification de l’économie nationale en stimulant la création de PME et de start-up à forte valeur ajoutée. Avec cet outil inédit, l’Algérie amorce ainsi une étape décisive vers la consolidation d’une économie de la connaissance, où l’université devient un moteur direct de croissance et un catalyseur d’opportunités pour la jeunesse.
Selma Dey






