Pour l’analyste, les pourparlers visaient la capitulation de Téhéran et la région est désormais entrée dans un tournant stratégique majeur: Allouche : «Une guerre choisie, pas une fatalité»

0
86

Le chercheur en affaires stratégiques Rachid Allouche a affirmé que la guerre américano-sioniste contre l’Iran était inscrite dans les faits, même durant la phase des négociations. Selon lui, les pourparlers engagés n’étaient pas destinés à aboutir à des concessions mutuelles, mais constituaient un cadre permettant aux différentes parties de gagner du temps et de se préparer militairement.

Invité ce dimanche de l’émission « Daïf El-Dawliya » sur les ondes de Radio Algérie Internationale, l’analyste a estimé que la frappe ayant visé le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, est intervenue dans un contexte d’extrême sensibilité. Il a rappelé que la direction iranienne s’était réunie le matin même de l’annonce d’une possible percée dans les négociations, alors que des informations faisaient état de concessions susceptibles d’éviter une guerre régionale. Pour Allouche, la présence simultanée du Guide suprême, de son conseiller, du ministre de la Défense, du commandant des Gardiens de la Révolution et du chef d’état-major en un même lieu soulève plusieurs hypothèses, dont celle d’une infiltration interne. « La guerre est tromperie », a-t-il déclaré, laissant entendre que l’obtention d’une « information en or » concernant le lieu de la réunion ne saurait être expliquée uniquement par un simple piège. Il a souligné que la répétition de réunions au même endroit, après une précédente frappe, alimente les interrogations sur l’existence d’une faille interne, pouvant provenir d’un participant à la réunion ou d’un individu suivant les déplacements des responsables ciblés. Selon le chercheur, les négociations, du point de vue des États-Unis et de l’entité sioniste, n’avaient pas pour objectif un compromis équilibré. Elles visaient, affirme-t-il, la capitulation de l’Iran, le démantèlement de son programme nucléaire et de son programme balistique, ainsi que la neutralisation de ses leviers d’influence régionale, en vue de l’amener à ne plus s’opposer aux politiques américaines et sionistes dans la région. L’échec de cette stratégie aurait rendu la frappe inévitable aux yeux des observateurs. Allouche estime que l’infiltration était présente dès le départ et qu’elle continuera à exister. Il a toutefois relevé que la rapidité de la riposte iranienne, intervenue dans un délai de deux heures, traduit l’existence de scénarios alternatifs préparés en amont, notamment au niveau des chaînes de commandement militaire. Il considère que la région est entrée dans un « tournant radical », dont les conséquences dépasseraient celles de la guerre du Golfe des années 1990 ou de la guerre de 2003, dans la mesure où l’ensemble de l’espace régional est désormais concerné. L’analyste qualifie la situation du régime iranien de « guerre existentielle », estimant que le système n’a plus rien à perdre après le ciblage de son Guide et de plusieurs responsables militaires et politiques. S’agissant d’une éventuelle intervention militaire américaine directe, Allouche en doute. Il estime que Donald Trump ne souhaite pas s’engager dans des conflits prolongés, rappelant ses critiques passées à l’encontre des stratégies de Barack Obama et de Joe Biden, accusés d’avoir prolongé les guerres et épuisé les capacités américaines. La stratégie la plus probable serait, selon lui, celle de « frappes éclair » limitées dans le temps, d’une durée d’une à deux semaines, pouvant s’étendre au maximum à un mois. Allouche s’est interrogé sur la capacité de l’entité sioniste à soutenir un conflit prolongé en cas de poursuite des frappes iraniennes, notamment après les déclarations des Gardiens de la Révolution évoquant l’usage de missiles « de faible puissance » dans une première phase. Il estime que l’élargissement des frappes, en particulier si elles venaient à toucher des zones du Golfe, accentuerait la pression sur les États-Unis pour privilégier un règlement politique ou un cessez-le-feu, soulignant qu’un blocage durable de la région du Golfe serait difficilement soutenable. Il a également évoqué l’existence d’une dynamique au sein du Congrès américain visant à soumettre au vote une résolution rejetant la guerre ou la frappe contre l’Iran. Revenant sur le dernier communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères, Allouche a estimé que l’escalade était jusque-là maîtrisée et pouvait être contenue. Selon lui, la crise ne se limite pas aux dossiers nucléaire et balistique, mais s’inscrit dans une tentative plus large de changement de régime, ce qui expliquerait l’échec des négociations. Enfin, le chercheur a insisté sur le fait que cette guerre est « un choix et non une fatalité ». Il estime que la diplomatie aurait pu éviter à la région une nouvelle phase de destruction et d’instabilité, dans un contexte déjà marqué par de profondes tensions géopolitiques.

Sonia Stambouli

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici