Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a souligné que la visite du Pape Léon XIV en Algérie, prévue à partir de lundi, constitue un événement inédit, chargé d’une forte symbolique à la fois spirituelle et politique.
Invité ce dimanche de l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, M. Hafiz est revenu en détail sur cette visite papale historique, qui a suscité de nombreuses réactions, parfois contrastées, et largement alimenté les débats, notamment en France. Le recteur a indiqué que cette visite de trois jours, effectuée à l’invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dépasse le simple cadre protocolaire. Elle s’inscrit, selon lui, dans une dimension « à la fois symbolique, spirituelle et très politique ». Il a également précisé que le souverain pontife vient concrétiser une volonté exprimée auparavant par son prédécesseur, le Pape François, qui nourrissait le souhait de se rendre en Algérie. Chems-Eddine Hafiz a insisté sur la profondeur spirituelle de l’Algérie, rappelant que le pays a toujours incarné un modèle de coexistence religieuse. « Aujourd’hui, on est dans l’attente d’accueillir un homme exceptionnel, alors qu’il est chrétien. On pourrait dire qu’on est un grand pays musulman, qu’est-ce qu’on a à faire ? Et c’est là où on voit toute la dimension, la profondeur spirituelle de l’Algérie », a-t-il expliqué. Il a également mis en avant la place des minorités religieuses en Algérie, qu’il considère comme un élément central dans cette rencontre. Sur le plan politique, le recteur a souligné que cette visite s’inscrit dans une dynamique diplomatique, rappelant notamment le déplacement du président Tebboune au Vatican en juillet dernier. Il a estimé que cette séquence traduit un rapprochement et une volonté d’ouverture sur la scène internationale. Par ailleurs, Chems-Eddine Hafiz a relevé une autre dimension stratégique de cette visite : le choix de l’Algérie comme point de départ d’une tournée africaine du Pape Léon XIV. Selon lui, ce choix n’est pas anodin. « L’Algérie est le grand frère de l’Afrique », a-t-il affirmé, soulignant l’attachement du pays à son continent, ainsi que son engagement constant en faveur de son développement et de son épanouissement. Il a également insisté sur la portée symbolique de cette décision, indiquant que de nombreux pays musulmans auraient souhaité accueillir le Pape. « S’il a choisi l’Algérie, c’est vraiment par cette symbolique », a-t-il précisé. Interrogé sur la perception de cette visite en France, le recteur de la Grande mosquée de Paris a fait état d’une vive émotion au sein des milieux religieux. Il a confié avoir reçu de nombreux messages de responsables chrétiens, évêques, prêtres et fidèles, exprimant leur attachement et leur émotion face à cette visite en Algérie. En revanche, il a noté que certaines franges politiques, notamment issues de l’extrême droite et de l’ultra droite, se montrent critiques. Selon lui, ces courants perçoivent cette visite comme une forme de légitimation de la politique internationale menée par le président Abdelmadjid Tebboune. Convaincu du succès de cet événement, Chems-Eddine Hafiz s’est dit certain que cette visite « va être fantastique », tant par sa portée symbolique que par les messages qu’elle véhicule, à la croisée du spirituel, du diplomatique et du politique.
Anis K






