Une alimentation saine peut ralentir le vieillissement biologique

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Le contenu de notre assiette pourrait laisser une empreinte bien plus profonde sur l’organisme qu’on ne l’imagine. Une vaste étude menée par des chercheurs allemands montre qu’une alimentation équilibrée, riche en végétaux et pauvre en produits ultra-transformés, est associée à un vieillissement biologique plus lent.

Si les études épidémiologiques ont déjà établi qu’une alimentation équilibrée favorise une vie plus longue et en meilleure santé, les mécanismes par lesquels les aliments influencent directement le vieillissement des cellules restent encore largement étudiés.

L’alimentation de près de 6 500 personnes analysée

Pour mieux comprendre cette relation, des chercheurs du Centre allemand pour les maladies neurodégénératives (DZNE) ont analysé les habitudes alimentaires de 6 470 hommes et femmes âgés de 30 à 95 ans. L’objectif était de mesurer dans quelle proportion l’alimentation de chaque participant se rapprochait de plusieurs modèles alimentaires reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé. L’adhésion à chacun de ces régimes a été évaluée à l’aide d’un système de notation. Une même personne pouvait ainsi obtenir un score élevé pour un modèle alimentaire et un résultat plus faible pour un autre. Parmi les régimes étudiés figurent le régime méditerranéen, riche en céréales complètes, fruits à coque, poisson et huile d’olive, ainsi que le régime DASH, conçu pour réduire l’hypertension artérielle et les maladies cardiovasculaires grâce à une alimentation pauvre en sel et riche en légumes. Les chercheurs ont également examiné le régime nordique, privilégiant notamment les poissons gras, l’huile de colza et les baies, ainsi que le régime MIND, qui combine certains principes des régimes méditerranéen et DASH afin de préserver les fonctions cérébrales et de réduire le déclin cognitif. D’autres modèles ont été pris en considération, comme le régime anti-inflammatoire, riche en fibres, polyphénols et antioxydants, et le régime EAT-Lancet, également appelé « régime de santé planétaire », essentiellement fondé sur les végétaux, les légumineuses et une consommation limitée de viande. L’étude s’est également intéressée à l’Alternate Healthy Eating, qui accorde une place importante aux aliments et nutriments associés à une diminution des risques de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de certains cancers. Enfin, les chercheurs ont analysé différents régimes fondés sur les végétaux, dont le Plant-Based Diet, de type flexitarien, et le Healthful Plant-Based Diet, qui privilégie les produits végétaux de qualité et peu transformés tout en limitant les produits d’origine animale et les aliments ultra-transformés.

Des caractéristiques communes à tous les régimes

Tous ces modèles alimentaires reposent sur des principes proches : une consommation importante de légumes, de légumineuses, de céréales complètes et de fruits peu sucrés, ainsi qu’un apport suffisant en bonnes graisses, notamment en oméga-3 et en acide oléique. Ils recommandent également de limiter la viande rouge, la charcuterie, les aliments ultra-transformés, les fritures, les glucides raffinés et les boissons sucrées.

L’empreinte de l’alimentation visible dans l’ADN

Pour mesurer l’âge biologique des participants, les scientifiques ont effectué des prélèvements sanguins et analysé les modifications de leur ADN, plus précisément leurs profils de méthylation. La méthylation de l’ADN est un mécanisme épigénétique qui influence l’expression des gènes sans modifier leur séquence. Son évolution au fil du temps permet d’estimer l’âge biologique d’une personne grâce à ce que les chercheurs appellent les « horloges épigénétiques ». Près de 850 000 sites de l’ADN ont été analysés, soit environ deux fois plus que dans les précédentes études consacrées à cette question. Les scientifiques ont ensuite recherché des liens entre les profils de méthylation observés et les habitudes alimentaires des participants. Les résultats ont été vérifiés à partir des données d’une seconde cohorte composée de plus de 1 000 adultes.

Un vieillissement biologique légèrement ralenti

Publiés dans la revue scientifique Nature Communications, les résultats montrent qu’une alimentation considérée comme saine est associée à un vieillissement biologique plus lent. « Les effets ne sont pas spectaculaires, mais ils sont mesurables et pertinents en matière de prévention », explique Monique Breteler, directrice des sciences de la santé des populations au DZNE. Selon elle, ralentir le processus de vieillissement pourrait contribuer à réduire les risques de maladies liées à l’âge, notamment la démence et les troubles cardiovasculaires. Une alimentation saine favoriserait ainsi un vieillissement en meilleure santé.

Il n’existe pas de régime parfait

L’étude ne permet pas de désigner un régime unique comme étant le meilleur. Plusieurs modèles alimentaires sont associés à un ralentissement du vieillissement biologique, avec des différences qui restent relativement modestes. Cette conclusion signifie qu’une alimentation bénéfique pour la santé peut être adaptée aux goûts, aux préférences, au budget et aux habitudes culturelles de chacun. « Bien qu’il existe des différences mesurables entre les régimes, elles restent modestes en valeur absolue. C’est la vue d’ensemble qui compte », souligne Juliana Tavares, doctorante au DZNE et auteure principale de l’étude.  Les chercheurs ont également observé que le lien entre la qualité de l’alimentation et le ralentissement du vieillissement biologique était particulièrement marqué chez les fumeurs. Les raisons de cette association ne sont pas encore clairement établies. Ce constat ne remet cependant pas en cause les effets particulièrement nocifs du tabagisme sur la santé.

Des effets cohérents avec chaque régime

Chez les participants dont l’alimentation se rapprochait du régime DASH, les voies métaboliques activées correspondaient aux objectifs de protection cardiaque et vasculaire de ce modèle alimentaire. Chez ceux qui suivaient une alimentation proche du régime MIND, les mécanismes observés étaient davantage liés à la santé cérébrale. Ces résultats renforcent la validité scientifique de ces deux régimes. Malgré leurs différences, les modèles alimentaires étudiés semblent agir sur de nombreux mécanismes biologiques communs, même lorsque les sites de méthylation concernés ne sont pas identiques. « Plus de 70 % des voies biologiques affectées sont communes à tous les régimes », précise Juliana Tavares. Elles concernent notamment la structure et la signalisation cellulaires ainsi que le métabolisme, des processus essentiels dans le vieillissement et le développement des maladies chroniques.

Des règles simples à retenir

Il n’est donc pas nécessaire de suivre un régime particulièrement strict pour ralentir le vieillissement biologique. Quelques principes simples peuvent suffire : consommer davantage de légumes, de légumineuses, de fruits et de céréales complètes, intégrer un peu de poisson et de bonnes graisses, tout en réduisant la viande rouge, la charcuterie, le fromage, les produits sucrés et les aliments ultra-transformés. La qualité globale et la régularité de l’alimentation apparaissent ainsi plus importantes que la recherche d’un régime parfait.

Neila M/Communiqué