
Quelque 16 morts et 20 blessés ont été enregistrés lors des rassemblements tenus durant ces dernières 48 heures à Khartoum, a fait savoir samedi la police soudanaise. « Les enquêtes de la police criminelle ont indiqué que 16 personnes ont été tuées et 20 autres blessées par des balles perdues », a déclaré Hashim Abdel-Rahim, porte-parole de la police soudanaise, dans un communiqué rendu public.
Déclenchées depuis le 19 décembre dernier, les manifestations des soudanais pour l’amélioration des conditions socio-économiques et le départ du président Omar el-Bachir avaient pris de l’ampleur au cours de la semaine écoulée. Pendant cinq jours les manifestants n’ont pas quitté, de jour comme de nuit, les alentours du quartier général de l’armée abritant également le siège du ministère de la Défense. Sollicitée longuement par les manifestants afin d’écarter le président al-Bachir, l’armée a fini par répondre positivement jeudi, en destituant ce dernier, le mettant dans une résidence surveillée. Le Conseil militaire installé aussitôt Omar al-Bachir destitué gère à présent le pays pour une période
les militaires seront « garants d’un gouvernement civil »
Le Conseil militaire de transition au Soudan « ne gouvernera pas, il se contentera d’être le garant d’un gouvernement civil qui sera formé en collaboration avec les forces politiques et les parties prenantes », a déclaré vendredi au Conseil de sécurité son ambassadeur à l’ONU, Yasir Abdelsalam. « Aucune partie ne sera exclue du processus politique, y compris les groupes armés », a-t-il précisé. « La suspension de la Constitution pourra être levée à tout moment. De plus, la période de transition pourra être réduite en fonction des développements sur le terrain et l’accord des parties prenantes », a ajouté le diplomate. L’ambassadeur s’exprimait devant le Conseil à l’occasion du vote d’une résolution renouvelant pour six mois le mandat de la mission de paix d’Abiyé (4.500 Casques bleus) déployée sur la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud. « Le Conseil militaire de transition s’est engagé à respecter tous les accords et instruments internationaux et régionaux », a aussi souligné l’ambassadeur soudanais alors que le Conseil de sécurité devait tenir ce vendredi une réunion d’urgence à huis clos sur la situation au Soudan, à la demande des Etats-Unis et de cinq pays européens. « Il s’est également engagé à collaborer pleinement avec la communauté internationale pour garantir la stabilité, la paix et une transition pacifique au Soudan en se basant sur notre legs politique dans le domaine des transitions pacifiques, après les deux glorieuses révolutions d’octobre 1964 et d’avril 1985 », a aussi fait valoir Yasir Abdelsalam. « A l’époque, le ministre de la Défense avait pris la présidence du Conseil militaire de transition qui avait mené la transition pacifique par le truchement d’un gouvernement civil. Le Conseil militaire de transition répond ainsi aux demandes du peuple soudanais de changement et veille à préserver les vies des citoyens, leurs possessions ainsi que les ressources du pays », a-t-il précisé. Les « développements qui ont mené aux décisions prises par le Conseil militaire de transition, destitution du président, suspension de la Constitution (…) ainsi que l’annonce de l’Etat d’urgence pour trois mois (…) sont en réponse aux demandes des foules soudanaises » de changement, a aussi assuré le diplomate. Au lendemain de la destitution par l’armée du président Omar al-Bachir, resté 30 ans au pouvoir au Soudan, la foule de manifestants rassemblée à Khartoum continue de réclamer le départ des généraux du régime.
Pas de déclaration du Conseil de sécurité après une réunion d’urgence
Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu vendredi une réunion d’urgence sur le Soudan qui s’est achevée après une heure de discussions à huis clos, sans publication de déclaration, selon des diplomates. « C’est une affaire interne » au Soudan, a déclaré l’ambassadeur du Koweït, Mansour al-Otaibi, pour justifier le fait qu’aucune action ne soit entreprise par le Conseil de sécurité. D’après des diplomates, la Russie, la Chine, l’Afrique du Sud, la Guinée équatoriale et dans une moindre mesure l’Indonésie se sont opposées à une déclaration du Conseil de sécurité. La réunion avait été demandée par les Etats-Unis et les cinq membres européens du Conseil de sécurité: la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne et la Belgique. Dans la matinée, l’ambassadeur soudanais à l’ONU, Yasir Abdelsalam, avait déjà affirmé au Conseil de sécurité que « ce qui se passe au Soudan est une affaire interne ». Le Conseil militaire « se contentera d’être le garant d’un gouvernement civil », a-t-il aussi dit. Il a en outre ajouté que la période de transition pourrait « être réduite en fonction des développements sur le terrain et l’accord des parties prenantes ». Au lendemain de la destitution d’Omar el-Béchir, les militaires au pouvoir démentent vendredi avoir mené un coup d’Etat et s’évertuent à rassurer la communauté internationale ainsi que les manifestants qui, eux, veulent leur départ.
Ahsene Saaid/Ag





