Un homme de 72 ans, admis aux urgences pour des crachats de sang et des difficultés à avaler, a été victime d’une complication médicale aussi rare que dangereuse. Après plusieurs examens et une première erreur de diagnostic, les médecins ont découvert une prothèse dentaire coincée dans son larynx depuis plusieurs jours. Un incident qui souligne l’importance des précautions à prendre avant toute intervention sous anesthésie générale.
L’affaire a été rapportée dans la revue médicale BMJ Case Reports. Un homme de 72 ans s’est présenté aux urgences après avoir commencé à cracher du sang et à éprouver des difficultés à avaler. Les premiers examens, comprenant une radiographie pulmonaire, des analyses sanguines et une inspection de la gorge, n’ont révélé aucune anomalie majeure. Les médecins ont alors diagnostiqué une infection des voies respiratoires inférieures et prescrit des antibiotiques, des corticoïdes ainsi qu’un traitement local. Le patient a été autorisé à regagner son domicile. Deux jours plus tard, son état s’était aggravé. Les saignements persistaient, les difficultés à avaler l’empêchaient de prendre ses médicaments et sa respiration nécessitait désormais un apport en oxygène.
Une découverte inattendue dans le larynx
Face à cette aggravation, de nouveaux examens radiologiques ont été réalisés. Les médecins ont d’abord suspecté une pneumonie provoquée par l’inhalation d’un corps étranger. Le patient a alors été orienté vers un spécialiste en oto-rhino-laryngologie (ORL). À l’aide d’un endoscope souple introduit par le nez, celui-ci a examiné les voies aériennes supérieures. L’exploration a révélé une présence inhabituelle au niveau du larynx : une plaque métallique recouvrait les cordes vocales. Il s’agissait en réalité d’une prothèse dentaire amovible composée d’une armature métallique et de trois incisives. Interrogé sur cette découverte, le septuagénaire a expliqué avoir perdu son dentier huit jours auparavant, lors d’une hospitalisation pour une intervention chirurgicale. Il avait alors subi, sous anesthésie générale, l’ablation d’une tumeur bénigne située au niveau de la paroi abdominale. Les médecins ont estimé que la prothèse avait probablement été inhalée au cours de cette intervention, avant de rester bloquée dans son larynx.
Des complications malgré le retrait de la prothèse
Le dentier a finalement pu être retiré à l’aide d’une pince. Toutefois, son extraction n’a pas immédiatement mis fin aux complications. Le patient a dû poursuivre un traitement contre la pneumonie et a été hospitalisé à plusieurs reprises en raison de saignements persistants. L’importance des hémorragies a nécessité deux interventions chirurgicales supplémentaires ainsi que des transfusions sanguines. Ce cas illustre les conséquences potentiellement graves de l’inhalation accidentelle d’une prothèse dentaire. Si ce type d’incident demeure rare, il est documenté dans la littérature médicale. Une étude publiée en 2016, portant sur une période de quinze ans, avait recensé 91 cas d’ingestion ou d’inhalation de dentiers dans 28 pays.
Une vigilance indispensable avant toute anesthésie
Pour les auteurs du rapport médical, cette observation rappelle la nécessité de vérifier systématiquement la présence de prothèses dentaires avant une intervention chirurgicale. Le Dr Harriet Cunniffe, coauteure du rapport et médecin à l’hôpital James Paget de Great Yarmouth, au Royaume-Uni, insiste sur l’importance de consigner clairement le port d’une prothèse dentaire dans le dossier médical du patient et d’en assurer le suivi avant et après l’opération. Elle souligne également que les difficultés à avaler signalées lors de la première consultation aux urgences auraient dû conduire à des investigations plus approfondies. Au-delà de son caractère insolite, cette affaire met en évidence l’importance des vérifications préopératoires et d’une prise en compte attentive des symptômes inhabituels après une intervention chirurgicale.
Neila M






