Relations franco-algériennes: Un boycott économique qui pèse sur les entreprises françaises

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Parallèlement au refroidissement qui marque les relations franco-algériennes depuis le mois de mai dernier, plusieurs médias français ont fait état de difficultés accrues pour les exportations françaises à destination de l’Algérie. Cette situation est directement liée à la crise politique et diplomatique qui couve entre les deux pays depuis le virage opéré par la France sur le dossier du Sahara occidental durant l’été 2024, un épisode qui a notamment entraîné la vacance du poste d’ambassadeur d’Algérie à Paris.

Les informations relayées par ces médias, à savoir le magazine « Marianne », le quotidien « La Croix » et « Le Journal du Dimanche », s’appuient sur des témoignages de diplomates et d’chefs d’entreprises français engagés dans l’exportation. Ces derniers évoquent une réticence marquée des importateurs algériens à l’égard des produits en provenance de France. En quête de confirmation auprès d’acteurs de premier plan, les trois publications se sont heurtées à un refus d’expression publique. Même le président de la Chambre algéro-française de commerce et d’industrie, Michel Bisac, interrogé sur ce sujet délicat par « Marianne », a préféré garder une réserve prudente, déclarant vouloir éviter de jeter de l’huile sur le feu.

Selon les éléments publiés par le même magazine, des consignes informelles ont commencé à circuler dès la fin du mois de juillet pour dissuader l’importation de divers produits français, à l’exception du secteur pharmaceutique. Dans le secteur agricole, le blé français a été écarté d’un important appel d’offres de 500 000 tonnes lancé le mois dernier, portant un nouveau coup dur à la filière céréalière française qui perd progressivement du terrain sur le marché algérien. Le même média rapporte que la société Renault Trucks, fournisseur historique d’équipements pour la Protection civile algérienne, a perdu des contrats de pièces détachées après-vente, bien que l’entreprise soit désormais sous le contrôle du groupe suédois Volvo. De son côté, l’usine d’assemblage automobile Renault en Algérie demeure à l’arrêt depuis 2020, sans perspective claire de reprise à court terme.

Cette tendance s’est fortement accentuée ces derniers mois. Alors que les flux d’importation subissaient déjà des blocages à la fin de l’année 2025, « La Croix » indique que les exportations françaises sont devenues presque inexistantes depuis juillet 2026. Les importateurs algériens se tournent désormais vers des fournisseurs alternative non français, particulièrement dans la fourniture de pièces de rechange. Un diplomate cité par le journal confirme une consigne de boycott ciblant l’ensemble des produits français, y compris ceux issus d’entreprises rachetées par des capitaux étrangers. Ce repli profite principalement aux entreprises chinoises, qui renforcent leur présence sur le marché algérien. Les chiffres traduisent cette détérioration : la valeur des exportations françaises vers l’Algérie est tombée à 4 milliards d’euros entre juillet 2025 et juillet 2026, contre 4,8 milliards d’euros en 2024.Enfin, « Le Journal du Dimanche » rappelle les mises en garde répétées de Ségolène Royal, présidente de l’association France-Algérie et candidate à la prochaine élection présidentielle française, qui alerte sur le risque de perte définitive des intérêts économiques français si les relations bi-nationales ne sont pas rétablies rapidement. Cette préoccupation est étayée par une étude récente de l’Institut Montaigne adressée aux candidats à la présidentielle, révélant que 600 entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie ont déjà fait faillite, tandis que plus de 6 000 autres demeurent vulnérables en raison de leur forte dépendance au marché algérien.

Sarah Cheriet