Les établissements bancaires algériens accélèrent ces jours-ci l’adoption d’un mécanisme financier très attendu par les acteurs économiques. Le service d’affacturage, plus communément appelé factoring, s’apprête à mettre un terme définitif au casse-tête de la trésorerie qui asphyxie de nombreuses entreprises. Alors même que ces dernières disposent de bon de commandes solides et de contrats commerciaux majeurs, le manque de liquidités immédiates paralysait jusqu’alors leur fonctionnement. Cet élan bancaire survient après que la Banque d’Algérie a parachevé le cadre réglementaire de cette activité, ouvrant la voie à une véritable transformation dans les méthodes de financement de l’économie nationale.
Dans ce contexte, la Banque Extérieure d’Algérie s’est positionnée en pionnière en lançant la toute première prestation de ce type à l’échelle du secteur bancaire national. Le vingt-cinq octobre dernier, la signature du premier contrat d’affacturage s’est déroulée au siège de la Direction Générale de la banque à Alger, en présence d’un parterre officiel composé du Président-Directeur Général, Hocine Benabdeslam, des cadres de l’institution et des représentants des entreprises partenaires. Événement fondateur, cette cérémonie marque le passage à une nouvelle ère de services financiers qui ne reposent plus sur les crédits bancaires traditionnels, mais sur le rachat direct des créances commerciales des entreprises. Dans une vidéo publiée deux jours plus tard sur la page officielle de l’établissement, le premier responsable de la banque a souligné que cette initiative constituait une étape charnière vers la modernisation des prestations, en offrant des solutions souples permettant aux opérateurs de mobiliser leurs créances pour les convertir en liquidités immédiates.
Le même responsable a précisé que l’institution poursuivrait l’élargissement de sa palette de financements dédiés aux entités économiques afin de renforcer leur capacité à honorer leurs engagements, d’optimiser la gestion de leur trésorerie et d’accompagner la croissance de leurs activités. Il a réaffirmé l’engagement de la banque à demeurer un partenaire financier actif, apportant des réponses adaptées aux besoins du terrain pour soutenir l’investissement et insuffler une dynamique nouvelle à l’économie nationale.
Du côté des bénéficiaires, le soulagement est manifeste. Le représentant d’une des sociétés signataires du contrat inaugural a exprimé sa grande satisfaction face à la mise en service effective de cette prestation. Il a rappelé que son entreprise souffrait auparavant de retards de recouvrement pouvant atteindre trois à quatre mois, ce qui entraînait le blocage des projets et d’importantes difficultés pour le versement des salaires ou le règlement des fournisseurs. Un autre opérateur a estimé que l’implication d’une banque publique majeure comme la Banque Extérieure d’Algérie apportera une grande confiance aux acteurs économiques tout en incitant les autres banques à généraliser cette offre. Selon lui, le problème n’a jamais résidé dans le manque de demande, mais bien dans l’absence d’une offre bancaire structurée.
Sur le plan juridique, la Banque d’Algérie avait posé les jalons de ce dispositif en promulguant le règlement numéro zéro trois de l’année deux mille vingt-six, daté du treize août. Ce texte définit pour la première fois l’affacturage comme l’opération par laquelle un créancier, désigné sous le terme d’adhérent, cède ses créances commerciales à un établissement bancaire ou financier appelé intermédiaire. Cette cession s’effectue via un accord écrit à effet subrogatoire, moyennant le paiement immédiat du montant des créances transférées et le transfert des risques de non-recouvrement vers l’intermédiaire, en contrepartie d’une rémunération convenue. Une instruction d’application détaillée, portant le numéro 9 et signée début octobre dernier par le gouverneur de la Banque d’Algérie, Salah Eddine Taleb, est venue préciser le déroulement opérationnel du processus.L’instruction impose des clauses obligatoires visant à protéger les deux parties contractantes. La démarche débute par une demande formulée par le titulaire de la facture, accompagnée des informations nécessaires à l’évaluation financière du débiteur. Avant toute signature, la banque procède à l’évaluation de la solvabilité de l’adhérent et de son client. Le contrat doit obligatoirement mentionner l’identité complète des parties, l’objet de l’accord, les modalités de subrogation, les droits et obligations de chacun, les conditions de rémunération, la durée de l’engagement, l’identité des débiteurs, le plafond global des engagements ainsi que les conditions de résiliation. En outre, la facture cédée doit être incontestée, d’un montant déterminé, et sa date d’échéance ne doit pas dépasser six mois à compter de son émission.La publication du texte intégral au Journal officiel numéro soixante-sept, le seize septembre dernier, a scellé l’entrée en vigueur effective du dispositif. Les banques sont tenues de publier en toute transparence leurs tarifs, composés de deux commissions distinctes : une commission de financement rémunérant l’avance de fonds, et une commission d’affacturage couvrant les frais de gestion, de suivi, de recouvrement et de prise en charge des risques.En apportant une réponse directe aux délais de paiement excessifs, véritable mal chronique de l’économie, l’affacturage apporte une bouffée d’oxygène aux petites et moyennes entreprises. Jusqu’ici, de nombreuses structures détenaient des factures de plusieurs milliards sans pouvoir acquérir leurs matières premières en raison de délais de règlement de trois mois. Désormais, au lieu de recourir à des emprunts coûteux, une entreprise peut céder sa facture à la banque, encaisser immédiatement la quasi-totalité de sa valeur et relancer son cycle de production, laissant à l’établissement bancaire la charge du recouvrement à l’échéance.
Sonia Stambouli






