Coopératives agricoles pour réduire 10 milliards de dollars d’importations: 40 millions d’hectares disponibles un cadre légal attendu avant fin mars

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Le modèle des coopératives agricoles s’impose comme un axe stratégique pour relancer la croissance et renforcer la sécurité alimentaire nationale. C’est ce qu’a affirmé le professeur en sciences économiques, Dr Ahmed El Hidoussi, soulignant que les hautes autorités du pays misent fortement sur le renforcement des capacités de l’économie nationale, avec l’agriculture comme pilier central de la stratégie visant à accroître le produit intérieur brut et à atteindre des taux de croissance significatifs.

Invité ce mercredi à l’émission « L’Invité du matin » de la Chaîne I de la Radio nationale, l’expert a indiqué que, malgré son potentiel considérable, le secteur agricole continue d’évoluer entre des phases de progression et de recul. Cette situation a conduit à l’adoption de décisions majeures lors du dernier Conseil des ministres présidé par le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, notamment la création de coopératives agricoles sur la base des résultats du recensement général de l’agriculture réalisé l’an dernier. Selon Dr Haïdoussi, ce recensement a mis en lumière plusieurs difficultés auxquelles font face les agriculteurs, en particulier l’accès limité aux équipements agricoles modernes. En réponse, le Président de la République a décidé la création d’un Conseil national de la mécanisation et chargé le groupe agroalimentaire public « Agrodiv » de louer du matériel au profit des coopératives, dans l’objectif d’accélérer la modernisation de l’activité agricole.

Un choix économique et un enjeu de souveraineté

Interrogé sur la nature du modèle coopératif, l’économiste estime qu’il constitue à la fois un choix stratégique et économique, adapté aux spécificités organisationnelles du secteur agricole. Cette orientation permettrait, selon lui, de réduire la facture des importations alimentaires, évaluée entre 9 et 10 milliards de dollars par an, contribuant ainsi au renforcement de la souveraineté alimentaire et à la consolidation de la sécurité alimentaire nationale. Les chiffres issus du recensement révèlent l’ampleur des marges de progression. L’Algérie dispose d’environ 40 millions d’hectares de terres arables, alors que seulement 8,5 millions d’hectares sont actuellement exploités. Ce décalage traduit un potentiel important d’expansion de l’activité agricole. Le recensement a également établi que près de 1,2 million d’investisseurs sont actifs dans le secteur agricole, dont environ 70 % sont concentrés dans le nord du pays. Dans cette région, la superficie moyenne par exploitant varie entre 4 et 8 hectares, des surfaces jugées limitées au regard des standards d’une agriculture intensive. À l’inverse, les investisseurs du sud disposent d’exploitations d’au moins 10 000 hectares. Dr Hidoussi souligne que de nombreux exploitants du nord relèvent davantage d’un modèle de petite horticulture que d’un investissement agricole à grande échelle, en raison de capacités financières restreintes qui ne permettent pas l’acquisition de matériel moderne. Or, l’agriculture contemporaine repose sur l’intensification de la production à travers la mécanisation, les technologies avancées et l’utilisation maîtrisée des intrants. Dans ce contexte, les coopératives apparaissent comme un mécanisme structurant, favorisant la production collective et l’intégration entre agriculteurs. Elles permettraient de mutualiser les moyens, que ce soit lors des phases de semis et de récolte ou au niveau de la commercialisation, en particulier en période de tensions ou de crise.

Un cadre juridique en préparation

L’expert anticipe par ailleurs l’adoption d’un nouveau cadre juridique pour organiser et encadrer les coopératives agricoles avant la fin du mois de mars, conformément aux orientations présidentielles. Cette réforme viserait à structurer durablement cette option stratégique, à en garantir l’efficacité opérationnelle et à accompagner la modernisation du secteur agricole dans le cadre des objectifs globaux de développement économique. À travers ce virage coopératif, les autorités ambitionnent ainsi de transformer le potentiel agricole du pays en véritable moteur de croissance, tout en réduisant la dépendance aux importations et en consolidant la souveraineté alimentaire nationale.

Selma Dey

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