Fruits entiers et jus de fruits: Une étude révèle des différences chez les patients cardiaques

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Les personnes souffrant d’hypertension, d’un excès de cholestérol ou ayant subi un infarctus consomment généralement moins de fruits entiers que les autres. C’est ce que révèle une vaste étude américaine portant sur plus de 371 000 adultes, publiée dans la revue scientifique Current Developments in Nutrition. Les résultats mettent également en évidence des différences dans la consommation de jus de fruits, sans toutefois établir de lien direct de cause à effet entre les habitudes alimentaires et les maladies cardiovasculaires.

Les bienfaits des fruits sur la santé cardiovasculaire sont largement documentés. Riches en fibres, en vitamines, en minéraux et en composés antioxydants, ils occupent une place importante dans une alimentation équilibrée. En revanche, les effets des jus de fruits sur le système cardiovasculaire restent moins clairement établis.

Pour approfondir cette question, une équipe de chercheurs américains a comparé les habitudes de consommation de fruits entiers et de jus chez des personnes présentant des maladies cardiovasculaires ou certains facteurs de risque, et chez des adultes ne déclarant pas ces problèmes de santé.

Les scientifiques se sont appuyés sur les données du Behavioral Risk Factor Surveillance System, un vaste dispositif américain d’enquêtes téléphoniques consacré aux maladies chroniques, aux comportements de santé et à l’accès aux soins.

L’enquête réalisée en 2019 avait initialement recueilli les réponses de 418 268 adultes. Après exclusion des dossiers ne répondant pas aux critères de l’analyse, les chercheurs ont retenu 371 038 participants. Les femmes représentaient un peu plus de la moitié de l’échantillon, tandis que les personnes âgées de 65 ans et plus constituaient la tranche d’âge la plus représentée.

L’étude reposait sur les déclarations des participants concernant la fréquence de leur consommation de fruits entiers et de jus. Elle ne mesurait donc pas les quantités réellement consommées, mais le nombre de fois où ces aliments étaient intégrés à l’alimentation quotidienne.

En moyenne, les personnes interrogées déclaraient consommer des fruits entiers 1,06 fois par jour, contre 0,3 fois pour les jus de fruits.

Une consommation plus faible chez les personnes à risque

Les chercheurs ont examiné cinq situations cardiovasculaires distinctes : l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, l’infarctus du myocarde, l’angine de poitrine ou maladie coronarienne, ainsi que l’accident vasculaire cérébral (AVC).

Parmi les participants, 151 983 déclaraient souffrir d’hypertension et 130 399 présentaient un excès de cholestérol. Par ailleurs, 21 603 personnes rapportaient avoir subi un infarctus, 21 151 souffraient d’une maladie coronarienne ou d’angine de poitrine et 16 489 avaient été victimes d’un AVC.

Les premières analyses ont montré que les personnes appartenant à ces cinq catégories consommaient moins fréquemment des fruits entiers que celles ne présentant pas ces problèmes de santé.

Afin d’affiner les résultats, les scientifiques ont procédé à des ajustements statistiques tenant compte notamment de l’âge, de l’origine des participants, du niveau d’études, du tabagisme et des revenus.

Après ces ajustements, les différences de consommation de fruits entiers demeuraient statistiquement significatives chez les personnes souffrant d’hypertension, d’hypercholestérolémie, de maladie coronarienne ou ayant subi un infarctus.

En revanche, l’écart initialement observé chez les personnes ayant été victimes d’un AVC n’était plus significatif une fois ces caractéristiques prises en compte.

Les chercheurs soulignent néanmoins que les différences de fréquence de consommation restent relativement faibles, ce qui invite à interpréter les résultats avec prudence.

Des résultats contrastés pour les jus de fruits

Contrairement aux fruits entiers, les jus de fruits présentent des associations moins homogènes avec les différentes situations cardiovasculaires étudiées.

Avant ajustement statistique, les personnes souffrant d’hypertension, de maladie coronarienne ou ayant subi un infarctus ou un AVC déclaraient consommer des jus de fruits plus fréquemment que les autres participants.

À l’inverse, celles présentant un excès de cholestérol en consommaient moins souvent.

Après prise en compte des caractéristiques individuelles, seules deux associations demeuraient statistiquement significatives.

Les personnes ayant subi un infarctus déclaraient une consommation de jus de fruits plus fréquente, tandis que celles souffrant d’hypercholestérolémie en consommaient moins souvent.

Aucune différence significative ne persistait pour l’hypertension, l’AVC et la maladie coronarienne.

Ces résultats contradictoires ne permettent donc pas d’affirmer que la consommation de jus de fruits exerce un effet favorable ou défavorable sur la santé cardiovasculaire.

Ils soulignent plutôt la complexité des relations entre les habitudes alimentaires, l’état de santé et les comportements adoptés après un diagnostic médical.

Une association qui ne prouve pas un lien de causalité

Les auteurs insistent sur une limite essentielle de leurs travaux : il s’agit d’une étude transversale, fondée sur des informations recueillies à un moment donné.

Cette méthode permet d’identifier des associations statistiques, mais ne peut déterminer si les habitudes alimentaires ont précédé l’apparition des maladies cardiovasculaires ou si elles ont été modifiées après leur diagnostic.

Une personne informée d’un taux de cholestérol élevé peut, par exemple, réduire sa consommation de jus de fruits à la suite de recommandations médicales ou nutritionnelles.

De même, une personne ayant subi un infarctus peut modifier son alimentation dans le cadre de sa prise en charge.

À l’inverse, certains problèmes de santé peuvent rendre la consommation de fruits entiers plus difficile. Des troubles de la mastication, une perte d’autonomie, une diminution de l’appétit ou des difficultés à préparer les repas peuvent influencer les habitudes alimentaires.

Ces facteurs pourraient contribuer à expliquer pourquoi les personnes présentant des maladies cardiovasculaires déclarent manger moins fréquemment des fruits entiers.

Les chercheurs précisent ainsi que leurs observations ne démontrent pas qu’une faible consommation de fruits provoque directement des maladies cardiovasculaires.

Plusieurs limites méthodologiques

Malgré l’importance de l’échantillon, l’étude présente plusieurs limites susceptibles d’influencer l’interprétation des résultats.

La première concerne le caractère déclaratif des informations recueillies. Les participants ont indiqué eux-mêmes leurs habitudes alimentaires et leurs antécédents médicaux, ce qui peut entraîner des erreurs de mémoire ou de classification.

La distinction entre les véritables jus de fruits et certaines boissons sucrées constitue également une difficulté. Des participants ont pu inclure dans leurs réponses des boissons contenant du sucre ajouté, dont la composition nutritionnelle diffère de celle des jus de fruits purs.

Par ailleurs, l’enquête mesurait uniquement la fréquence de consommation, sans préciser les portions réellement ingérées.

Les chercheurs n’ont pas non plus intégré plusieurs facteurs importants pouvant influencer la santé cardiovasculaire, notamment l’activité physique, l’indice de masse corporelle, la consommation de légumes et de céréales complètes ou encore la présence d’autres maladies.

L’échantillon analysé ne peut pas davantage être considéré comme parfaitement représentatif de l’ensemble de la population américaine.

Enfin, l’étude ne permettait pas d’évaluer précisément les habitudes des personnes consommant à la fois des fruits entiers et des jus, alors que ces deux pratiques alimentaires peuvent se compléter.

Les auteurs ont également signalé une déclaration d’intérêts concernant l’un des chercheurs, employé par une entreprise spécialisée dans les ingrédients alimentaires et bénéficiant d’un soutien financier lié à ses frais de scolarité.

Les fruits entiers restent à privilégier

Malgré ces réserves, les résultats soulignent un enjeu important de santé publique : la consommation de fruits demeure insuffisante chez une grande partie de la population.

Aux États-Unis, les recommandations nutritionnelles retiennent généralement un apport équivalant à deux tasses de fruits par jour pour une alimentation de 2 000 kilocalories, tout en encourageant la consommation de fruits entiers et la limitation des jus.

Or, près de 80 % des adultes américains n’atteindraient pas les apports recommandés, une grande partie d’entre eux consommant moins d’une tasse de fruits quotidiennement.

Les fruits entiers présentent plusieurs avantages nutritionnels par rapport aux jus. Ils conservent notamment leurs fibres alimentaires, qui participent à la régulation de la glycémie, favorisent la satiété et contribuent au maintien d’un taux de cholestérol équilibré.

Les fibres solubles présentes dans certains fruits peuvent également contribuer à réduire l’absorption intestinale du cholestérol.

Le potassium, présent dans de nombreux fruits, intervient pour sa part dans la régulation de la pression artérielle, tandis que certains composés antioxydants participent à la protection des cellules contre le stress oxydatif.

Les jus de fruits peuvent apporter des vitamines et des minéraux, mais leur teneur en fibres est généralement plus faible, particulièrement lorsqu’ils sont filtrés. Ils permettent également d’absorber rapidement les sucres naturellement présents dans les fruits, sans procurer nécessairement le même effet de satiété.

Ces différences expliquent pourquoi les recommandations nutritionnelles privilégient généralement les fruits entiers plutôt que leur consommation sous forme liquide.

Mieux comprendre les habitudes alimentaires des patients

Pour les auteurs, l’intérêt de cette enquête ne réside pas uniquement dans les différences observées entre les consommateurs de fruits et de jus.

Elle soulève également une question importante : pourquoi les personnes présentant des problèmes cardiovasculaires consomment-elles moins fréquemment des fruits entiers ?

Plusieurs explications méritent d’être étudiées, notamment le coût des produits frais, leur disponibilité, les habitudes alimentaires, les difficultés de mastication ou encore les contraintes liées à l’âge et à l’état de santé.

Les chercheurs estiment que de nouvelles études, reposant sur un suivi des participants dans le temps, seront nécessaires pour mieux comprendre les relations entre les maladies cardiovasculaires et les changements d’alimentation.

Ces travaux pourraient également permettre d’identifier les obstacles à une consommation suffisante de fruits et de développer des stratégies nutritionnelles adaptées aux personnes les plus exposées aux risques cardiovasculaires.

En attendant, les connaissances scientifiques disponibles continuent de soutenir l’intérêt d’une alimentation variée, riche en fruits entiers, en légumes et en fibres, associée à une activité physique régulière et à un suivi médical approprié.

L’étude rappelle toutefois qu’aucun aliment, consommé isolément, ne peut garantir la prévention d’un infarctus ou d’une autre maladie cardiovasculaire. La protection du cœur repose sur un ensemble d’habitudes de vie et sur la prise en charge des facteurs de risque.

N.M