Crise diplomatique algéro-française: Driencourt atomise la politique étrangère de Macron

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L’Algérie a été fortement évoquée dans un nouvel ouvrage de l’ancien ambassadeur de France en Algérie à deux reprises, Xavier Driencourt. À travers « Une diplomatie sans diplomates » ce livre, il tente d’analyser ce qu’il qualifie de concessions de l’administration du président français, Emmanuel Macron, envers l’Algérie lors de la crise diplomatique majeure qui a secoué et continue de secouer les relations entre Alger et Paris depuis que le locataire du Palais de l’Élysée a décidé de s’aligner sur la thèse de l’« autonomie » défendue par le régime marocain concernant la question du Sahara occidental.

L’ouvrage, paru à la fin de la semaine dernière aux éditions « Salvayre », s’intitule « Une diplomatie sans diplomates ». Xavier Driencourt y dresse le procès de ce qu’il appelle l’échec du président français dans la gestion de la crise avec l’Algérie, un élément qui s’inscrit dans une problématique plus large, le grand échec de la diplomatie française sous l’ère Macron. En découvrant que la préface de cet ouvrage est signée par l’écrivain controversé, Boualem Sansal, et compte tenu du profil déjà polémique de l’auteur lui-même, le lecteur peut se faire une idée préalable du contenu de ce livre. Son auteur y tente de régler des comptes personnels avec Macron en utilisant les relations avec l’Algérie comme combustible, une obsession qui prédominait déjà dans ses précédents ouvrages : « Algérie France : Le double jeu », « L’énigme algérienne », ainsi que « L’Algérie : Réalités et légendes ».

Le titre du livre s’inspire d’une citation du célèbre dirigeant allemand Bismarck. C’est un reproche adressé à l’« état d’égarement » qui touche le corps diplomatique français : le « corps des diplomates », ou ce qu’il appelle la machine professionnelle du ministère français des Affaires étrangères, a été dissous sous couvert de « réforme » pour être remplacé par un corps administratif unifié de « gestionnaires de l’État », selon l’auteur, qui considère l’ouvrage comme « le triste constat de la disparition du corps de la diplomatie française ». Fort de son expérience de près de quarante ans au sein du ministère français des Affaires étrangères, M. Driencourt qualifie la manière dont l’administration présidentielle française a traité avec l’Algérie durant la dernière crise de « diplomatie irréfléchie ». Il est parvenu à cette conclusion en prenant les relations algéro-françaises comme modèle. À cet égard, l’ancien ambassadeur de France en Algérie estime que « la diplomatie des embrassades, les aller-retours permanents entre Alger et Paris, les surenchères verbales puis les concessions successives ont montré les limites de la méthode macronienne ». L’auteur tente ici de distinguer deux périodes dans la crise des relations algéro-françaises : la période où l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, façonnait la décision et imposait sa logique à l’administration Macron, et le second cas où Retailleau a cédé sa place à Laurent Nuñez. Pour Xavier Driencourt, le contraste est saisissant, la ligne politique qu’il qualifie de ferme en référence à la politique de Retailleau a eu pour résultat, selon lui, la libération de Boualem Sansal. En revanche, la seconde ligne, celle des « concessions », n’a rien obtenu d’après l’auteur, comme en témoignent le maintien en détention du journaliste français Christophe Gleizes en Algérie, l’échec des décisions d’expulsion des immigrants algériens sous le coup d’une OQTF, ainsi qu’une politique migratoire hors de contrôle. Selon le diplomate français à la retraite, les autorités algériennes ont eu le dessus dans le bras de fer de la crise actuelle. Il affirme qu’elles ont su exploiter le facteur temps en tirant profit de l’inconstance de la position française et de la faiblesse des performances diplomatiques de l’administration Macron, causée par ce qu’il qualifie de « politique de nominations ». Celle-ci a transformé les postes diplomatiques en récompenses politiques dont ont bénéficié des députés battus aux élections devenus ambassadeurs, d’anciens ministres intégrés dans le corps diplomatique, et même des maires sans compétences devenus ambassadeurs sans audace, selon ses termes. À partir de là, il a tenté de mettre en avant sa propre « audace » lorsqu’il était ambassadeur en Algérie et qu’il demandait au gouvernement la nécessité de réviser la politique de son pays concernant les visas et l’accord de 1968. En analysant les répercussions de la crise avec l’Algérie, Driencourt conseille au successeur d’Emmanuel Macron d’écouter les experts, d’adopter la diplomatie du silence, de réduire le bruit et les annonces préalables pour chaque décision, et de renforcer le réseau des écoles et centres culturels français en Algérie, considérés comme les plus puissants leviers d’influence française.

Selma Dey