Échanges Algérie-UE: La CNCC préconise un nouveau modèle économique

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La Chambre nationale des commissaires aux comptes (CNCC) a appelé à une réorientation du partenariat économique entre l’Algérie et l’Union européenne (UE), afin de le faire évoluer d’un simple libre-échange commercial vers un partenariat axé sur la production, l’investissement et le transfert de technologie, à travers six changements fondamentaux. Cette démarche intervient alors que les échanges de marchandises entre les deux parties ont atteint 43,4 milliards d’euros au cours de l’année 2025, l’UE absorbant 49,6 % du commerce extérieur algérien, tandis que les produits minéraux principalement les hydrocarbures ont représenté 93,2 % des importations européennes en provenance d’Algérie, contre une prédominance des machines, équipements, produits chimiques et agroalimentaires dans les exportations de l’UE vers l’Algérie.

L’étude, préparée par la Direction des études économiques de la CNCC, souligne que la révision de l’Accord d’association signé en 2002 et entré en vigueur en 2005 doit dépasser la simple question des droits de douane et de la libéralisation des échanges. Elle doit plutôt englober les conditions nécessaires pour bâtir une base productive algérienne plus diversifiée, attirer des investissements productifs, développer la sous-traitance, transférer les compétences et technologies, et intégrer les entreprises algériennes dans les chaînes de valeur.Le document s’appuie sur un constat économique essentiel : le volume des échanges ne suffit pas, à lui seul, à mesurer la rentabilité d’un partenariat, la structure du commerce étant tout aussi importante que sa valeur. En 2025, l’UE a importé d’Algérie pour 26,5 milliards d’euros, dont 24,7 milliards d’euros de produits minéraux (soit 93,2 %). En contrepartie, les exportations européennes vers l’Algérie ont atteint 16,9 milliards d’euros, dominées par les machines et équipements (6,4 milliards d’euros), les produits chimiques (3 milliards d’euros) et les produits agroalimentaires (2,9 milliards d’euros).Selon l’étude, cette réalité impose, lors de la révision de l’accord, de déplacer le débat du volume des échanges vers la valeur ajoutée créée par ce partenariat au sein de l’économie algérienne. Il est ainsi proposé d’inscrire l’investissement et la production au cœur des négociations, à travers des projets conjoints qui ne se mesurent pas uniquement aux montants investis, mais aussi à la création d’emplois, au transfert de savoir-faire, au développement des entreprises locales et à l’augmentation des taux d’intégration et de sous-traitance.Le document insiste sur la nécessité de traduire les engagements d’investissement en programmes sectoriels mesurables, dotés d’indicateurs permettant de distinguer l’annonce d’un projet de son entrée effective en production, tout comme l’attraction de financements et la génération d’une valeur ajoutée locale. Il lie également la réussite du partenariat à la capacité des entreprises algériennes à s’intégrer dans les chaînes de valeur européennes et à accéder à de nouveaux marchés.L’étude ne limite pas les obstacles à l’exportation aux seuls droits de douane, mais attire l’attention sur le fait que les règles d’origine, les exigences environnementales, les émissions de carbone, la gouvernance et les normes sociales constituent désormais des déterminants majeurs pour accéder au marché européen. Elle préconise ainsi un accompagnement technique et financier des entreprises algériennes, le développement de systèmes de mesure et de vérification, ainsi qu’une aide à la mise en conformité des documents et certifications requis.

En parallèle, l’étude aborde la question de la protection de l’industrie nationale, proposant que les mesures de soutien et de protection soient limitées dans le temps et conditionnées par des résultats mesurables, notamment en matière de productivité, d’emploi, de qualité, de taux d’intégration et de compétitivité. Ainsi, la protection deviendrait un levier pour accroître l’efficacité de l’entreprise et non un substitut au développement de sa capacité productive.Par ailleurs, la CNCC place la fiabilité de l’information économique au centre du nouveau partenariat. L’évaluation des investissements, de l’intégration locale, des coûts de production et de l’utilisation des aides nécessitant des données précises et vérifiables, l’étude suggère de renforcer le rôle des commissaires aux comptes dans la vérification des données économiques et financières liées aux projets, aux investissements et à la durabilité, à travers une formation spécialisée et une coordination accrue avec les organismes concernés.L’étude souligne également l’importance d’intégrer la modernisation de l’accord, les mécanismes de suivi de son exécution et le règlement des litiges dans un processus de négociation plus structuré, permettant d’identifier et de corriger les déséquilibres avant qu’ils ne se transforment en obstacles à l’investissement et au commerce.Le document présente trois trajectoires possibles pour l’Algérie et son partenaire européen : le maintien du statu quo, une révision limitée à certains déséquilibres, ou une transition vers un partenariat productif élargi. Ce dernier modèle repose sur l’évaluation des résultats à travers le volume des investissements entrant réellement en production, le nombre d’entreprises intégrées aux chaînes de valeur, les taux d’intégration locale, la diversification des exportations et le transfert de technologies et de compétences.

Cette vision prend une importance particulière au vu du poids économique du marché européen pour l’Algérie. Les données officielles classent l’UE comme le premier partenaire commercial de l’Algérie, représentant 49,6 % de son commerce extérieur en 2025, tandis que le stock d’investissements directs étrangers (IDE) européens en Algérie atteignait 14,5 milliards d’euros à la fin de l’année 2024.Ainsi, l’étude de la Chambre nationale des commissaires aux comptes soumet la révision du partenariat à un test économique dépassant la simple valeur des importations et exportations, pour aborder une question centrale pour l’avenir de l’économie nationale : que produit l’Algérie à travers ce partenariat, combien d’investissements productifs attire-t-elle, quelle valeur ajoutée conserve-t-elle sur son territoire, et dans quelle mesure ses entreprises peuvent-elles cesser d’être un simple marché consommateur pour devenir un acteur producteur et exportateur au sein des chaînes de valeur partagées.

Mohamed B.

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