Par Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des universités, expert-comptable de l’institut supérieur de gestion de Lille-(1974) directeur général des études économiques et haut magistrat premier conseiller à la cour des comptes 1980/1983 Docteur d’Etat 1974
Le GAFI (Groupe d’action financière) est une organisation internationale qui lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Cette organisation compte de nombreux pays membres, parmi lesquels on retrouve : Afrique du Sud, Algérie, Allemagne, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Chine, Corée, Danemark, Espagne, États-Unis, Fédération de Russie, Finlande, France, Grèce, Hong Kong, Inde, Indonésie, Irlande, Islande, Israël, Italie, Japon, Luxembourg, Malaisie, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Singapour, Suède, Suisse, Turquie, etc. Le GAFI identifie les juridictions dont les mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) sont faibles dans deux documents publics du GAFI qui sont publiés trois fois par an. Nous avons les Juridictions à haut risque visées par un appel à action, la « liste noire ».
Cette déclaration identifie les pays ou juridictions présentant de graves lacunes stratégiques dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Nous avons les Juridictions soumises à une surveillance renforcée, la « liste grise ». Cette déclaration identifie les pays qui travaillent activement avec le GAFI pour remédier aux déficiences stratégiques de leur régime de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Lorsque le GAFI place une juridiction sous surveillance renforcée, cela signifie que le pays s’est engagé à résoudre rapidement les déficiences stratégiques identifiées dans les délais convenus et qu’il est soumis à une surveillance renforcée. Dans sa note du 21 février 2O25, le GAFI a mis les pays suivants au contrôle renforcé : Afrique du Sud -Algérie -Angola -Bulgarie -Burkina Faso -Cameroun -Côte d’Ivoire -Croatie -Haïti -Kenya -Liban -Mali -Monaco -Mozambique -Namibie -Nepal -Nigeria -République démocratique du Congo République démocratique populaire Laos -Soudan du Sud -Syrie -Tanzanie -Venezuela -Vietnam -Yémen. La Commission européenne avait annoncé le 10 juin 2025 sa décision de s’aligner sur la liste grise du GAFI, qui évalue l’action des États en matière de lutte contre le blanchiment. La commission a ainsi ajouté l’Algérie, Monaco, l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Laos, le Liban, la Namibie, le Népal et le Venezuela à sa liste de pays « à haut risque », qui font l’objet d’une surveillance accrue.
La commission avait en revanche retiré de la liste Barbade, Gibraltar, la Jamaïque, le Panama, les Philippines, le Sénégal, l’Ouganda et les Émirats arabes unis. Lors de cette séance du GAFI avait retiré quatre pays africains de «la liste grise», s’agissant « de l’Afrique du Sud qui a renforcé ses outils de détection du blanchiment et du financement du terrorisme, du Nigeria qui s’est doté d’une coordination inter-institutions renforcée, du Mozambique qui a amélioré le partage de renseignements financiers et du Burkina Faso qui a renforcé la surveillance des institutions financières et les organismes de contrôle. Le 19 juin 2026 une décision a été validée, lors de la réunion plénière de l’organisation à Paris, aucun pays n’y a été ajouté lors de cette session spécifique, l’Algérie avec la Namibie ont été officiellement retirées de la liste grise par le GAFI.
Pour l’Algérie, la sortie de la liste grise fait suite à la mise en conformité du dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme où rappelons que l’Algérie avait été déjà inscrite en 2011 sur la liste grise, avant d’en sortir en 2016 avant de revenir en octobre 2024. Ainsi, selon le rapport du 19 juin 2029, l’Algérie a souscrit aux différentes recommandations de la Galfi qui lui avait demandée : de renforcer de l’identification des bénéficiaires effectifs des sociétés ; d’améliorer la gestion selon les normes internationales du système financier ( banques, domaine, douane , fiscalité) ; d’améliorer la supervision du secteur non financier notamment les transferts informels, la sphère informelle contrôlant une partie importante du PIB et de la masse monétaire en circulation, d’assurer la transparence sur les flux transfrontaliers ; renforcer les sanctions et le suivi effectif des entités à risque; d’améliorer la supervision fondée sur les risques ainsi que les déclarations de transactions suspectes.
Cette sortie fait suite aux différentes dispositions adoptées par le gouvernement algérien notamment : Loi n° 23-01 (7 février 2023) qui modifie et complète la loi fondatrice n° 05-01 de 2005, ce texte constituant le socle de la refonte du dispositif pénal et préventif algérien; Loi n° 25-048 (2025) qui vise à renforcer le dispositif précédent, intégrant de nouvelles obligations pour les secteurs à risque; Les règlements de la Banque d’Algérie (n° 24-03 et n° 25-14) imposant aux banques et institutions financières des règles strictes de vigilance, notamment la connaissance du client (KYC) et la surveillance accrue des transactions; Décrets relatifs à la transparence par la mise en place effective du Registre national des bénéficiaires effectifs pour assurer la traçabilité des transactions et identifier les véritables propriétaires des personnes morales.
Et récemment le 11 juin 2026, selon les orientations du ministère des finances, le Conseil national de la comptabilité (CNC) a instruits les experts-comptables, les commissaires aux comptes et les comptables agréés appliquer strictement les mesures de vigilance à l’égard de la clientèle, l’identification et vérification du bénéficiaire effectif, la détection des opérations suspectes, la déclaration de soupçon et exemption du déclarant, la conservation des documents et les programmes de conformité et contrôles internes.
En conclusion, toute lutte contre les malversations renvoie à une bonne gouvernance qu’ont développé dans la Muqaddima , le sociologue maghrébin Ibn Khaldoun qui notait que lorsque l’immoralité gangrène la société, c’est sa décadence, et l’économiste anglais Adam Smith , un des fondateur de l’économie politique , il ne peut y avoir de développement sans la morale. En Algérie, la réhabilitation de la Cour des comptes devient urgente, paradoxalement étant gelée depuis de longues décennies , sans président depuis plus d’une année, institution indépendante suprême selon la constitution du contrôle des deniers publics, les autres institutions médiatisées relevant de l’exécutif, étant juge et partie, serait un signe de la volonté politique de transparence auprès tant de l’opinion nationale que des institutions internationales .
A.M






