Longtemps répandue dans toutes les couches sociales, la cigarette est progressivement devenue un phénomène davantage concentré dans les milieux les plus modestes. Un schéma similaire pourrait-il se dessiner pour les réseaux sociaux comme Instagram et TikTok ? La question est désormais posée.
Aux États-Unis, la lutte contre le tabagisme a produit des résultats significatifs : en 2020, seuls 13 % des adultes déclaraient fumer, contre près de la moitié au milieu du XXᵉ siècle. Mais cette baisse globale masque une réalité plus contrastée. Aujourd’hui, le tabagisme touche majoritairement les populations les plus défavorisées. Les catégories aisées, mieux informées des risques sanitaires et disposant de moyens pour arrêter, ont largement abandonné la cigarette. Ce phénomène n’est pas propre aux États-Unis. Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires considèrent le tabagisme comme l’un des principaux facteurs d’inégalités de santé, contribuant fortement à l’écart d’espérance de vie entre les populations les plus riches et les plus pauvres. Selon une analyse du Financial Times, une évolution comparable pourrait concerner les réseaux sociaux. Après une phase d’adoption massive et uniforme, leur usage pourrait progressivement se différencier selon les milieux sociaux. Les classes moyennes et supérieures, plus sensibilisées aux effets négatifs des écrans, encouragent déjà des pratiques plus encadrées, notamment chez les enfants, avec des politiques de limitation du temps d’écran ou d’éducation sans smartphone. À l’inverse, les milieux moins favorisés disposent souvent de moins de ressources éducatives ou de temps pour accompagner ces usages numériques. Cette différence pourrait, à terme, accentuer une forme de fracture sociale liée à la consommation des plateformes digitales. Le parallèle avec le tabac reste toutefois à nuancer. Contrairement à la cigarette, dont la consommation est fortement influencée par l’environnement familial, l’usage des réseaux sociaux ne dépend pas toujours directement des habitudes des parents, souvent eux-mêmes peu présents sur ces plateformes. Reste que l’expérience du tabagisme montre qu’un produit addictif peut persister longtemps après avoir perdu son attrait global, tout en renforçant les inégalités sociales. Les réseaux sociaux pourraient ainsi suivre une trajectoire similaire, devenant progressivement un marqueur de disparités plutôt qu’un simple outil universel de communication.
Neila M






