Le groupe Sonatrach engage un vaste plan d’investissement à l’horizon 2030 pour intensifier l’exploration et renouveler les réserves nationales en hydrocarbures. Dans un entretien accordé à l’APS à l’occasion du double anniversaire de la création de l’UGTA (24 février 1956) et de la nationalisation des hydrocarbures (24 février 1971), le P-dg du groupe, Noureddine Daoudi, a détaillé les grandes orientations stratégiques de la compagnie nationale.
Il a souligné que l’activité exploration et production représente, à elle seule, 75 % des investissements de développement prévus pour la période 2026-2030. « Sonatrach accorde une importance capitale à l’exploration et à la production, considérées comme vitales pour toute entreprise pétrolière et gazière », a-t-il affirmé, précisant qu’une enveloppe conséquente est mobilisée à moyen terme pour concrétiser les projets programmés. Le plan prévoit un programme d’exploration qualifié de « colossal », couvrant 66 % du domaine minier national des hydrocarbures. Il inclut le forage d’environ 500 puits d’exploration, ainsi qu’un important programme d’acquisition sismique en 2D et 3D, accompagné d’études de traitement et de retraitement géologique et géophysique. En matière de production, l’investissement permettra le forage d’environ 950 puits de développement et la réalisation de près de 6.300 opérations sur des puits existants. Par ailleurs, 26 % du budget global dédié à l’exploration et à la production sera réalisé en partenariat. Selon M. Daoudi, ce plan vise à maintenir et renouveler la base des réserves d’hydrocarbures afin de répondre aux besoins du marché national en produits énergétiques, de soutenir les grands projets structurants du pays et de consolider la part de marché de l’Algérie, tout en confortant sa position de partenaire sûr et fiable auprès de ses clients internationaux. L’année 2025 a, par ailleurs, enregistré 17 découvertes d’hydrocarbures, un résultat qui confirme, selon le P-dg, que le domaine minier national demeure largement prospectif. Ces découvertes ont été réalisées principalement dans des bassins dits matures, attestant du potentiel toujours important des bassins sédimentaires algériens. Sur le segment de la pétrochimie, conformément aux orientations du Président de la République visant à promouvoir la transformation locale des ressources nationales, Sonatrach entend évoluer vers un modèle intégré. Il s’agit, selon M. Daoudi, de passer d’un modèle dominé par l’amont à un modèle où la pétrochimie devient un levier stratégique de souveraineté industrielle, de diversification économique et de création de valeur locale, tout en consolidant le rôle de l’Algérie comme acteur énergétique majeur à l’échelle régionale et euro-méditerranéenne. Les projets développés dans ce segment auront un impact significatif sur l’économie nationale, en favorisant l’attraction des investissements directs étrangers, la création d’emplois directs et indirects, et le développement des PME, notamment dans la transformation des matières plastiques. Ils permettront également de réduire les importations de produits pétrochimiques. Dans le cadre d’un programme structurant dédié au raffinage et à la pétrochimie, Sonatrach a lancé plusieurs projets de « taille mondiale » destinés à atteindre l’autosuffisance. Parmi eux figurent le complexe MTBE (Méthyl Tert-Butyl Ether) à Arzew, destiné à produire un additif actuellement importé pour la formulation de l’essence, le complexe LAB (Linéaire Alkylbenzène) à Skikda, au service de l’industrie des détergents, ainsi que le complexe STEP/PDH PP à Arzew pour la production de polypropylène. En partenariat, Sonatrach est également associée à la compagnie turque Ronesans pour un projet PDH PP en cours de construction en Turquie. Le groupe poursuit, en parallèle, des discussions avec divers partenaires potentiels autour d’autres projets liés à la production de plastique et de méthanol. Le projet MTBE, lancé en 2022, affiche un taux d’avancement de 86 % en février 2026. Son entrée en production progressive et la mise en service graduelle de ses unités sont prévues pour juin 2026. Sur le plan des partenariats internationaux, l’année 2025 a été marquée par la conclusion de huit contrats d’hydrocarbures dans le cadre de la loi 19-13, dont cinq issus de l’appel à concurrence lancé par Alnaft dans le cadre du Bid Round 2024. Sonatrach poursuit actuellement ses discussions avec plusieurs compagnies internationales, y compris des majors, en vue de la signature de nouveaux contrats, conformément aux protocoles d’accord signés en 2024 et 2025. Revenant sur le 55e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, M. Daoudi a estimé que cette décision constitue un acte fondateur de souveraineté nationale et un tournant stratégique dans la construction de l’État algérien moderne. Elle a consacré la récupération effective du contrôle des ressources naturelles et permis la structuration d’un modèle énergétique national intégré autour de Sonatrach, devenu l’un des principaux leviers de financement du développement du pays. Aujourd’hui, le groupe adopte une vision prospective visant un mix énergétique durable à l’horizon 2030, renforçant le rôle de l’Algérie comme exportateur fiable et résilient. Pour Sonatrach, le défi consiste désormais à transformer l’héritage de souveraineté en levier de diversification économique, de création de valeur locale et d’innovation technologique.
Akram Toumi






