Situation socio-économique de la Libye et déstabilisation face aux interférences étrangères

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Pr des université s- Expert international – Dr d’Etat 1974 Abderrahmane Mebtoul

La  Libye au sein d’une région instable, avec les interférences étrangères  est confrontée  à des   défis économiques  politiques et militaires persistants impactant sa sécurité et son développement où l’économie libyenne est très dépendante du secteur pétrolier et gazier.

1.- Situation socio- économique de la Libye 

La Libye  s’étend sur 1 759 540 km2 , ce qui la place au quatrième rang africain et au dix-huitième rang mondial. Plus de 90 % de son territoire couvert par le Sahara La Libye a des frontières terrestres totalisant environ 4 383 km avec six pays africains : l’Égypte (1 150 km), le Tchad (1 055 km), l’Algérie (982 km), la Tunisie (459 km), le Soudan (383 km) et le Niger (354 km). Le total des frontières terrestres est  d’environ 4 383 km et le  Littoral méditerranéen près de 1 770 km. La nappe albienne, ou Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS), est une immense réserve d’eau souterraine partagée par l’Algérie (70%), la Libye (20%) et la Tunisie (10%),  La population de la Libye est estimée à environ 7,4 à 7,5 millions d’habitants en 2025, avec des chiffres spécifiques variant légèrement selon les sources (par exemple 7 381 023 en 2024 selon la Banque Mondiale, La densité est faible, d’environ 4 habitants/km², et une grande partie vit en zone urbaine (82% en 2024).  La Libye, proche de l’Europe qui pourrait donc bouleverser la carte énergétique de la région,  possède la plus grande réserves de pétrole en Afrique environ 48 milliards de barils  (pétrole et plus de 1500 milliards de mètres cubes gazeux  exploitées à peine 2%  s’étant concentré sur le pétrole/ (pétrole léger équivalant à celui de l’Algérie)  ,également d’importantes réserves de fer, estimées à plusieurs milliards de tonnes métriques dans le Sahara libyen, notamment dans le Fezzan (Wadi ash-Shati) près de Sabha, la faisant une potentielle puissance minière en Afrique ainsi que des gisements d’or (troisième plus grandes réserves d’Afrique), et un grand potentiel en énergies renouvelables (solaire et éolien), sans oublier les atouts touristiques liés à ses paysages et sites archéologiques. Les objectifs sont mis sur l’augmentation de la production, visant 1,8 à 2 millions de barils par jour (Mb/j) d’ici quelques années, avec des objectifs de production autour de 1,4 à 1,6 Mb/j 2025, grâce à de nouveaux blocs et une reprise post-conflit  .Les réserves d’hydrocarbures en Libye sont techniquement contrôlées par   la compagnie pétrolière nationale NOC ; cependant, le contrôle réel est fragmenté et disputé entre le gouvernement de Tripoli (GNU), les factions de l’Est (sous l’influence de Khalifa Haftar), et des milices armées, ce qui entraîne des blocages de production et des négociations complexes, avec des appels d’offres récents pour des licences d’exploration ouvrant la voie à des investissements étrangers, dont les découvertes récentes (novembre 2025) dans les bassins de Ghadamès et Syrte confirment le potentiel et attribution: de nouveaux blocs pétroliers et gaziers prévue début 2026. Le  maréchal Khalifa Haftar et son Armée Nationale Libyenne (ANL) contrôlent une grande partie des principaux champs et terminaux pétroliers libyens, surtout dans l’Est et le Sud, ce qui lui confère un levier de pression majeur sur le gouvernement de Tripoli et l’économie nationale, malgré des tensions persistantes et des blocus temporaires de production qui affectent les revenus, essentiels à la stabilité du pays.

En 2025, la Libye renforce sa stratégie d’attraction des investissements étrangers dans les hydrocarbures, avec la National Oil Corporation (NOC) préparant de nouveaux appels d’offres pour des blocs d’exploration (maritimes et terrestres) en 2026, suscitant un fort intérêt des entreprises américaines, européennes (Eni, BP, Shell) et autres, dans le but d’atteindre une production de 1,6 à 2 millions de barils/jour, l’italien Eni restant  historiquement le leader étranger en Libye, TotalEnergies  arrivant  en deuxième position Prévu du 24 au 26 janvier 2026  à Tripoli, le prochain Sommet sur l’énergie et l’économie en Libye accueillera une table ronde dédiée aux Etats-Unis et à la Libye ainsi qu’un pavillon américain complet, organisé par l’AmCham (Chambre de commerce américaine), mettant en avant le retour stratégique des entreprises américaines en Libye et leur rôle croissant dans la transformation énergétique du pays », souligne EPC dans son document pour illustrer la forte mobilisation de Washington pour se repositionner de manière active sur le marché énergétique du pays maghrébin. En  2026 l’o, devrait assister  « à un regain d’intérêt des Etats-Unis, alors Chevron  en 2025, ayant participé à la ronde d’offres Chevron ayant manifesté leur intérêt pour les 22 blocs (11 onshore, 11 offshore) proposés par la Libye pour visant à explorer de nouveaux blocs en offshore et onshore   pour accroître la production et partager son expertise technologique, signalant un retour significatif des majors américaines dans le pays. Cependant entre 2024/2025 ,l’italien Eni reste historiquement le leader étranger en Libye, TotalEnergies arrive en deuxième position. La structure des échanges entre la Libye et le reste du monde est la suivante entre 2024/2025  pour les exportations en % du total  :Europe 71%-  Royaume-Uni  5%-  États-Unis d’Amérique   5%  -Thaïlande  4%  – Chine  3%.  Pour les importations , nous avons pour les biens : Europe  37%- Chine  22% Turquie  18%-  Chypre  4%-  Corée du Sud  3% . Le PIB de la Libye en 2025 est projeté autour de 48 à 51 milliards USD, avec une forte croissance attendue grâce au pétrole, variant entre 12,3 % et 17,3 %, selon les sources (FMI, BM, Trading Economics), En 2025, avec une situation budgétaire très incertaine,  la Libye a fait face à d’importants « déficits jumeaux », budgétaire et de balance des paiements courants, principalement dus à la forte dépendance aux hydrocarbures et aux dépenses publiques élevées, malgré des projections optimistes de croissance tirées par le pétrole, avec des chiffres récents montrent un déficit de change de 5,2 milliards de dollars sur les 7 premiers mois  2025. Les prévisions pour 2025, notamment de la BAD, anticipent un renversement, avec un excédent de la balance courante  (jusqu’à 22,3 % du PIB), grâce à la reprise de la production pétrolière, même si des sources du Trésor français évoquent des défis liés aux dépenses budgétaires persistants

Le PIB par habitant (nominal), environ 6 866  dollars (selon FMI via Worldometer) où les hydrocarbures représentent  environ 60 % du PIB, 90% des recettes budgétaires et 95 % de la valeur des exportations (2024)  Le taux de chômage en Libye était d’environ 18,6 % en décembre 2024 et devrait se situer autour de 18,5 % d’ici fin 2025, selon Trading Economics   Pour la cotation , de la  monnaie libyenne  fin 2025 nous avons en moyenne :1 Euro égal 6,38 Dinar libyen   et 1 USD, 5,42 LYD  Bien que les subventions sur les produits de première nécessité , le carburant et l’électricité contribuent grandement à contenir l’inflation, et du poids de l’informel , elle reste largement sous-estimée, malgré le renouvellement, début 2025, de la méthode de calcul employée. l’inflation  est essentiellement portée par le prix des produits alimentaires .En 2024 et 2025, l’inflation en Libye devrait rester modérée, se situant autour de 2,1 % à 2,8 % en 2024 et 2,3 % à 2,6 % en 2025, grâce à la stabilité des prix mondiaux des matières premières, notamment alimentaires, et aux subventions gouvernementales. une certaine stabilité économique malgré un environnement politique fragile. Fin 2024-début 2025, les réserves de change de la Libye étaient substantielles, atteignant environ 98,8 milliards de dollars fin septembre 2025, incluant l’or selon la Banque Centrale de Libye, incluant des avoirs importants en or (plus de 18 milliards de dollars) .La dispose également d’un important montant  de  fonds souverains  gérés principalement par la Libyan Investment Authority  ( LIA), créée en 2006 pour investir les revenus pétroliers, estimés  à 67-68 milliards de dollars selon le rapport d’audit de 2023, mais dont la majorité des avoirs  sont gelés depuis 2011 par les sanctions des Nations Unies . La justice belge a levé le 22 janvier 2026, la saisie pénale de 14,6 milliards de dollars d’actif logée chez Euroclear Bank, une société internationale de dépôt et de règlement/livraison pour les obligations selon  le Premier ministre libyen,

2.- Les interférences étrangères facteur de déstabilisation de la Libye

La Libye est une société tribale complexe avec des groupes arabes et berbères, dominée par des puissantes confédérations tribales comme les Warfalla   (la plus grande), les Toubous   (sud), les Infusen (Berbères) et des groupes comme les Touaregs, jouant un rôle clé dans les conflits et la gouvernance post-Kadhafi.  Il existe de nombreuses autres tribus et clans, souvent regroupés dans des confédérations, qui constituent la structure sociale de la Libye. qui contrôlent de vastes territoires, surtout dans le sud,Les structures tribales  ont toujours influencé le pouvoir, de la période coloniale à l’ère Kadhafi, et continuent de jouer un rôle crucial dans la gouvernance actuelle de la Libye en fournissant  des réseaux de solidarité, de sécurité et de justice, mais peuvent aussi être une source de division et de conflits, surtout dans le contexte politique actuel. Rappelons qu’ après la révolution de 2011, mettant fin à 41 années de règne de Kadhafi, la guerre civile (2014-2020) a abouti à la division est-ouest du pays. Le Gouvernement d’unité nationale (GUN) administre le nord-ouest. Basé à Tripoli et jouissant de la reconnaissance internationale, il est dirigé par le Premier ministre Abdelhamid Dbibegh, le Haut Conseil d’État (chambre haute) et le Conseil présidentiel. Le GUN a reçu pour mandat de l’ONU de conduire la Libye à des élections présidentielles et législatives initialement prévues en décembre 2021. Le report sine die de ces élections s’est soldé par la création du Gouvernement de stabilité nationale (GSN), basé à Syrte et Benghazi, contrôlant les trois quarts du pays (est et sud), comprenant l’essentiel des installations pétrolières et gazières. Il est dirigé par le Premier ministre Oussama Hammad et soutenu par la Chambre des représentants (chambre basse), ainsi que par l’Armée nationale libyenne (ANL) dirigée par le maréchal Haftar. Les deux administrations sont soutenues par diverses milices – incluant des mercenaires étrangers, dont Africa Corp (ex Wagner) à l’est – ou corps militaires, dont l’ANL (Armée Nationale Libyenne) du maréchal Haftar, considéré comme le véritable dirigeant de l’est du pays..Aussi, actuellement existe non une Libye mais deux Libye  largement influencé par des puissances étrangères qui explique sa déstabilisation avec la prolifération des milices affaiblissant l’autorité centrale  et le renforcement des groupes armés locaux qui a pour effet l’instabilité persistante , le risque terroriste et des tensions régionales et malgré les différentes  résolutions de l’Onu qui également pour d’autres conflits est impuissante à appliquer  ses propres résolutions du fait que les ingérences des puissances étrangères empêchent  une paix durable. Les factions libyennes s’allient avec des protecteurs étrangers, transférant les rivalités géopolitiques sur le sol libyen, le but étant le contrôle des ressources pétrolières et gazières, ainsi que des routes migratoires.

 Les principaux  soutiens du maréchal  Haftar sont les Emiraties  (EAU) , l’Egypte , la Russie qui lui  fournissent un soutien aérien et matériel militaire , malgré des intérêts parfois divergents.  La  France maintient des liens discrets bien qu’elle  soutienne officiellement les Nations Unies pour une solution politique. Bien qu’ils aient des contacts  avec le  GNA à Tripoli, les USA ont également des contacts avec Haftar et soutenant une solution politique via l’ONU et l ’Ukraine  est mentionnée comme ayant des « amis haut placés » avec Haftar Quant à l’Italie, ancienne puissance coloniale, avec des intérêts énergétiques (gaz/pétrole) et sécuritaires (migrants), soutient  différents aspects ou factions du processus.  L’Arabie  Saoudite  apporte  également son soutien, partageant une opposition aux Frères musulmans, soutenus par la Turquie.  Pour les soutiens du Gouvernement de Tripoli (GNU), nous avons le Qatar. via les Frères musulmans .  L’Algérie qui dénonce les interventions étrangères,  soutient une solution dans le cadre  des Nations Unies qui reconnaît  le gouvernement de Tripoli. Reste que la position ambigüe de la Turquie  qui a fait un revirement  à 180 degrés , cherchant à sécuriser ses intérêts géopolitiques et économiques en Méditerranée orientale. Car depuis le soutien du gouvernement Tripoli, Ankara a multiplié depuis 2023 les contacts avec les autorités dissidentes de Benghazi, pourtant alliées de la Russie, de l’Egypte et des Emirats arabes unis. Après avoir joué le protecteur de la Tripolitaine, Ankara s’ouvre vers l’autorité parallèle de la Cyrénaïque du maréchal Haftar dans l’espoir d’asseoir ses ambitions maritimes en Méditerranée orientale. . Un rapprochement déjà bien entamé depuis le début de cette année 2025 qui s’accélère avec les  visites de Saddam Haftar, vice-commandant général de l’Armée nationale libyenne (ANL) qui a effectué plusieurs déplacements à Ankara

3. Quelles  perspectives pour la Libye ?

La partition politique libyenne s’inscrit dans un jeu d’alliances régionales et sur la totalité des recettes en devises issues des exportations de brut, elle devrait pouvoir mieux gérer les réserves de change, renforcer la transparence budgétaire, et limiter les captations de rentes par les milices. Les revenus de l’entreprise pétrolière nationale (NOC) devraient aussi sensiblement profiter de la suppression de ce dispositif. Le Groupe de la Banque africaine de développement a publié, le  5 décembre 2025 , son Rapport pays 2025 pour la Libye, intitulé « Tirer le meilleur parti du capital de la Libye pour favoriser son développement où l’économie libyenne s’est contractée de 0,4 % en 2024, mais devrait rebondir fortement, avec une croissance projetée de 12,4 % en 2025 avant de retomber à 4 % en 2026, soutenue principalement par l’amélioration de la production pétrolière. Malgré des défis persistants, la Banque souligne que le potentiel de développement de la Libye est considérable, fondé sur ses besoins de reconstruction, ses importantes ressources naturelles et les opportunités de diversification économique. La Banque estime également que la transformation économique de la Libye nécessitera à court terme 111 milliards de dollars pour sa reconstruction et  des investissements annuels d’environ 6,9 milliards de dollars d’ici 2063, à mesure que les réformes structurelles seront mises en œuvre. Toutefois, souligne la Banque, les progrès demeurent limités par une forte dépendance aux recettes pétrolières, un système fiscal restreint et un sous-investissement dans les secteurs stratégiques. Le système financier reste peu profond, ce qui limite les flux de capitaux nécessaires à la croissance et à la diversification, tandis que le secteur privé opère en deçà de son potentiel, freiné par un niveau élevé d’informalité et par des contraintes réglementaires. Relever ces défis structurels et prioriser la diversification économique est essentiel pour restaurer la stabilité et assurer une prospérité durable.   Pour sa part ,la  directrice générale adjointe pour l’Afrique du Nord et responsable pays du Groupe de la Banque pour la Libye, a réaffirmé l’engagement de la Banque à soutenir l’agenda de développement du pays et préconise une stratégie de réformes progressive, articulée autour de trois étapes clés. Dans l’immédiat, l’objectif est d’optimiser la gestion des ressources et de renforcer la transparence. À moyen terme, le rapport préconise de donner la priorité à la diversification économique et à une implication accrue du secteur privé. À long terme, il s’agira de consolider une économie résiliente et diversifiée en élargissant les sources de revenus, en modernisant les politiques fiscales et en renforçant les cadres institutionnels et juridiques. Cependant , il Il faut être réaliste au moment où ce sont les rapports de force  qui modèlent le nouvel ordre mondial et non le respect du droit international prôné par  l’ ONU devenue impuissante à agir sur les  évènements, l’amélioration de la situation  économique, politique et sécuritaire de la Libye  stratégique pour la stabilité de la région méditerranéenne et sahélienne , pour son  développement et la sécurité de la  région, tout dépendra certes des  libyens  mais également  de l’attitudes des différents acteurs étrangers. Il ne pourra pas y avoir de développement sans   la réunification des deux fractions qui gouvernent actuellement la Lybie qui  côtoie   plusieurs pays instables :  le Soudan (383 km) qui connait une misère inégalée avec la guerre fratricide alimentée comme pour la Libye par des interférences étrangères, les tensions au Tchad, (1055 km de frontières)  où la  guerre au Soudan a plongé l’est du Tchad dans une grave crise humanitaire, avec des conflits intercommunautaires (agriculteurs/éleveurs) dans le sud et des menaces terroristes (région du Lac) et  le Niger (354 km), confronté à la montée du terrorisme et la diversité des acteurs animant les groupes terroristes au Sahel

En conclusion, sous réserves de la stabilité politique et de profondes réformes, la Libye avec ses richesses et une population relativement faible, peut  devenir une grande puissance économiques , le Koweït  l’Afrique du Nord

A.M

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