Pour un discours de vérité et une communication transparente: Les facteurs du rétablissement de la confiance et du redressement national entre 2023 et 2025

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«Les Algériens souhaitent que leurs responsables leur ressemblent; ces derniers doivent éviter d’essayer que ce soit au peuple de leur ressembler»,  Pr A.Mebtoul Casbah Editions Alger 2005.

Lors du Conseil des ministres en date du 20 mars 2023, je cite le communiqué officiel «le président de la République a mis en garde les ministres contre toutes promesses infondées faites aux citoyens dans des délais déraisonnables et selon des mécanismes irréfléchis. En outre, il a enjoint de s’abstenir définitivement de toute utilisation exagérée d’expressions politiques stéréotypées glorifiant les personnalités, à travers tous supports médiatiques, et sous-entendant que toute activité du gouvernement, quelle qu’en soit la nature, est menée sur instruction du président de la République. Il a ordonné au gouvernement de se concentrer sur la mise en œuvre de programmes et projets, de ne tenir les réunions que si nécessaire, et d’orienter tous les efforts vers le travail sur le terrain, l’Algérie n’ayant pas besoin, aujourd’hui, de promulguer des lois susceptibles de perturber la vie des citoyens, mais plutôt d’en annuler certaines, devenues caduques. Cette présente contribution est la synthèse remaniée d’un chapitre de l’ouvrage sous ma direction parue en deux tomes (520 pages) à Casbah Editions 2005 auquel ont participé des politologues, sociologues, anthropologues, juristes et économistes où nous avons plaidé pour un système de communication transparent, adapté à la réalité de la société algérienne et au nouveau monde en mutation avec pour objectif redonner confiance aux Algériens, les mobiliser pour les réformes dont le pays a besoin. Déjà 22 ans, mais avons-nous été écoutés ? Le rôle de l’intellectuel, ou de tout cadre de la nation crédible n’est pas de faire des louanges en contrepartie d’une rente, contre-productif pour le pouvoir lui-même, mais d’émettre des propositions opérationnelles privilégiant les intérêts supérieurs de la Nation. Dans le contexte d’aujourd’hui, avec le nouveau système de communication où tout est enregistré, un politique doit être réservée, ne jamais s’aventurer à faire des promesses qu’il ne pourra pas tenir, s’il veut conserver sa crédibilité auprès de la population qui a une mémoire.

Car avec les nouvelles technologies, qui révolutionnent le système d’information, sa maîtrise est primordiale. Elle peut être profitable pour dynamiser la société, mais préjudiciable lors de la manipulation de certains réseaux, avec des rumeurs dévastatrices à des fins de déstabilisation. Devant distinguer tactiques et stratégie, pour mobiliser la population, s’impose un renouveau du système de communication dans le domaine économique, social, culturel et politique. La communication reste une affaire de terrain et non de bureaux feutrés, sa sémantique, sa sémiologie, sa stratégie et ses cibles ne pouvant relever de l’amateurisme, elles doivent être élaborées à partir de travaux d’enquêtes ciblées.

1 – Les six axes dans le domaine de la gouvernance

1.1 – Le retour à la confiance, fondée sur une communication crédible, transparente, est fondamental pour le redressement national.

La communication politique doit éviter l’essoufflement et la monotonie, et que les déclarations et les gestes de responsables ne soient un objet de caricatures ou de plaisanteries, tant dans la presse que dans les espaces publics. Les Algériens souhaitent que leurs responsables leur ressemblent ; ces derniers doivent éviter d’essayer que ce soit au peuple de leur ressembler.

1.2 – Pour une mobilisation citoyenne, il y a lieu d’éviter des discours contradictoires, déconnectés des réalités internes et mondiales de la part de différents responsables ministériels supposant une visibilité et cohérence dans la démarche de la gouvernance, rendant urgente une planification stratégique au plus haut niveau.

1.3 – Il faut que les responsables politiques, à tous les niveaux, se présentent avec la modestie qu’exigent l’imaginaire et le mental algérien sans tomber dans le populisme médiatique qui serait alors contre-productif. Car la fonction ne doit pas être un privilège pour se servir, mais une lourde mission pour servir la Nation.

1.4 – L’opinion publique nationale se ligue normalement autour de la femme ou de l’homme rassembleur, capable de réaliser un certain accomplissement pour le pays.

1. 5 – Le patriotisme à ne pas confondre avec le nationalisme chauviniste peut féconder la matrice qui forge la mobilisation populaire, sous réserve toujours de la moralité car en dépit des apparences, les Algériens sont attachés à leur passé et aux défis de leur présent.

1.6 – Face aux tensions au niveau de la région, où actuellement deux institutions assurent la sécurité nationale, l’ ANP et les forces de sécurité pour la défense du territoire, auxquels il faut rendre hommage et Sonatrach sur le plan économique, mobiliser toutes les forces vives de la Nation, tout en tenant compte des différentes sensibilités, l’unanimisme et la «chita» en contrepartie d’une rente, étant source de décadence, pour un large front national

2. Les dix axes sur le plan économique

 2.1 – Rendre au moyen d’un discours accessible aux citoyens la nécessité des réformes économiques en faisant le lien direct avec les impératifs de justice sociale et placer l’Algérie comme pays pivot au sein des espaces méditerranéen et africain

2. 2 – Revenir à chaque fois sur la citation d’exemples révélateurs de situation pour comparer la situation politique, économique et sociale économique avec ce qui se passe autour de nous avec des pays comparables.

2. 3 – Montrer, chiffres à l’appui, la masse d’argent colossale dépensée et les impacts économiques et sociaux – de l’indépendance à ce jour, l’histoire ne se découpant pas en morceaux – les dépenses pour l’assainissement financier des entreprises publiques économiques et dont le résultat a été largement en dessous des attentes.

2.4 – Être réaliste, si les nouveaux projets sont lancés en 2023, il faut prévoir de deux à trois ans pour la rentabilité des PMI/PME, et autour de 2027/2028 pour les projets hautement capitalistiques. Donc il ne faut pas attendre des entrées de devises avant ces dates, et d’autant plus que le monde économique aura alors profondément changé

2. 5 – Mettre en relief les dangers de la dépendance alimentaire des dangers de dépendre d’un seul produit à savoir les hydrocarbures et donc pour des raisons tant économiques sociales que de sécurité nationale la nécessité d’axer les efforts sur le développement d’une économie diversifiée reposant sur des entreprises publiques et privées concurrentielles dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux

2. 6 – Insister sur l’importance des effets néfastes de distribution de salaires sans contreparties productives qui peut conduire le pays à la dérivé sociale, réhabiliter le travail et l’intelligence créateur de valeur ajoutée et d’emplois durables à ne pas confondre avec les emplois de la fonction publique et revoir la politique généralisée des subventions injuste sur le plan social et inefficace sur le plan économique.

2.7 – Insister sur le rôle de la recherche scientifique dans le développement économique et social et sur la relation université / entreprise et intégrer la diaspora qui recèle d’importantes potentialités.  

2. 8 – Donner les véritables chiffres des exportations hors hydrocarbures en ventilant la structure produit par produit, dresser la balance devises en soustrayant des recettes les matières premières importées en devises et les avantages accordées ( Interview exclusive, diffusion le 20 mars 2023 18h/18h15 à Radio Algérie Interraciale du professeur Abderrahmane Mebtoul sur la place de Sonatrach en Afrique et au niveau international et la problématiques de la forte consommation intérieure au site américain Maghreb Voices 21/03/2023 – et dans le quotidien arabophone El Khabar le mercredi 22 mars 2023 sur les déterminants du cours du pétrole).

2.9 – Dans ce cadre, les responsables doivent tracer un registre d’engagements qui toucheraient en premier lieu les situations pénibles vécues. Cela concerne notamment les problématiques relatives à la gouvernance : l’intégration de la sphère informelle qui produit la corruption ; la bureaucratie centrale et locale ; l’urbanisation anarchique faute d’une véritable politique d’aménagement du territoire ; le problème des logements souvent livrés sans VRD ; les infrastructures défectueuses ; les malades dans les hôpitaux avec un système de santé à revoir ; éviter les assainissements répétés des entreprises publiques qui selon les données de la primature, reprises par l’APS ont nécessité durant les trente dernières années environ 250 milliards de dollars dont plus de 80 % sont revenues à la case de départ ; redresser la baisse de niveau de l’éducation, du primaire au supérieur ; réformer en profondeur le système financier (douane, fiscalité, banques, domaines, banques publiques qui accaparent plus de 85 % des crédits octroyés mais n’étant que de simples guichets administratifs ;

2.10 – Résoudre l’épineux problème du foncier urbain et agricole; intégrer pour une vie décente les communautés marginalisées dans le pays profond; solutionner la pénurie d’eau et les coupures d’électricité, le dérapage du dinar, l’inflation des produits essentiels, les points noirs de circulation; opérer un renouveau de la gestion des ambassades bureaucratisées, qui doivent donner une autre image positive de l’Algérie

3 – Les sept axes sur le plan social

3.1 – La société algérienne, comme toutes les sociétés humaines, est structurée en fonction de plusieurs paramètres sociologiques : mettre en relief l’évolution par catégories d’âge, profession, sexes, statut social, statuts religieux, statut politique et sensibiliser la population sur l’importance de la pression démographique sur les futurs besoins sociaux.

3.2 – Redéfinir le rôle des collectivités locales à travers une réelle décentralisation, pour un espace équilibré et solidaire autour de grands pôles économiques régionaux, pour pouvoir prendre en charge les besoins sociaux croissants de la population.

3.3 – Développer les centres de loisirs et de détente pour les jeunes et les familles.

3.4 – Insister sur la protection du consommateur par des mesures réglementaires rigoureuses.

3.5 – Faire régner le respect de l’État de droit par tous, l’ordre et la sécurité afin d’éviter l’anarchie n’étant pas antinomique avec la cohésion sociale, et la démocratie tenant compte de notre authenticité.

3.6 – Sous-traiter certaines activités qui étaient assurées par les collectivités locales avec des associations de quartiers : par exemple l’enlèvement des ordures, l’éclairage public, l’entretien des routes et des espaces verts, le nettoyage des côtes, le reboisement, l’entretien et la réparation des bâtis.

3.7 – Développer le civisme et l’amour de la patrie, dont le rôle premier est la moralité, tant des dirigeants que des citoyens, en faisant de l’école un lieu de promotion sociale, le véritable patriotisme étant défini comme la contribution des Algériens à la valeur ajoutée nationale.

4. Les six axes sur le plan culturel

  4.1 -La culture est le segment vital du XXIe siècle, tant pour le développement que pour les futurs comportements et besoins sociaux (eau, santé, éducation) avec la préservation de la biodiversité, les industries de l’avenir, dont Internet, le tourisme dans toute sa diversité, la musique, les jeux vidéo et les feuilletons TV.

4.2 – Insister sur la diversité culturelle du pays et faire d’elle une richesse dont doivent profiter tous les Algériens.

4. 3 – Développer les espaces d’expression artistique et culturelle. et insister sur la nécessité des cultures des civilisations.

 4.4 – Introduire dans les programmes de formation et d’éducation nationale des enseignements de culture, dont l’histoire ancestrale de l’Algérie, des Numides à ce jour.

4.5 – Faire du sport une activité de masse et professionnelle.

4.6 – Développer les associations culturelles dans tous les domaines.

En conclusion comme je le rappelais déjà en 2005 dans l’ouvrage cité , «au vu des expériences récentes, avec les impacts du réchauffement climatique, l’épidémie du coronavirus, les tensions en Ukraine, les innovations technologiques en perpétuelle évolution avec la transition numérique et énergétique, influant sur la nouvelle structure des taux de croissance et d’emplois, tout cela nécessite à la fois une haute qualification adaptée une bonne communication et des réalisations concrètes sur le terrain loin des discours utopiques». Tout cela préfigure de grands bouleversements géostratégiques et une recomposition du pouvoir mondial, avec une nouvelle division internationale du travail, qui fait qu’aucun État, si puissant soit-il, n’est maître à 100 % de son développement, les choix stratégiques dépassant les enjeux purement nationaux. Le concept de crise que traverse l’Algérie doit se hisser au niveau de la crise du monde et ne pas rester une crise de société bloquée, faute de perspectives pour l’avenir d’une population et surtout d’une jeunesse angoissée et même très angoissée par les assauts de la nature, par la violence humaine et les déchéances sociales et économiques.

La communication rénovée doit trouver des réponses réelles qui répondent en priorité à ces angoisses. Cependant, sous réserve d’une nouvelle gouvernance, l’exploitation de la crise économique peut être salutaire si elle est perçue comme un demi-mal, et si elle permet un sursaut national en faveur des réformes, créant une dynamique qui impliquerait les citoyens, afin de faire face aux grands défis. Les expériences historiques montrent que les populations fondent leur adhésion à un projet de société clairement défini fondé sur la tolérance, personne n’ayant le monopole du patriotisme, la diversité sociale et culturelle. Cela renvoie au concept de la citoyenneté qui ne doit pas rester aux yeux de la population comme un modèle importable, existant un lien dialectique entre la tradition et la modernité, ne devant jamais renier notre riche patrimoine historique et culturel (voir expérience des pays de l’Asie comme le Japon, la Malaisie, ou la Chine), mais adapter nos politiques économiques, sociales, culturelles, sécuritaires et militaires au mouvement du monde nouveau.

La rationalité, comme l’ont montré les deux grands philosophes allemands Hegel et Kant, est relative et historiquement datée. Et pour reprendre les propos de l’économiste indien et prix Nobel A.K Sen, toute action démocratique doit tenir compte des anthropologies culturelles spécifiques à chaque société.  

A. M.

ademmebtoul@gmail.com