Organe de contrôle et de suivi des projets d’investissements sous l’autorité du directeur de cabinet de la présidence de la république: Débloquer l’investissement productif et combattre l’hydre bureaucratique

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Dans plusieurs conseils des ministres, le président de la publique a donné des instructionspour le respect des délais dans la réalisation des projets.

La mise en place le 17 mars 2024 sous l’autorité du directeur de cabinet de la présidence de la république d’un organe de suivi et de réclamations du blocage des projets traduit la prise de conscience des plus hautes autorités du pays de l’hydre bureaucratique qui touche certains ministères, wilayas et institutions de l’Etat avec beaucoup d’activisme et de promesses, en contradiction avec la réalité du terrain, bloquant ainsi le processus de développement. Afin d’éviter des actions conjoncturelles de peu d’effets à moyen et long terme, devant différencier selon le langage militaire tactiques et stratégie, il est souhaitable cet organe s’insère au sein d’une véritable planification stratégique collant avec la réalité de la société algérienne et des nouvelles mutations mondiales.

1- La régulation est confondue avec le monopole néfaste qui provoque des pénuries régulières, en étouffant les entreprises pour leur fonctionnement (85% des matières premières et équipements des entreprises publiques et privées provenant de l’extérieur en 2023) et le citoyen confronté à des pénuries  avec des hausses de prix de 100 à 200% pour les produits non subventionnés comme les pièces détachées. Certes, le marché pour certains produits ce mois de mars 2024 est approvisionné, car l’important n’est pas la disponibilité mais sa corrélation avec le pouvoir d’achat de la majorité des citoyens (voir notre interview à l’hebdomadaire internationale Le Point Paris France et à la revue Financial Afrik mars 2024). Cette situation est comparable à celle d’un ménage qui réduit sa consommation mais, connaît de nombreuses maladies. Allons faire le marché et interviewez, loin des bureaux climatisés de nos bureaucrates bon nombre de ménages ; aller visitez le système financier dans son ensemble ( banques, douanes, domaine, fiscalité), et demander la délivrance d’un livret foncier et c’est le calvaire pour le citoyen; aller faire un projet et c’est les interminables négociations pour obtenir le terrain viabilisée et le financement. Il faut éviter des promesses utopiques car la population se souvient, de tout et la non-concrétisation des promesses accélère la méfiance Etat/citoyens. Avec Internet le monde est devenu une maison de verre. Plusieurs Conseils des ministres avec des directives ont été consacrés à une meilleure maîtrise des dépenses et de suivi des projets et ce afin d’éviter, selon les données du Premier ministère reprises par l’APS fin 2021, tous ces assainissement répétés des entreprises publiques 250 milliards de dollars durant les trente dernières années) et les différentes réévaluations (entre 60/70 milliards de dollars durant les 10 dernières années) dont plus de 80% sont revenues à la case de départ qui constituent un gouffre financier. Qu’en est-il de l’application de ces directives du président de la République sur le terrain ? Certains ont affirmé entre 2022/2023 que l’exploitation du fer de Ghar Djebilet a commencé alors que les mêmes responsables annoncent en février 2023, que les infrastructures viennent seulement d’être lancées fin 2023 et comme rappelé par un communiqué de l’APS, la ligne de chemin de fer Gara Diebilet-Béchar demandera pour sa réalisation au minimum 36 mois sous réserve de la réduction pour sa commercialisation la haute teneur en phosphore, la ramenant de 0,8% à moins de 0,1% . Autre annonce en 2022, le tronçon du gazoduc Nigeria Europe Algérie est en voie de réalisation et brusquement on nous annonce en ce mois de février 2024, qu’il est toujours à l’étude (source APS) et que pour le projet de zinc/plomb, il ne sera pas opérationnel avant 2026. Où en sont les grands projets structurants qui devaient voir le jour en 2022, du port de Cherchell, de l’exploitation du phosphate de Tebessa : a-t-on signé des contrats fermes avec des partenaires étrangers, une lettre d’intention n’engageant nullement l’investisseur, ou ces projets sont-ils toujours à l’étude? Pris dans l’euphorie et épaulés par certains soi-disant experts organiques pour reprendre la formule du philosophe italien Gramsci, des responsables ont avancé 10 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures fin 2023, et 12/13 en 2024. Or, les statistiques douanières, donc officielles annoncent pour fin 2023 environ 5 milliards de dollars contre 7 en 2022. Et tant pour 7 que 5 milliards de dollars, sans il faut dresser la balance devises, soustraire le montant des subventions et des matières premières importées en devises. Par ailleurs, il y a lieu de ventiler la structure en valeur et en volume par produits de ces exportations où selon les statistiques de la douane 60 à 70% de ces exportations proviennent des dérivées d’hydrocarbures qui ont connu une flambée de prix au niveau international, représentant en additionnant les hydrocarbures brutes, semi brut et les dérivées 98% des entrées en devises du pays. Certains ayant déformé les propos du président de la République qui s’en est tenu à des orientations, ont avancé le doublement des exportations de gaz (100 milliards de mètres cubes gazeux) oubliant qu’en 2022, la consommation intérieure approche les exportations actuelles, où sur une production de 120 milliards de mètres cubes gazeux en 2023, 20% ont été réinjecté dans les puits pour éviter leur épuisement, 55% ont été exportés et 45% représentent la forte consommation intérieure renvoyant d’ailleurs à l’épineux problème des subventions.

2 – Tout projet doit montrer clairement la hiérarchie des objectifs, les résultats escomptés par secteur, ainsi que la portée, les indicateurs de performance, les indicateurs des objectifs et des échéanciers précis et enfin l’hypothèse de risques. Or, le contrôle de la qualité de gestion doit avoir pour finalité l’appréciation des conditions d’utilisation et de gestion des fonds gérés par les services de l’Etat ainsi que les établissements et organismes publics et l’évaluation des projets, programmes et politiques publiques. Souvent on constate l’absence de maîtrise dans la gestion des projets qui font l’objet de surcoûts et de réévaluations permanentes, d’où la faiblesse de l’impact de ces projets en termes de rentabilité et de retour sur investissements. Les déficiences observées dans le processus budgétaire et les goulets d’étranglement institutionnels ont entraîné systématiquement une mauvaise exécution des programmes d’investissement. Toutes ces insuffisances ont abouti à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans la réalisation. Parmi les carences importantes observées dans ce registre, le décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles, l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et celui de fonctionnement et les écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés. Ce qui témoigne de la faiblesse de la capacité d’exécution des organismes concernés. Les nombreuses faiblesses trouvent leur origine dans la faiblesse de la préparation technique du personnel d’exécution et la qualité des projets qui sont généralement faibles et inégales et le chevauchement des responsabilités entre les diverses autorités et parties prenantes. Pour s’adapter à la nouvelle configuration des relations internationales, l’action gouvernementale doit définir clairement les objectifs stratégiques. Il s’agit de se poser les bonnes questions : comment se pose le problème ? Quelles sont les contraintes externes (engagements internationaux de l’Algérie) ? Quelles sont les contraintes socioéconomiques, financières et techniques internes ? Quels sont les choix techniquement possibles et les ensembles de choix cohérents, et quelles sont les conséquences probables de ces choix ? Quelles méthodes de travail choisir qui permettent de déterminer les paramètres (moyen et long terme) et les variables (court terme) dont dépend un système complexe ? Après avoir décomposé la difficulté en éléments simples, il convient de se poser des questions et apporter des réponses opérationnelles, loin des théories abstraites, réalisations physiques et plan de financement sur chacun des éléments : Quoi ? Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ? Comment faire ? L’on devra distinguer dans la hiérarchisation les projets capitalistiques dont le seuil de rentabilité, si le projet est lancé en 2022, ne sera réalisable que dans 7/8 ans ‘à horizon, des projets moyennement capitalistiques, avec un seuil de rentabilité au bout de 4/5 années et des projets faiblement capitalistiques (PMI/PME) au bout de 2/3 années. L’on devra tenir compte des nouvelles mutations mondiales qui seront dominées par ce que Jacques Attali nomme les «industries de la vie» : la santé, l’alimentation, l’écologie, l’hygiène, l’éducation, la recherche, l’innovation, la sécurité, le commerce, l’information, la culture ; et bien d’autres, ces segments étant capables d’augmenter leur productivité, et donc d’améliorer sans cesse leur capacité de satisfaire la demande sociale nouvelle, fonction de nouveaux comportements. Il s’agit d’éviter la vision bureaucratique, de croire que l’élaboration de lois sont la seule solution alors que la solution durable est de s’attaquer aux blocages du fonctionnement de la société avec des actions concrètes sur le terrain loin des discours et promesses utopiques.

En conclusion, des organes techniques ont peu d’efficacité sans une mobilisation et participation citoyenne (voir contribution internationale du Pr Abderrahmane Mebtoul Financial Afrik 18/03/2024, analyse du rapport annuel du 13 mars 2024, sur le Développement Humain 2023-2024, sortir de l’impasse : repenser la coopération dans un monde polarisé). Le manque de planification stratégique, collant avec les aspirations de la société, fonction d’un système d’information fiable en temps réel, peut occasionner à l’Etat des pertes qui peuvent se chiffrer en dizaines de milliards de dollars, tout en favorisant la mauvaise gestion et la corruption. Il s’agit de ne pas confondre le tout-Etat, solution de facilité des bureaucrates en panne d’imagination, avec l’importance de l’Etat régulateur stratégique en économie de marché, mais qui suppose un degré de compétences élevés pour réguler, en ce monde en perpétuel mouvement et dont les effets des tensions géostratégiques actuelles augurent de profonds bouleversements entre 2024 et 2030.

Professeur des universités, expert international docteur d’Etat – Abderrahmane MEBTOUL

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