Par Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des universités, expert international
Le conflit USA-Israël-Iran provoque une forte volatilité, avec une hausse du baril de Brent et du gaz qui menace l’économie mondiale via la hausse des carburants et des factures d’importation et surtout a montré l’importance du détroit d’Ormuz dont l’impact a été sous estimé par les stratèges américains.
Devant tenir compte des tensions qui ont perturbé le trafic en mer Rouge, par où transite 12 % du commerce mondial de marchandises, une voie de transit qui concentre 30 % du trafic mondial de conteneurs et environ 8 % de produits pétroliers, faisant augmenter le coût du transport maritime de 15 à 20 %, le conflit USA -Israël-Iran a montré l’importance du détroit d’Ormuz contrôlé par l’Iran constituant l’une des principales voies de navigation connectant les pays pétroliers du Moyen-Orient avec les marchés asiatiques, européens et nord-américains, et l’idée de canalisations pour le contourner exigerait un investissement colossal. La fermeture du détroit d’Ormuz a donc affecté le transit du gaz et du pétrole, qui constitue la « porte de sortie » du pétrole de la région du Golfe, qui compte 5 des 10 plus gros producteurs de pétrole au monde localisés au Moyen-Orient où plus de 20/25 % selon les périodes des produits pétroliers y transitent. Ce détroit est situé au sud-est de Bandar Abbas, les pays frontaliers étant au nord l’Iran, et au sud-est les Émirats arabes unis, depuis Jazirah al Hammra, suivis du sultanat d’Oman. D’une largeur d’une trentaine de milles marins (55 km), le détroit comprend deux couloirs de navigation de deux milles (3,5 km) de large chacun, l’un montant, l’autre descendant. Les couloirs de navigation sont séparés par un couloir tampon de deux milles, bien que ces rails de navigation soient considérés comme étroits pour les supertankers, les porte-conteneurs ainsi que pour les méthaniers géants contemporains. Avec Gibraltar, le Bosphore, Malacca et le canal de Suez, il est l’un des grands détroits de la planète. Situé sur une très ancienne route commerciale entre l’Asie, la Méditerranée et l’Europe, il permet le passage du Golfe Persique au golfe d’Oman, puis à la mer d’Arabie et à l’océan Indien. Certes l’OPEP 33% de la production mondiale avec la dominance de l’Arabie Saoudite et l’OPEP+ environ 50% de la production mondiale avec la dominance de la Russie a décidé de relever sa production de pétrole de 206 000 barils par jour à partir de mai 2026, marquant une reprise de l’augmentation progressive des quotas malgré les incertitudes du marché., dans un contexte de tensions extrêmes , cette hausse, visant à compenser les perturbations liées au Moyen-Orient. Mais l’impact a été relativement faible montrant que la décision de l’OPEP+ illustre les limites des politiques de production face aux crises géopolitiques laissant planer un risque durable sur les marchés énergétiques mondiaux Pour preuve après la trêve décidée le 08 avril 2026 pour 15 jours devant permettre l’ouverture du détroit d’Ormuz et la fin des frappes, entre l’Iran et les USA le cours du pétrole n’a perdu entre 10/15 dollars étant coté le 10 avril 2h gmt à 96,71 dollars le Brent, fluctuant avant l’accord entre 105/110 dollars, restant à un niveau relativement élevée et ne baissera que s’il y a un accord définitif, idem impact relativement faible sur le mégawatt heure du gaz où le conflit Iran-USA-Israël a provoqué une forte hausse des cours du gaz, le TTF européen dépassant les 60-70 €/MWh contre ~35 € avant la crise, en raison du blocage du détroit d’Ormuz. C’est que ce conflit a engendré une hausse des taux d’inflation avec pour conséquence un durcissement des conditions financières mondiales dont le relèvement des taux d’intérêts qui a d’ailleurs accru l’endettement de bon nombre de pays en voie de développement et ont eu un impact négatif sur le taux de croissance, avec des perturbations des chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, la rupture des chaînes d’approvisionnement venant du Moyen Orient principal réserves mondiales explique les tensions actuelles. Sur une production mondiale de pétrole brut, condensats et liquides en hausse d’environ 2 à 3 % par rapport à 2024, ressortant à 4,92 milliards de tonnes en 2025 et une consommation mondiale de pétrole d’environ 104/105 millions de barils/j et une consommation mondiale de gaz naturel d’ environ 4 286 milliards de mètres cubes en 2025, les principales réserves rentables si on excepte au niveau mondial la Russie et les USA qui sont devenus les premiers producteurs d’hydrocarbures grade au pétrole-gaz de schiste, sont au Moyen Orient qui selon le magazine Oil & Gas Journal exprimées en milliards de barils sont : Arabie Saoudite : 267,19 milliards de barils, Iran 200 milliards de barils , l’Irak : 145,01 milliards de barils, Émirats arabes unis : 113 milliards de barils, Koweït : 101,5 milliards de barils, Qatar : 25,24 milliards de barils, Sultanat d’Oman : 4,90 milliards de barils, Égypte : 3,30 milliards de barils Oman 5,7 milliards de barils et le Yémen : 3,00 milliards de barils. Pour le gaz les réserves des pays du Moyen-Orient, données réactualisées sont l’Iran 32100 milliards de mètres cubes gazeux, le Qatar 24700, l’Arabie Saoudite 6000,Emiraties 5900, l’Irak 3500 Egypte 2200, Oman 700 Les analystes estiment que l’augmentation réelle de l’offre de l’OPEP+ essentiellement de la Russie non dépendante du détroit d’Ormuz , sera inférieure aux nouveaux quotas en raison de la situation géopolitique et des capacités de production limitées de certains membres et que l’ouverture du détroit d’Ormuz et accessoirement l’atténuation des tensions en mer rouge sont la seule solution durable pour éviter un choc à l’économie mondiale . A terme, en cas de résolution du conflit Russie-Ukraine , la Russie, en plus du gaz américain selon les récents accords, pourrait accroitre ses exportations nouveau , les canalisations opérationnelles South Stream, le North Stream 1 et le North Stream 2 ayant une capacité avoisinant 150 milliards de mètres cubes gazeux. Mais n’oublions pas l’Afrique proche de l’Europe qui peut suppléer partiellement au déficit de l’offre des hydrocarbures Nous avons pour le pétrole la Libye 48,36 milliards de barils, l’Algérie , 11/12 milliards de baril, le Nigeria 37 milliards de barils, l’Angola 7,78 , le Soudan 5 et le Sénégal 2,5 milliards de barils Pour le gaz les réserves des pays, Algérie 2450, la Libye 1500, le Nigeria 5500 , le Mozambique 4500 et récemment le couple Sénégal/Mauritanie projet grand Tortue. Dans le contexte des tensions USA-Iran début 2026, les producteurs africains de pétrole et de gaz en fonction de leur consommation intérieure qui est souvent élevé comme en Algérie du fait des subventions, approchant les 50% , peuvent contribuer pour une faible part à stabiliser le marché mondial en augmentant leurs exportations notamment vers l’Europe offrent une alternative de court terme , loin du détroit d’Ormuz, permettant de compenser une partie des ruptures d’approvisionnement . En conclusion , sans une paix durable au Moyen Orient, évitant la destruction tant des centres énergétiques que du dessalement de l’eau de mer vital pour la région, et l’ouverture du détroit d’Ormuz , il ne faut pas s’attendre à une accalmie des cours d’hydrocarbures pétrole et gaz, étant souhaitable pour la reprise de la croissance de l’économie mondiale un cours fluctuant de pétrole référence Brent, entre 65/70 dollars et entre 30/40 dollars le mégawattheure de gaz . La non résolution du conflit entraînera forcément une récession de l’économie mondiale avec une hausse de l’inflation( stagflation) , affectant tous les pays et surtout les plus vulnérables notamment en Afrique, mais y compris les trois premières puissances économiques mondiales à savoir les USA, l’Europe et la Chine représentant en 2025( source FMI) environ 70% du PIB mondial.
A.M






