Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a mis en avant l’importance stratégique de la mise en place d’un environnement numérique hautement résilient afin de faire face aux nouvelles formes de menaces informationnelles, notamment celles liées à la guerre cognitive. Dans une contribution publiée mardi dans les colonnes du quotidien Le Soir d’Algérie, intitulée « La guerre cognitive, vecteur de déstabilisation mentale d’une société », il souligne la nécessité pour l’Algérie de renforcer ses capacités afin de produire des contenus locaux capables de répondre aux attentes et aux aspirations de la jeunesse.
Le ministre explique que, contrairement aux conflits traditionnels visant l’occupation ou le contrôle d’un territoire, la guerre cognitive repose essentiellement sur l’instrumentalisation de l’opinion publique. Cette stratégie s’appuie sur des actions hostiles destinées à désorganiser mentalement une société. Elle mobilise massivement des outils technologiques tels que l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux ou encore les « deepfakes », utilisés pour manipuler l’information, propager la désinformation et fragiliser la confiance des citoyens envers eux-mêmes et envers leurs institutions. Dans ce contexte, Kamel Baddari insiste sur l’impératif de protéger la jeunesse, les infrastructures et l’économie nationale contre les États ou les individus malveillants qui exploitent ces technologies pour influencer l’opinion publique. Selon lui, ces pratiques visent également à diffuser des informations trompeuses et à affaiblir le moral des jeunes, souvent peu conscients des risques liés à certaines utilisations des plateformes numériques. Le ministre relève également que les réseaux sociaux constituent aujourd’hui un levier privilégié pour les acteurs hostiles à l’Algérie, leur permettant d’agir de manière plus discrète afin d’orienter ou de façonner l’opinion publique. Il souligne que ces stratégies s’appuient notamment sur l’instrumentalisation de l’histoire nationale et de l’identité collective, utilisées comme ressorts émotionnels pour diviser les populations et remettre en cause les fondements de la mémoire nationale. Selon lui, la question identitaire est parfois exploitée comme un outil de mobilisation émotionnelle fondé sur des repères de division réinventés dans le but d’opposer les populations des différentes régions du pays. Cette instrumentalisation peut également viser à jeter le discrédit sur l’histoire de la glorieuse guerre de libération nationale, tandis que la banalisation de discours empreints de violence contribue à favoriser une critique destructrice susceptible d’affaiblir la cohésion sociale. Face à ces défis, Kamel Baddari estime que la réponse doit passer par la construction d’un environnement numérique hautement résilient. Dans un tel cadre, explique-t-il, la guerre cognitive ne doit être ni tolérée ni banalisée. Il appelle ainsi à l’instauration d’une culture collective de vigilance où la société dans son ensemble refuse cette forme de violence informationnelle et participe activement à sa prévention. Le ministre plaide également pour la mise en place d’une veille cognitive nationale permettant d’anticiper les menaces plutôt que d’y réagir après coup. Cette approche suppose, selon lui, un renforcement de la coopération intersectorielle au niveau national ainsi qu’une coopération internationale avec des pays partenaires jugés fiables. Celle-ci pourrait se traduire par des mécanismes de partage d’informations, des programmes de formation conjoints et l’organisation d’exercices de simulation afin d’améliorer la capacité de réaction face aux attaques informationnelles. Enfin, Kamel Baddari souligne que l’enjeu pour l’Algérie ne se limite pas à se défendre contre ces nouvelles formes de conflit. Il estime que le pays dispose des capacités nécessaires pour construire une société cognitivement souveraine. À ce titre, il appelle à investir davantage dans la résilience cognitive afin de préparer le pays aux conflits du futur, de renforcer l’unité nationale et de sécuriser le développement à long terme.
Sonia Stambouli






