Face aux profondes mutations mondiales et à la concurrence internationale: Quelle politique industrielle pour l’Algérie, à l’horizon 2023/2025/2030 ?

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L’émergence d’une économie et d’une société mondialisée s’orientent avec les profonds bouleversements géostratégiques, sociaux, culturels et économiques avec le poids des BRICS et leur élargissement, nous orientant vers un monde multipolaire préfigurent une nouvelle architecture des relations internationales et donc de revoir les institutions internationales héritées de l’après-guerre. Gouverner c’est prévoir, ces transformations auront un impact sur toutes les filières, rendant urgente, la nécessité des Etats-nations à faire face à ces bouleversements.

1 – Ce n’est plus le temps où la richesse d’une Nation s’identifie aux grandes firmes des Nations, les grandes firmes ayant été calquées sur l’organisation militaire et ayant été décrites dans les mêmes termes : chaîne de commandement, classification des emplois, portée du contrôle avec leurs chefs, procédures opératoires et standards pour guider tous les dossiers. Tous les emplois étaient définis à l’avance par des règles et des responsabilités pré-établies. Comme dans la hiérarchie militaire les organigrammes déterminent les hiérarchies internes et une grande importance était accordée à la permanence du contrôle, la discipline et l’obéissance. Cette rigueur était indispensable afin de mettre en œuvre les plans avec exactitude pour bénéficier des économies d’échelle dans la production de masse et pour assurer un contrôle strict des prix sur le marché. Comme dans le fonctionnement de l’armée, la planification stratégique demandait une décision sur l’endroit où vous voulez aller, un suivi par un plan pour mobiliser les ressources et les troupes pour y arriver. A l’ère mécanique totalement dépassée, la production était guidée par des objectifs préétablis et les ventes par des quotas déterminés à l’avance. Les innovations n’étaient pas introduites par petits progrès, mais par des sauts technologiques du fait de la rigidité de l’organisation. Au sommet, de vastes bureaucraties occupaient le rectangle de l’organigramme, au milieu des cadres moyens et en bas les ouvriers. L’enseignement, du primaire au supérieur en passant par le secondaire, n’était que le reflet de ce processus, les ordres étant transmis par la hiérarchie, les écoles et universités de grandes tailles pour favoriser également les économies d’échelle. Actuellement une nouvelle organisation est en train de s’opérer montrant les limites de l’ancienne organisation avec l’émergence d’une dynamique nouvelle des secteurs afin de s’adapter à la nouvelle configuration mondiale. Nous assistons au passage successif de l’organisation dite tayloriste marquée par une intégration poussée, à l’organisation divisionnelle, puis matricielle qui sont des organisations intermédiaires et enfin à l’organisation récente en réseaux où la firme concentre son management stratégique sur trois segments : la recherche développement (cœur de la valeur ajoutée), le marketing et la communication et sous traite l’ensemble des autres composants. Et ce, avec des organisations de plus en plus oligopolistiques, quelques firmes contrôlant la production, la finance et la commercialisation tissant des réseaux comme une toile d’araignée. Les firmes ne sont plus nationales, même celles dites petites et moyennes entreprises reliées par des réseaux de sous traitants aux grandes. Les firmes prospères sont passées de la production de masse à la production personnalisée (Le Pr Reich ex secrétaire d’Etat US). Ainsi, les grandes firmes n’exportent plus seulement leurs produits mais leur méthode de marketing, leur savoir-faire sous formes d’usines, de points de vente et de publicité. Parallèlement à mesure de l’insertion dans la division internationale du travail, la manipulation de symboles dans les domaines juridiques et financiers s’accroît proportionnellement à cette production personnalisée. Indépendamment du classement officiel de l’emploi, la position compétitive réelle dans l’économie mondiale dépend de la fonction que l’on exerce. Au fur et à mesure que les coûts de transport baissent, les produits standards et de l’information qui les concernent, la marge de profit sur la production se rétrécit en raison de l’absence de barrières à l’entrée. En ce XXIe siècle, la production standardisée se dirige inéluctablement là où le travail, le moins cher, le plus accessible et surtout bien formé, où la qualification devient un facteur déterminant… Les emplois dans la production courante tendent à disparaître comme les agents de maîtrise et d’encadrement impliquant une mobilité des travailleurs, la généralisation de l’emploi temporaire, et donc une flexibilité permanente du marché du travail avec des recyclages de formation permanents étant appelés à l’avenir à changer plusieurs fois d’emplois dans notre vie. Ainsi, apparaissent en force d’autres emplois dont la percée des producteurs de symboles dont la valeur conceptuelle est plus élevée par rapport à la valeur ajoutée tirée des économies d’échelle classiques, remettant en cause les anciennes théories et politiques économiques héritées de l’époque de l’ère mécanique comme l’ancienne politique des industries industrialisantes calquée sur le modèle de l’ancien empire soviétique alors que le XXIe siècle est caractérisée par la dynamisme des grandes firmes mais surtout les PMI/PME consacrant un budget à la recherche développement, reliés en réseaux à ces grandes firmes. Les expériences allemandes et japonaises, chacune tenant compte de son anthropologie culturelle, est intéressante à étudier, se fondant sur un partenariat, grandes firmes/PME/PME. Avec la prédominance des services qui ont un caractère de plus en plus marchand contribuant à l’accroissement de la valeur ajoutée, la firme se transforme en réseau mondial, étant impossible de distinguer les individus concernés par leurs activités, qui deviennent un groupe diffus, répartis dans ce village mondial, dominé par des réseaux croisés consommateurs/producteurs, transformant le système d’organisation à tous les niveaux.

2 – Les nouvelles mutations mondiales ont un impact militaire, sécuritaire et sur la gestions des institutions, des entreprises et sur nos comportements. Les contraintes internationales sont là, la majorité des filières connaissant des restructurations, des fusions et des délocalisations des grands groupes, avec des capacités de production élevées. Je prendrai un exemple, mais qui peut être étendu à d’autres filières stratégiques étant un marché oligopolistique où quelques firmes contrôlent les circuits internationaux. Celui de l’industrie pharmaceutique inséparable des nouvelles mutations. Nous avons les effets de l’environnement ayant une influence sur le système de santé. Les agressions de la nature et les inquiétudes vis-à-vis de l’avenir, notamment de trouver un travail pour les enfants, les divorces la détérioration du pouvoir d’achat, les contritions de logements, d’hygiène, la mal-vie et l’éclatement de la cellule familiale, qui servait de tampon social, tout cela engendrant des angoisses et des névroses avec des effets psycho-sociologiques et donc des traitements spécifiques nécessitant une médecine et des médicaments adaptés. Au niveau des sociétés, nous avons le développement de l’alcool avec une influence sur le développement de nombreuses pathologies, cancers, maladies cardiovasculaires et digestives, maladies du système nerveux et troubles psychiques, de la drogue où l’économie des drogues représenterait un marché de 400 à 500 milliards de dollars par an avec des effets sur la santé : dépression respiratoire, intoxication, contamination, surdose, vulnérabilité psychique ou physique. Nous avons l’impact du réchauffement climatique avec la pollution : acidification de l’air, formation d’ozone troposphérique, appauvrissement de la couche d’ozone, particules et les effets respiratoires des substances inorganiques. Selon différents rapports de l’ONU, entre 2030 et 2050, le coût des dommages directs pour la santé (à l’exclusion des coûts dans des secteurs déterminants pour la santé tels que l’agriculture et l’eau et l’assainissement) se situeront entre 2 et 4 milliards de dollars US par an d’ici à 2030, coût impossible à supporter pour les surtout les plus vulnérables. Les dix plus grands laboratoires sont les suivants par ordre décroissant . – Pfizer (USA) : 100,0 milliards de dollars ; Johnson & Johnson (USA) : 95,0 milliards de dollars – Roche (Suisse) : 63,3 milliards de francs suisses – Merck & Co (USA) : 59,3 milliards de dollars — AbbVie (USA) : 58,1 milliards de dollars — Novartis (Suisse) : 50,5 milliards de dollars – Bristol-Myers Squibb (USA) : 46,2 milliards de dollars – Sanofi (France) : 42,3 milliards d’euros – Astra-Zeneca (Royaume-Uni) : 44,3 milliards de dollars – GSK (UK) : 29,3 milliards de livres (pounds). Nous avons d’autres grands laboratoires pharmaceutiques globaux comme Takeda Pharmaceutical (Japon), Eli Lilly (28,5 milliards de dollars en 2022 et certains grands laboratoires pharmaceutiques chinois (ex-Sinopharm) actifs surtout dans les vaccins pourraient intégrer cette liste. Selon l’OMC dans un rapport en date du 19 juillet 2022, pour l’année 2021, le total des importations et des exportations de produits médicaux au niveau mondial, qui était évalué à 2028 milliards de dollars en 2019, est passé à 2654 milliards de dollars en 2021, avec un taux de croissance annuel de 14,4%. Replacé dans le contexte mondial, les États-Unis et la Chine sont les deux plus grands marchés pharmaceutiques du monde, représentant respectivement 38,3% et 17,5% du marché mondial. Le marché nord-américain reste le plus important avec 47,2 % des ventes mondiales, loin devant le marché européen, qui réalise 24,5 % de parts de marché. Le marché du médicament est dominé de très loin par les États-Unis (45 % des ventes mondiales), devant la Chine (8,3 %), le Japon (7,8 %), l’Allemagne (7,8 %) et la France (3,7 %). La région MENA avec 27 Mds de $US représente à peine 2,1% de part du marché mondial. L’épidémie de Covid-19 a mis en lumière la dépendance de l’industrie pharmaceutique de nombreux pays vis- à -vis de ses fournisseurs chinois et indiens, qui produisent 60 à 80% des principes actifs pour des traitements aussi vitaux que les antibiotiques, les anticancéreux et les vaccins. Cependant, la mondialisation peut avoir des effets pervers. Concernant cette filière. Une étude du World Economic Forum estime que le chiffre d’affaires mondial des faux médicaments représente 10 à 15% du marché pharmaceutique, soit 100 à 150, voire 200 milliards de dollars. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que 10 à 15% des médicaments qui circulent dans le monde sont des médicaments falsifiés y compris les psychotropes fabriqués dans des laboratoires clandestins, qui mettent en danger la santé. Selon Interpol, le trafic de médicaments est jusqu’à dix à vingt fois plus lucratif que celui d’héroïne. Selon une étude du Forum économique mondial, les médicaments contrefaits génèrent 120 à 160 milliards d’euros chaque année, qui a triplé en l’espace de 5 ans, de 10 à 15 % du marché pharmaceutique mondial, où un investissement de 1.000 dollars peut rapporter jusqu’à 500.000 dollars. En conclusion, dans le cadre de la politique industrielle de l’Algérie 20323/2025/2030, afin d’éviter des pertes pour le pays qui peuvent se chiffrer en dizaines de milliards de dollars, il y a urgence d’ une vision stratégique tenant compte des nouvelles mutations mondiales des nouvelles filières qui se fondent sur la transition numérique et énergétique devant réaliser un taux de croissance de 8/9% 2,6% en 2023, selon le FMI) pour absorber un flux additionnel de demande d’emplois qui s’ajoute au taux de chômage actuel entre 350 000/400 000/an. L’on devra éviter les mythes culturels du passé de continuer à renflouer les entreprise structurellement déficitaires, sans impacts (250 milliards de dollars d’assainissement durant les trente dernières années selon un rapport du premier ministère) en économie le temps ne se rattrapant, jamais, un projet réalisé en TO, sa rentabilité pour les PME-PMI sera dans deux trois ans en 2025 et pour les grands projets entre 5/7 ans. Avant tout lancement d’un projet s’impose une étude de rentabilité précise, afin d’être concurrentiel au niveau international le taux d’intégration progressif fonction des avantages financiers et fiscaux accordés, d’établir la balance devises, et son impact sur l’emploi où avec les nouvelles technologies (tours numériques), certaines unités requièrent un niveau de qualification élevé et sont peu créatrices d’emplois. Dans la pratique des affaires n’existant pas de sentiments, pour pouvoir exporter, il faut d’abord produire à un coût compétitif et le continent le plus difficile à pénétrer contrairement à certains slogans du fait de la forte concurrence internationale (Chine, USA, Europe, pays émergents) est l’Afrique. Les défis de l’Algérie entre 2023/2025/2030 seront de passer à un niveau d’organisation pour s’imposer également sur les marchés extérieurs où en 2022 et certainement pour 2023, les recettes en devises de l’Algérie proviennent à 98% de Sonatrach, y compris les dérivés inclus à 60% dans rubrique hors hydrocarbures (voir notre interview Radio Algérie Internationale du 8 mai 2023). Car la bonne gouvernance et le savoir sont le fondement du développement des Nations, devant développer les industries de l’avenir, les industries de la vie pour reprendre l’expression de Jacques Attali.

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