ÉVOCATION: « SAOUT EL DJAZAIR »… 16 DECEMBRE 1956, 20H

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photo prise le 10 mai 1962 à Alger d'Algériens écoutant à la radio un discours du GPRA (GPRA, Gouvernement Provisoire de la République Algérienne), pendant la guerre d'Algérie, après la signature des accords d'Evian, alors que l'OAS poursuit sa politique de la terre brûlée. // Picture taken 10 May 1962 in Algiers of Algerians listening to the radio a speech of the G.P.R.A. (Photo by STF / AFP)

Par Belkacem Ahcene- Djaballah

LA NAISSANCE

Selon Lamine Bechichi, c’est au mois d’octobre 1956 que la décision de créer une radio a été prise. Il fallait acquérir des équipements. Et, c’est grâce à Messaoud Zeggar, qui maîtrisait la langue anglaise que le matériel a été acquis auprès des Américains.  La première radio clandestine, durant la guerre de libération nationale, a émis, pour la première fois, le jeudi 16 décembre 1956 à 20 heures avec l’annonce suivante: « Ici, la radio de l’Algérie libre et combattante. La voix du Front de libération nationale et de l’Armée nationale s’adresse à vous de l’Algérie ». Une annonce lue en arabe, en tamazight et en français.

Cette radio qui émettait du Nador (Maroc), était, en fait, un camion qui se déplaçait d’un endroit à un autre de crainte d’être découvert par l’ennemi. Elle émettait deux heures par jour, en arabe, en tamazight ,en français et en arabe dialectal à raison d’une demi-heure pour chaque langue.

« Saout el Djazair »(La voix de l’Algérie) avait, au début, axé ses programmes sur la propagande. Elle s’est ensuite intéressée aux commentaires des radios et de la presse étrangère. Les chants patriotiques étaient rares. La radio ne diffusait que la chanson de Ahmed Wahbi, « Ya Djazair », écrite par Aissa Messaoudi et la chanson du tunisien Ali Riyahi « Chad Essaif ».

La radio a cessé d’émettre en septembre 1957. Deux années plus tard, le 2 juillet 1959, la radio refait son apparition , en arabe, en français et en kabyle, émettant du même endroit , mais dans de bien meilleures conditions disposant cette fois d’un studio fixe et d’appareils de transmission régies par Abderrahmane Laghouati (futur Dg de la Rta après l’Indépendance ). Elle a pour slogan « Voix de l’Algérie combattante » en arabe ( « Sawt El Djazair al Moukahfiha ») ou bien « La voix du Front de Libération nationale s’adresse à vous, du coeur de l’Algérie » . L’inauguration a été faite par M’hamed Yazid et Sâad Dahleb.

Cette période est caractérisée par l’émergence d’une « voix », symbole de la Révolution algérienne, celle de Aissa Messaoudi  , devenu , en peu de temps , une légende tant sa voix et ses propos constituaient « une arme plus forte que l’arsenal militaire mis en branle par la caste coloniale » (Franz Fanon, An V de la Révolution algérienne) .

Le premier émetteur, d’une faible capacité, pas plus de 300 watts, fut détruit par l’armée française. On put acquérir deux appareils de transmission de 15 000 watts chacun, mais non appropriés à la diffusion radiophonique car appartenant aux Marines américains, ce qui amena Abderrahmane Laghouati à les modifier à Casablanca (Maroc) et à les transporter au siège de la radio clandestine , à Nador.

Laghouati et les 25 techniciens qu’il a formés, ont pris en main, par la suite, le fonctionnement de la radio -télévision algérienne au lendemain de l’Indépendance, le 28 octobre 1962, au moment où la France espérait continuer sa présence par le biais de ses propres techniciens

MESSAOUDI AISSA,  LA VOIX

Aïssa Messaoudi, un timbre d’une incroyable force qui ne laissait personne indifférent. Une voix dont les mots étaient ciselés par le feu de la guerre de Libération nationale. Une voix d’une telle puissance qu’on s’attendait à ce qu’elle fasse exploser les rochers.

Il est né à Oran le 12 mai 1931. Il apprend l’arabe et une façon originale de l’exprimer dont la seule école possible à l’époque pour les familles pauvres et rurales : l’école coranique. Il part, ensuite, à Tunis et continue ses études à l’université  Zitouna où il obtient al-tah‘çil (équivalent du baccalauréat). Houari Boumediène dira, un jour, à propos de cette voix exceptionnelle qu’elle « était la moitié de la Révolution » !!

 Aissa Messaoudi intègre le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et devient vite un membre actif. En 1956, il est nommé président de l’Union des étudiants algériens à Tunis et exerce les fonctions de commentateur et journaliste à Sawt El Djazaïr (la voix de l’Algérie) à la Radio de Tunis, puis à la Radio du Nador au Maroc le 12 juillet 1959, pour être transféré à Sawt El-Djazaïr el moukafiha (Voix de l’Algérie libre combattante), à la suite de son affectation dans l’appareil de transmissions relevant de l’Armée nationale populaire.

Deux ans à peine après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, le 20 août 1956, le congrès de la Soummam intègre l’information comme un élément structurant de la Révolution. Résistance algérienne en 1955, El Moudjahid en 1956, la radio Saout El Djazair al moukafiha (la Voix de l’Algérie combattante), l’agence de presse, le cinéma, le théâtre… Tous ces supports ont joué un rôle historique… Sur les ondes, la guerre était aussi stratégique que celle sur le terrain des opérations. En décembre 1956, une radio locale mobile, émettant à partir des maquis de l’intérieur à l’Ouest (près de la frontière algéro-marocaine), a commencé à diffuser ses premiers programmes. La radio Sawt el arab émettait depuis Le Caire, à raison de trois émissions hebdomadaires, avec le concours des radios des pays arabes. Aïssa Messaoudi était sa voix de légende. Ses émissions avaient un tel impact sur le moral des moudjahidine et de la population algérienne que le Président Houari Boumediène considérait ce journaliste comme étant « la moitié de la Révolution ». Il fallait exploser la barrière des ondes. Sawt El Djazair el hourra el moukafiha » (La Voix de l’Algérie libre et combattante) sera ce moyen. Le 16 décembre 1956 sur les frontières Ouest de l’Algérie, une radio locale mobile a été créée aux frontières ouest, avec comme slogan : « Ici la Radio de l’Algérie libre. Les programmes de cette radio comportaient des informations sur les combats menés par les moudjahidine, des commentaires politiques et militaires et des chants patriotiques. Au début, les radios des pays arabes (tunisienne et égyptienne) et des pays de l’Europe de l’Est fournissaient le support. Dans ce contexte, la radio Sawt al arab (la Voix des Arabes) au Caire, consacrait trois émissions hebdomadaires à l’Algérie, diffusées dans les deux langues arabe et française.  La radio tunisienne avait, quant à elle, programmé une émission tunisienne intitulée « Ici la voix de l’Algérie sœur combattante » diffusée trois fois par semaine. Il y avait tout un réseau de radios à travers plusieurs villes.

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