Dominance de la sphère informelle, évolution de la cotation du dinar sur le marché officiel et sur le marché parallèle

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1-Evolution du cours officiel du dinar algérien  de 2001 à mars  2024

Le cours officiel est passé (cours achat) en 1970 à 4,94 dinars 1 dollar, en 1980 à 5,03 dinars 1 dollar ; 2001   77, 26 dinars 1 dollar et 69,20 dinars un 1 euro- 2005,  73,36 dinars 1 dollar et 91,32 dinars 1 euro- 2010  74,31 dinars 1 dollar et 103,49 dinars 1 euro -2015 , 100,46 dinars 1 dollar et 111,44 dinars 1 euro- 2016 , 100,46 dinars 1 dollar et 111,44 dinars 1 euro -2017,  110,96 dinars  1 dollar et 125,31 dinars 1 euro – 2018,  116,62 dinars 1 dollar et 137,69 dinars 1 euro – 2019,  119,36 dinars 1 dollar et 133,71 dinars 1 euro – 2020, 128,31 dinars 1 dollar et 161,85 dinars 1 euro – 2021 , 134,03 dinars 1 dollar et 157,80 un euro- 2022, 140, 24 pour 1 dollar et 139,30, un dinar pour 1 euro( 2023,  du 21 au 25 septembre 2023 à 137,0471 dinars 1 dollar et 146,2567 –  2024 change 12 mars 2024 ; USD, 134.3632 ; EUR, 146.8993 ; GBP, 172.0510 ; JPY, 91.2143,  le dollar canadien s’achète à 99.61 dinars algériens et se vend à 99.66 dinars algériens. En outre, la livre sterling présente un taux d’achat de 172.47 dinars algériens et un taux de vente de 172.51 dinars algérien La dépréciation officielle du dinar outre son impact inflationniste, 85% des matières premières et équipements des entreprises publiques et   privées  étant importés, le taux d’intégration ne dépassant pas 15% en 2023, permet d’atténuer le déficit budgétaire qui pour le FMI  en référence à la loi de finances 2023, l’Algérie a besoin d’un baril de pétrole à près de 149,2 dollars pour assure cet équilibre selon les données du rapport du FMI d’octobre 2022 contre 135 dollars pour l’exercice 2020/2021 et 100/109 pour l’exercice 2019/2020. Pour la loi de 2024, le budget de l’Etat prévoit  des dépenses à 15.275,28 milliards DA en 2024  et des recettes de 9.105,3 milliards de DA, soit un le déficit budgétaire d’environ  46 milliards de dollars.  En effet, du fait de la baisse des recettes de Sonatrach par rapport à 2022, qui ont été de 60 milliards de dollars pour un cours moyen de 106 dollars le baril et 16 dollars le MBTU pour le gaz, avec une moyenne de 80 dollars pour l’année 2023 et 11/12 dollars le MBTU les recettes de Sonatrach devraient se situer à environ 50 milliards de dollars et en incluant les exportations hors hydrocarbures d’environ 5 milliards de dollars contre 7 en 2022, nous aurons une recette totale d’exportation d’environ 55 milliards de dollars( 67% provenant des dérivées d’hydrocarbures- (source statistiques douanières)  Cette dépréciation  du dinar  officiel  d’augmenter artificiellement la fiscalité des hydrocarbures (reconversion des exportations d’hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire (via les importations tant en dollars qu’en euros convertis en dinar dévalué), cette dernière accentuant l’inflation des produits importés (équipements), matières premières, biens, montant accentué par la taxe douanière s’appliquant à la valeur du dinar, supportée, en fin de parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l’entreprise ne pouvant supporter ces mesures que si elle améliore sa productivité.

Dominance de la sphère informelle et cours du dinar sur le marché parallèle

Sur le marché parallèle, sur le marché parallèle, durant l’année 2011, il avait atteint une moyenne de 135 dinars 1 euro et  le 8 octobre 2022, la cotation est de 209 dinars  1 euro. Le  22 septembre 2022, l’euro s’échangeait à 227 dinars à l’achat et 229 dinars à la vente, le dollar américain à 210 dinars à l’achat et 212 dinars à la vente, soit un écart entre l’officiel et  le parallèle de près de 57%, une des raison des surfacturations avec certains étrangers et des transferts illicites hors des frontières des produits subventionnés  Le   07 mars 2024, Us, dollars Canadiens et livre sterling,  les taux affichés de Square Port Said à Alger sont les suivants :  euro achat 238 dinars un euro, vente 240 dinars un euro-218 dinars un dollar américain  achat, vente 220 dinars – 159 dinars un dollar canadien achat, ente 161 dinars -livre sterling 273 dinars  achat et 275 dinars vente.  Le 12 mars 2024, la monnaie continue  sa dépréciation puisque  un euro s’échange à 241,5 dinars vente  au niveau du Square Port Said à Alger  et  un  dollar   à 223 dinars.  Pour la Banque d‘Algérie dans sa note de conjoncture de février 2024 indique que la circulation fiduciaire hors banques représente 33,35% de la masse monétaire globale en Algérie, soit quelque 7395 milliards de dinars à fin septembre 2022, contre 6712 milliards de dinars à fin décembre 2021, au cours de 137 dinars un dollar   53,98milliards de dollars,  reflétant un état de sous-bancarisation où des entrepreneurs, gros commerçants , ménages et autres intermédiaires préfèrent le cash pour moins de traçabilité et surtout pour mieux échapper au fisc alors que dans les pays développés les plus bancarisés, la part de la circulation fiduciaire ne dépasse guère les seuils de 4 à 5% de la masse monétaire globale . Le  marché informel dans le commerce dominant  fait  que  bon nombre de produits non subventionnées ont tendance à s’aligner sur le cours du marché parallèle  La finance islamique n’a pu drainer fin 2023 que moins de 8% du montant global de la sphère informelle , donc un résultat mitigé ,et qu’en sera t -il du bilan de l’ouverture partiel du capital de la BDL et du CPA, en n’oubliant jamais que tout agent économique, opérateur ou ménage guidé par la seule logique du profit, n’existant pas de nationalisme et de sentiments dans la pratique des affaires ( voir étude sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul- Institut Français des Relations internationales IFRI Paris « ,les enjeux stratégiques de la sphère informelle -2013-reproduite en synthèse réactualisée dans la revue Stratégie IMDEP du ministère de la défense nationale octobre 2019). La sphère informelle est amplifiée par  la fraude fiscale et la corruption à travers les surfacturations, les trafics aux frontières des marchandises subventionnées, qui se répercutent sur le prix final des biens et accroît le processus inflationniste. La directrice générale des Impôts a fait état, le 04 avril 2023 , de 6000 milliards de dinars d’impôts non recouvrés soit au cours de 137 dinars un dollar 43,79 milliards de dollars. Pour lutter contre la sphère informelle, le gouvernement a décidé récemment d’introduire la monnaie numérique où beaucoup de pays n’étant qu’au stade de l’expérimentation. Selon la Banque d’Algérie, la numérisation des paiements devrait s’orienter vers l’adoption d’une forme numérique de monnaie dont elle assurera l’émission, la gestion et le contrôle sous le nom de dinar numérique algérien. Mais l’on ne doit pas confondre la monnaie numérique avec les crypto-monnaies qui circulent sur Internet hors de toute institution bancaire, ne reposant pas sur un tiers de confiance, comme une banque centrale, n’ayant pas d’autorité centrale d’émission ni de régulation. Par ailleurs, l’opérationnalité des bureaux de change qui ne date pas d’aujourd’hui puisque les dispositions du règlement n°95-07 du 23 décembre 1995 modifiant et remplaçant le règlement n°92-04 du 2 mars 1992 relatif au contrôle des changes notamment ses articles 10 à 15, plus de 40 bureaux de change ont été agréés, aucun n’étant opérationnel, suppose une démarche progressive, la stabilité juridique et monétaire par la maîtrise du processus inflationniste qui a atteint plus de 9/10%  en 2023 ( source ONS) , la refonte du système financier dont les banques publiques accaparent plus de 85% des crédits octroyés et que si l’écart entre l’officiel et le marché parallèle est entre 10/15% minimum.

3..- les raisons de l’écart entre l’officiel et le marché parallèle.

Premièrement, les transferts légaux   transitant par les banques  au cours officiel du dinar à travers  les importations par des surfacturations  une partie retourne en Algérie   alimentant  le marché parallèle de devises, ce qui permet d’atténuer la hausse du cours sur le marché parallèle. Car   il y a eu une baisse des transferts avec les décès des retraités à l’étranger. Cette  baisse de l’offre de devises a été contrebalancée par les fortunes acquises régulièrement ou irrégulièrement par la communauté algérienne localement et à l’étranger qui font transiter irrégulièrement ou régulièrement des devises en Algérie, montrant clairement que le marché parallèle de devises est bien plus important que certaines données de 5 milliards d’euros, où ces montants convertis en  investissement  vers l’achat d’une valeur sûre l’immobilier Cela est lié  à la corruption en devises sans compter les surfacturations des projets en dinars algériens, qui expliquent les surcoûts des projets avec des malfaçons surtout dans le BTPH, les   importations en biens et services, selon le FMI, ayant  été entre 2000/2021 de plus de 1050 milliards de dollars pour des exportations en devises de 1100 milliards de dollars , le solde étant les réserves de change au 31/12/2021 et si   on applique un taux de surfacturation de 10%, nous aurons des transferts illicites de capitaux souvent dans des paradis fiscaux, en complicités avec certains fournisseurs étrangers, de 100 milliards de dollars et pour 15% 150 milliards de dollars  Deuxièmement, la demande provient de simples citoyens qui voyagent : touristes, ceux qui se soignent à l’étranger et les hadjis du fait de la faiblesse de l’allocation devises dérisoire d’environ 100 euros. Cela est accentué par les pénuries  amplifiant  le commerce dit du « cabas » que l’on ne combat pas par des mesures administratives.  Troisièmement, ce sont les agences de voyages qui, à défaut de bénéficier du droit au change, recourent, elles aussi, aux devises du marché noir étant importateurs de services. Majoritairement, elles exportent des devises au lieu d’en importer comme le voudrait la logique touristique. Quatrièmement,  pour se prémunir contre l’inflation, et donc la détérioration du dinar algérien accentue  la déthésaurisation des ménages qui mettent face à la détérioration de leur pouvoir d’achat, des montants importants sur le marché,  alimentant l’inflation, plaçant leur capital-argent dans l’immobilier, des biens durables à forte demande comme les pièces détachées, facilement stockables l’achat d’or ou de devises fortes L’anticipation d’une dévaluation rampante du dinar, a un effet négatif sur toutes les sphères économiques et sociales, dont le taux d’intérêt des banques qu’elles devraient relever de plusieurs points, s’ajustant aux taux d’inflation réel et freinant, à terme, le taux d’investissement à valeur ajoutée. Cinquièmement , certaines grosses fortunes utilisent le marché parallèle pour le transfert de devises, puisque chaque Algérien et étranger  a droit par voyage à 1000 euros non déclarés, certains utilisant leurs employés  pour augmenter le montant, assistant certainement, du fait de la méfiance, à une importante fuite de capitaux ..

En conclusion. il y a lieu d’éviter l’illusion monétaire car la monnaie est avant tout un rapport social, traduisant le rapport confiance Etat/citoyens, étant un signe permettant les échanges ne créant pas de richesses. La richesse d’une Nation repose sur la bonne gouvernance et la  valorisation du savoir Aussi, l’ appréciation d’une monnaie, autant que le pouvoir d’achat des citoyens  est fonction de l’accroissement de la production et de la productivité, , des versements de salaires sans contreparties productives conduisant forcément à terme à une dérive sociale Le  cadre macro-économique  relativement stable  en 2023 grâce aux recettes des hydrocarbures, les réserves de change fin estimées à fin 2023 à 73 milliards de dollars, 83 milliards de dollars en comptant les réserves d’or de 173 tonnes, et une dette extérieure inférieure à 1,6% du PIB est éphémère  sans de profondes réformes institutionnelles et micro économiques  Mais cela dépasse l’économique renvoyant au Politique du  fait des  profonds bouleversement de la géostratégie mondiale,  des nouvelles mutations économiques  et des ajustements sociaux internes qui seront douloureux à court terme, mais bénéfique à moyen terme aux générations futures Ainsi s’impose un large front national, tenant compte des différentes sensibilités et un discours de vérité. La population algérienne,, exige un sacrifice partagé, plus de justice sociale que l’Etat et les hommes chargés de gérer la Cité donnent l’exemple, afin que les Algériens puissent avoir l’envie de construire ensemble leur pays et d’y vivre dignement. La structure des sociétés modernes s’est bâtie d’abord sur des valeurs et une morale qui a permis la création de richesses permanentes, comme nous l’ont enseigné les grands penseurs dont le grand sociologue Ibn Khaldoun qui, dans son cycle des civilisations, montre clairement que lorsque l’immoralité atteint les dirigeants qui gouvernent la Cité c’est la décadence de toute la société. 

A.M

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