Algérie – Allemagne: L’industrie pharmaceutique capte les investissements à forte valeur ajoutée

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Selon une étude approfondie publiée par l’Agence allemande pour le commerce et l’investissement (GTAI), l’Algérie compte désormais 233 installations dédiées à la production de produits pharmaceutiques, dont 138 usines spécialisées dans la fabrication de médicaments.

S’appuyant sur les données de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) de février 2026, l’organisme allemand souligne que la production nationale couvre aujourd’hui 83 % des besoins en médicaments du pays. Cette forte présence locale redéfinit l’accès au marché algérien pour les acteurs internationaux, rendant l’implantation industrielle et le partenariat technique incontournables.

D’après la GTAI, la fabrication locale constitue désormais la clé principale d’accès au marché national. Alors que la concurrence se fait intense sur les segments des médicaments génériques et des formulations conventionnelles, la marge de manœuvre pour les nouveaux importateurs se réduit fortement. Pour les entreprises étrangères, et notamment allemandes, les opportunités majeures résident désormais dans l’apport de thérapies innovantes, les traitements nécessitant des procédés de fabrication complexes, le transfert technologique ainsi que la production de matières premières à haute valeur ajoutée.L’écosystème algérien repose sur un tissu d’acteurs publics et privés solidement établis, parmi lesquels figurent le groupe public Saidal, ainsi que des opérateurs majeurs tels que Biopharm, Hydrapharm-Becker, LDM et Pharmalliance. Cette base industrielle offre aux investisseurs internationaux un réseau de partenaires locaux qualifiés pour le façonnage, le transfert de savoir-faire et la co-entreprise. Toutefois, la GTAI rappelle que cette dynamique exige une analyse préalable rigoureuse du marché, des prix et de la demande avant l’installation de nouvelles lignes de production.Historiquement, l’Allemagne s’impose comme un partenaire commercial de premier ordre, s’établissant en 2024 comme le deuxième fournisseur de médicaments de l’Algérie après la France, avec des exportations de produits finis atteignant 140 millions de dollars cette année-là. Cette présence commerciale solide jette les bases d’une transition progressive vers un partenariat industriel renforcé, concrétisé par des projets majeurs de localisation.

Plusieurs coopérations emblématiques illustrent déjà cette orientation stratégique. En juin 2026, le groupe Saidal a conclu un accord majeur avec le géant allemand Boehringer Ingelheim pour la localisation de la fabrication d’un traitement innovant contre la fibrose pulmonaire idiopathique. Parallèlement, le projet de production de médicaments hormonaux à Constantine, fruit d’un partenariat entre LDM et Merck initié fin 2024, vise une capacité annuelle de 40 millions de boîtes, incluant des traitements essentiels pour la thyroïde comme le Levothyrox. La stratégie algérienne met un accent particulier sur la souveraineté en matière de principes actifs. L’étude de la GTAI met en lumière des projets industriels d’envergure menés par Saidal, notamment la création d’une unité à Batna dédiée aux matières premières du paracétamol d’une capacité de 2 000 tonnes par an, et un site à Sétif pour les intrants de traitements oncologiques ciblant 5 000 kilogrammes par an. Ces initiatives démontrent la volonté de l’Algérie de dépasser le simple conditionnement pour atteindre un taux d’intégration industrielle réel.Sur le plan réglementaire, l’accès au marché des importations reste strictement encadré. Les autorisations sont prioritairement réservées aux produits non fabriqués localement ou dont les volumes nationaux restent insuffisants pour couvrir la demande. L’exercice de l’importation requiert un agrément d’établissement pharmaceutique, d’un enregistrement du produit et d’un programme d’importation validé. La GTAI rappelle qu’en avril 2026, le ministère de l’Industrie pharmaceutique a suspendu la réception des nouvelles demandes d’agrément pour l’importation de médicaments et de dispositifs médicaux, une mesure conservatoire qui n’affecte pas le flux des importations déjà approuvées. Sur le plan régional, la GTAI propose un panorama comparatif basé sur les modèles économiques des entreprises. Si le Maroc est perçu comme une plateforme fluide pour l’exportation de produits finis et la logistique vers les marchés africains, l’Algérie se distingue par la profondeur de son marché intérieur qui valorise prioritairement la production locale. La Tunisie, quant à elle, combine un savoir-faire industriel à un risque lié aux délais de paiement. Pour l’Algérie, la feuille de route tracée par les analystes allemands est claire : l’avenir des partenariats réside dans la co-production à forte valeur ajoutée scientifique et industrielle.

Selma Dey