D’après des données publiées rapportées par l’agence britannique « Reuters », le gouvernement italien a dépensé près de 3 milliards d’euros cette année en réductions fiscales temporaires sur les carburants, sans toutefois parvenir à faire repasser les prix de l’essence et du diesel sous la barre des 2 euros le litre.
Face à une marge de manœuvre budgétaire de plus en plus étroite pour maintenir ces aides, Rome a convoqué la compagnie algérienne Sonatrach ainsi que les principaux raffineurs de la péninsule à une réunion prévue le 8 octobre, afin d’examiner les moyens d’augmenter la production locale et d’atténuer l’impact des perturbations mondiales de l’approvisionnement sur le marché italien.
Le ministre de l’Industrie, Adolfo Urso, et le ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto PichettoFratin, s’entretiendront avec des représentants de Sonatrach, Eni, SOCAR-IP, IPLEM, KPI, Alma Petroli, LUKOIL, Saras (propriété du groupe Vitol), ainsi qu’Innovhub. L’objectif de cette rencontre est d’évaluer les capacités d’accroissement de la production de raffinés de base en Italie, au lieu de s’en remettre exclusivement aux leviers fiscaux pour contenir la hausse des prix.
La participation de Sonatrach à ces discussions s’explique par sa présence industrielle sur le territoire italien : le groupe détient en effet la raffinerie d’Augusta, en Sicile, acquise auprès d’Esso Italiana (filiale d’ExxonMobil) et dont le transfert de propriété s’est achevé le 1er décembre 2018. Selon les données communiquées lors de ce rachat, cette opération a apporté une capacité de traitement de 10 millions de tonnes par an à l’outil de raffinage du groupe algérien. Cette capacité reflète le volume maximal de traitement de l’installation et ne garantit pas la disponibilité immédiate de volumes supplémentaires.Ainsi, Sonatrach prendra part à cette réunion en tant qu’investisseur dans le secteur du raffinage en Italie, en plus de son rôle majeur dans l’approvisionnement en gaz. Cette présence place la raffinerie d’Augusta parmi les infrastructures dont le gouvernement étudie la contribution potentielle pour renforcer l’offre locale en carburants. Aucune quantité supplémentaire ni engagement de production de la part de Sonatrach n’ont été annoncés pour l’instant dans l’attente des conclusions de cette rencontre.Les données tarifaires illustrent la forte pression qui pèse sur le marché. Au 25 septembre, le prix moyen de l’essence en libre-service sur le réseau routier italien atteignait 2,154 euros le litre, contre 2,338 euros pour le diesel. Sur les autoroutes, la moyenne grimpait à 2,247 euros pour l’essence et 2,421 euros pour le diesel, selon les chiffres du ministère de l’Industrie cités par « Teleborsa ».
Parallèlement, les abattements fiscaux se réduisent. « Reuters » a indiqué le 28 septembre que la baisse de taxe en vigueur ne concerne désormais plus que le diesel et est retombée à environ 6 centimes par litre, contre près de 12 centimes auparavant, avec une échéance fixée au 5 octobre. L’agence estime le manque à gagner fiscal lié à ces remises, y compris les dispositifs accordés aux transporteurs routiersà près de 2,8 milliards d’euros.
C’est pourquoi la réunion avec les raffineurs intervient trois jours seulement après la fin prévue de ces allègements, en plein ajustement du budget 2027. Le ministre PichettoFratin a souligné que l’État ne pouvait plus financer la reconduction d’un tel mécanisme, tandis que le ministre de l’Économie, Giancarlo Giorgetti, préconise l’instauration d’une taxe sur les surprofits des entreprises énergétiques pour financer des mesures de soutien, privilégiant une action européenne concertée sans exclure une initiative nationale.En marge de ces démarches pour stimuler la production locale, Eni a instauré un plafonnement du prix des carburants, initiative à laquelle SOCAR a commencé à aligner certaines de ses stations, selon Reuters. L’agence cite également un responsable gouvernemental indiquant que Rome envisage d’assouplir certaines contraintes réglementaires afin de faciliter la hausse de la production nationale par les raffineries.Cependant, ces initiatives italiennes s’inscrivent dans un contexte international marqué par le resserrement de l’offre. « Reuters » a rapporté ce jeudi 1er octobre que des raffineries chinoises ont suspendu leurs exportations de produits pétroliers pour le mois d’octobre afin de donner la priorité aux stocks nationaux. Les sources ignorent encore si les autorisations d’exportation reprendront après les congés nationaux chinois qui s’achèvent le 7 octobre, accentuant ainsi l’incertitude sur les volumes disponibles pour les marchés extérieurs.Le renforcement de l’offre revêt une importance directe pour les secteurs italiens très dépendants du diesel, au premier rang desquels le transport lourd, l’agriculture et l’industrie. Pour Sonatrach, la réunion du 8 octobre précisera l’ampleur de sa contribution à travers ses actifs de raffinage, bien que les retombées effectivesdépendront des décisions opérationnelles et réglementaires qui seront actées à l’issue des échanges.
Mohamed B.






