Visite du ministre de l’intérieur français en Algérie 16/17 février 2026: Pour des relations apaisées entre l’Algérie et la France via le renforcement de la coopération Algérie/Europe

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Abderrahmane MEBTOUL – Professeur des universités- Expert international

Après des mois de tensions, le ministre de l’intérieur  français effectue les 16 e t17 février 2026  une visite  en Algérie avec comme ambition de renouer les liens avec Alger où seront abordés certes certains dossiers économiques  mais surtout  les dossiers sécuritaires et les flux migratoires qui sont prioritaires pour les deux pays comme en témoigne la composition de la délégation française . Mais comme je l’ai souligné lors  de ma conférence le 17 janvier 2026  à l’invitation  de  l’Association France Algérie et de sa présidente Mme Ségolène Royal au sein  du   prestigieux Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), les   relations Algérie- France doivent  être insérée dans le cadre de la coopération algéro-européenne, l’Europe étant le principal client de l’Algérie. Devant souligner que dans les  relations internationales , et c‘est démontré récemment  avec la stratégie du président américain, pour le Venezuela ,  le Gredoland, le Moyen Orient via l’Iran, il   n’existe pas de sentiments mais que des intérêts, l’ONU est  devenue impuissante  à agir sur le cours des événements mondiaux. Au sein d’un monde en plein  bouleversement,  ,  des relations apaisées sont souhaitables entre l’Algérie et la France et, d’une manière générale, entre Algérie via l’Europe- Afrique ,  loin de tout esprit de domination, sur la base d’un partenariat gagnant-gagnant.

1.- Quelques indicateurs  : échanges commerciaux Algérie- la France

En 2023, la structure des échanges commerciaux reste relativement stable par rapport à 2022, la Chine demeurant le principal fournisseur de l’Algérie, avec une part de marché de 22,9 %, suivie de la France (11,7 %) et de l’Italie (7,4 %). En termes d’exportations, l’Italie, la France et l’Espagne demeurent les principaux clients avec respectivement 15,2 milliards d’euros, 7,6 milliards d’euros et 6,7 milliards d’euros   En 2024,les échanges commerciaux  entre l’Algérie  et l’Union européenne  ont atteint environ 46,4 milliards d’euros , l’UE restant le premier partenaire avec plus de 5O%,  Selon une étude du trésor français après trois années consécutives de croissance, les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie ont reculé de 4,3 % en 2024, atteignant 11,1 Mds EUR, cette baisse s’expliquant  principalement par la diminution des prix des hydrocarbures, qui a entraîné une contraction des importations françaises en provenance d’Algérie les exportations d »hydrocarbures avoisinant environ 5 milliards de dollars. Les exportations françaises de biens vers l’Algérie ont progressé de 6,6 % en glissement annuel, atteignant 4,8 Mds EUR, les produits industriels, qui constituent le premier poste d’exportation vers l’Algérie, représentent 39,8 % du total des exportations françaises Les matériels de transport  enregistrent une croissance dynamique de 28,2 %, atteignant 1,1 Md EUR, soit 23,2 % du total des exportations françaises vers l’Algérie, les  exportations d’équipements mécaniques, matériels électriques et électroniques affichent également une progression soutenue de 22,8 %, s’élevant à 1,1 Md EUR  et le secteur agricole, longtemps pilier des échanges franco-algériens est désormais le quatrième poste des exportations, atteignant 322 M EUR en 2024, après une chute de 73,1 % en 2023. Néanmoins l’Algérie représente moins de 1% des 598,3 milliards d’euros d’exportation  et la baisse  des  exportations en direction de l’Algérie  est évaluée à 15% en 2025  .

2.-Les  relations Algérie-Europe

Entre 2023/2024, les échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Union européenne ont atteint au cours de 1,17 dollar/un euro, 58,73 milliards de dollars et les exportations algériennes vers l’UE étaient de 41,38 milliards de dollars. Sur une exportation totale de 55 milliards de (dont 50 en hydrocarbures brut et semi-brut),. Pour les importations de l’UE vers l’Algérie, elles étaient de 17,44 milliards de dollars, soit un excédent commercial pour l’Algérie.de 23,93 milliards de dollars.    L’Europe ayant eu recours à l’arbitrage international en juillet 2025,, mais des discussions sont en cours pour aplanir les divergences étant deux partenaires stratégiques.  C’est que l’ Algérie exporte presque toute son énergie vers l’Europe, via canalisation Transmed Italie ou Medgaz Espagne  en plus de ses exportations en GNL . Selon le bilan 2024 du ministère des Hydrocarbures, 78 % des ventes partent vers la zone euro   Mais c’est surtout la répartition qui retient l’attention. Quatre pays concentrent à eux seuls plus de 80 % des flux. L’Italie arrive en tête avec 37 % du total, suivie de la France (18 %), de l’Espagne (17 %) et de la Turquie   (10 %). E n plus différents projets sont en cours  où Algérie  ambitionne de devenir un pôle régional en développant des projets d’hydrogène vert et d’ammoniac avec des partenaires européens comme ENI et VNG AG, visant de nouvelles interconnexions énergétiques, en plus des  projets visant à faire de l’Algérie un hub énergétique, notamment avec l’Italie, grâce à des interconnexions électriques et le développement d’énergies renouvelables (solaire) .Cependant les  échanges commerciaux  pour l’Europe  sont déséquilibrés ayant accusé un déficit en sa défaveur en incluant les exportations algériennes d ’hydrocarbures  de plus de 20 milliards de dollars  expliquant que   Bruxelles a annoncé le 16 juillet 2025, espérant   trouver une solution mutuellement acceptable, l’arbitrage international. Aussi, comme il s‘agira   comme le souhaitent les autorités algériennes et européennes  de revoir les dispositions de l’accord d’association avec l’Union européenne (UE), en fonction d’une vision souveraine et d’une approche «gagnant. L’Europe n’est pas contre une révision de certains articles de l’accord mais souhaiterait la création d’un cadre juridique stable et transparent, propice à l’investissement, ainsi que la réduction des subventions, la modernisation du secteur financier, la levée des entraves au secteur privé, le développement du potentiel des partenariats public-privé qui font partie des réformes structurelles nécessaires . Pour l’Algérie, l’objectif de cet accord est de « densifier » cette coopération, dont la démarche d’évaluation réclamée ne vise nullement à remettre en cause le cadre global de l’Accord, mais, bien au contraire, à l’utiliser pleinement dans le sens d’une interprétation positive de ses dispositions permettant un rééquilibrage des liens de coopération et que seules des négociations constructives permettraient de relancer la coopération entre l’Algérie et l’UE dans le but de mettre les relations économiques au centre de cette coopération, de donner à cet accord toute son importance et d’utiliser tout son énorme potentiel dans ses trois composantes politique, économique et humaine.

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3 .- Coopération dans le domaine sécuritaire 

L’enjeu majeur du XXIe siècle sera le continent Afrique avec des richesses colossales qui abritera dans une décennie le quart de la population mondiale qui sous réserve d’une bonne  gouvernance et la valorisation du savoir  pourrait devenir horizon 204O la locomotive de l’économie mondiale. C’est dans ce cadre que des relations apaisées entre l’Algérie et la France ainsi qu’une coopération fructueuse avec l’Union européenne sont les  facteurs de la prospérité  et  la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, notamment au Sahel à la porte de l’Europe et donc  devant privilégier   le dialogue au lieu de la confrontation.. Cependant, la consolidation des relations Algérie- France doit être insérée dans le cadre du grand Maghreb pont entre l’Europe et l’Afrique   dont je suis un ardent défenseur en espérant que la solution du Sahara occidental,   trouve une issue honorable pour toutes les parties.   Sur le plan géostratégique, pour les USA  et  l’Europe, l’Algérie est un acteur déterminant de la stabilité régionale .C’est que l’ère des confrontations n’a eu cours pendant des siècles que parce que les extrémismes ont prévalu dans un environnement fait de suspicion et d’exclusion. Or, connaître l’Autre, c’est aller vers lui, c’est le comprendre, mieux le connaître et ce afin de favoriser le dialogue productif au profit de nos peuples. Aujourd’hui, face aux mutations du monde et aux défis communs, s’agissant de mettre en lumière les atouts de cette relation et les perspectives qu’elle ouvre, c’est dans ce cadre me semble t-il que s’ouvre notre rencontre  à laquelle vous m’avez conviée en tant qu’expert indépendant . Dans le prolongement de mes interventions internationales, je considère que cette relation apaisée garantira la stabilité, tant économique que sécuritaire de la région méditerranéenne et africaine, dont l’Algérie est un acteur majeur, le devoir de mémoire entre la France et l’Algérie devant être pris en compte, en laissant le soin aux historiens des deux pays d’en dresser le bilan, mais devant surtout avec les prochains bouleversements mondiaux de préparer l’avenir.. La récente libération de l’écrivain Boualem Sansal dont il faut éviter toute instrumentalisation politique pour ne pas envenimer les relations, ce que souhaitent ceux qui ne veulent pas d’une relation apaisée, des deux côtés France et Algérie En plus des relations économiques, il convient de mentionner les relations sécuritaires ainsi que la forte présence de la diaspora algérienne en France, ce qui rend les relations plus sensibles et complexes et peut servir de pont pour le développement entre nos deux pays. Il s’agit de privilégier le dialogue productif, afin d’éviter toute déstabilisation régionale qui aurait des conséquences dévastatrices sur tout l’espace euro-méditerranéen et africain, dont l’espace sahélien, appelé à connaître un profond bouleversement et dont l’Algérie est un acteur stratégique de stabilisation grâce aux importants efforts de l’ANP et de toutes des  forces de sécurité

En conclusion,  l’histoire a tissé entre la France et l’Algérie des liens humains, culturels et économiques d’une densité unique avec une importante diaspora dynamique qui peut être un vecteur puissant de rapprochement au profit des deux nations, et c’est pourquoi le devoir de mémoire pour l’Algérie, comme pour bon nombre de pays d’Afrique,  est important pour apaiser les  tensions. Dans ce monde turbulent et instable , le dialogue des civilisations conditionne notre conscience commune, devant combattre tout extrémisme entravant les  relations apaisées économiques et sécuritaires Algérie-Europe via la France, qui sont les facteurs  déterminants de la stabilité des espaces euro-méditerranéens et africains. Épris de paix, musulmans, chrétiens, juifs ou non croyants, nous devons combattre ensemble le racisme sous toutes ses formes.  L’histoire millénaire a montré que juifs , chrétiens et musulmans ont toujours tissé des relations fécondes..  Dans ce monde turbulent et instable en perpétuel devenir, le dialogue des civilisations conditionne notre conscience commune car les  confrontations prévalent lorsque les extrémistes dominent dans un environnement fait de suspicion et d’exclusion.

A.M

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