Safran DZ: Une qualité premium à 19 % de crocine

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La culture du safran en Algérie amorce une nouvelle phase décisive. Longtemps cantonnée à des initiatives individuelles et à de petites exploitations familiales dispersées à travers plusieurs wilayas, cette culture à très forte valeur ajoutée s’inscrit désormais dans une dynamique structurée, portée par la recherche scientifique, l’innovation et une stratégie nationale dédiée au développement de l’« or rouge » algérien.

Cette mutation est rendue possible grâce au lancement de la stratégie nationale de développement de la filière « Safran DZ », initiée récemment à l’École nationale supérieure agronomique (ENSA), sous l’égide conjointe du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. Selon la directrice centrale à la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT), le professeur Fatma Halouane, cette stratégie joue un rôle déterminant dans la structuration de la filière, en intégrant de manière cohérente la recherche scientifique, l’innovation et l’entrepreneuriat agricole. L’objectif affiché est clair : sortir la culture du safran de l’informel et l’inscrire dans un cadre institutionnel organisé, capable d’accompagner les agriculteurs, d’améliorer les itinéraires techniques et de positionner le safran algérien sur les marchés internationaux. L’intérêt croissant pour cette épice s’explique notamment par sa valeur commerciale exceptionnelle, mais aussi par ses vertus nutritionnelles et médicinales largement reconnues. Épice la plus chère au monde, le safran affiche un prix moyen oscillant entre 5.000 et 10.000 dollars le kilogramme, en particulier pour les variétés premium. Ce niveau de prix s’explique par la rareté de la plante et par le caractère extrêmement intensif de la main-d’œuvre requise pour sa production. Dans ce contexte, la mise en place d’une stratégie nationale dédiée constitue un levier important pour la diversification agricole et l’émergence, à moyen terme, d’un créneau porteur à l’exportation. Dans le cadre de cette stratégie, trois stations pilotes ont été mises en place à Alger, Constantine et Ghardaïa afin de tester l’ensemble de la chaîne de production du safran. À l’ENSA, les premiers résultats dépassent les prévisions. La cheffe du projet Safran DZ, Sihem Tellah, se félicite d’une récolte quotidienne moyenne de 1.700 fleurs sur une période d’une dizaine de jours. Chaque bulbe peut produire jusqu’à cinq fleurs, chacune renfermant entre trois et cinq stigmates, ces filaments constituant la partie la plus précieuse de la plante. Les perspectives de production sont jugées très prometteuses. Selon Mme Tellah, les volumes devraient augmenter sensiblement dans les prochaines années, grâce à l’effet cumulatif des plantations et à l’amélioration progressive des pratiques culturales, notamment dans le cadre du dispositif stratégique mis en place. Au niveau national, plus de 222 safraniers sont aujourd’hui recensés à travers le pays, selon le Centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides (CRSTRA). Les exploitations vont de petites parcelles à des champs atteignant trois à quatre hectares. Plusieurs wilayas présentent un potentiel important pour cette culture, notamment Khenchela, Ghardaïa et Tlemcen. Le CRSTRA participe par ailleurs à un projet de recherche euro-méditerranéen dédié au safran, baptisé Prima SaffronFood, impliquant six pays, dont l’Allemagne, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et l’Algérie. Les résultats de ce projet ont permis de démontrer la qualité premium du safran algérien, caractérisé par un taux élevé de crocine dépassant 19 %, un niveau équivalent aux standards des meilleurs safrans mondiaux.

Au-delà de l’évaluation qualitative, ces travaux ont également permis de tester l’adaptabilité du safran aux conditions pédoclimatiques locales. Les essais pilotes ont montré que cette culture s’adapte particulièrement bien aux climats des Hauts Plateaux et aux zones montagneuses, marquées par des hivers froids et des étés secs. Les rendements varient en moyenne entre 2 et 3 kg par hectare, pouvant atteindre 5 à 7 kg/ha dans des conditions favorables. La région de Khenchela se distingue, selon les chercheurs, par des conditions pédoclimatiques particulièrement propices à cette culture. Pour la cheffe du projet Safran DZ à l’ENSA, le lancement de cette stratégie constitue une « décision historique », fruit de plusieurs années de recherche scientifique. Enfin, la valorisation du safran ne se limite pas aux stigmates. Les pétales de la plante présentent également un intérêt pour l’industrie pharmaceutique, notamment dans la fabrication de médicaments et de produits de soins corporels. Dans cette optique, l’ENSA œuvre à la conclusion d’un partenariat avec le groupe Saidal afin de valoriser les sous-produits de cette plante stratégique et renforcer l’intégration industrielle de la filière.

Hakima H.

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