Quels impacts l’augmentation des prix et quelle politique  des carburant en Algérie ?

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Professeur des universités- Directeur d’études – Expert international  Abderrahmane MEBTOUL

Cette présente contribution analyse la politique des carburants en Algérie et ce suite à l’annonce par le ministère des Hydrocarbures et des mines   le 02 janvier 2026 d’une augmentation du prix de l’essence, du   diesel (mazout)   du gaz de pétrole liquéfié/ carburant (GPLC).

1.-Sonatrach  dispose de cinq (05) raffineries de pétrole brut, d’une capacité de traitement de 25 millions tonnes par an et d’une raffinerie de condensat d’une capacité de traitement de 05 millions tonnes par an, le plan de Sonatrach pour 2025  ayant prévu une  augmentation de  la production à 500.000 tonnes. Rappelons que  le projet de la  raffinerie de Hassi Messaoud  a été à l’ordre du jour de plusieurs   Conseil des ministres,  où le   10 décembre 2023, le président de la république avait instruit  le gouvernement  afin « de relancer la raffinerie de Hassi Messaoud dans les plus brefs délais qui accuse un retard considérable avec d’éventuels surcoûts ». Pour rappel, en janvier 2020, le groupe Sonatrach avait signé  un contrat   avec un groupement composé de Tecnicas Reunidas (Espagne) et Samsung Engineering (Corée du Sud) pour la réalisation d’une raffinerie de pétrole au niveau de Haoud El Hamra à Hassi Messaoud. Ce contrat, d’un montant de 440 milliards de DA (quelque 3,3 milliards de dollars  au cours  de 137 dinars un dollar ), portait sur la réalisation d’une raffinerie de pétrole brut à conversion profonde d’une capacité de 5 millions de tonnes/an. Le projet devait être exécuté en EPC dans un délai de 52 mois et la  livraison du projet était  prévue en mars 2024, avec deux ans de garantie, soit mars 2026 pour la réception finale .Cela devait   permettre à l’Algérie de renforcer sa production nationale de carburants et lubrifiants et dégager des volumes éventuels pour l’export.  Plus précisément, selon les données de Sonatrach, la raffinerie aura spécifiquement vocation à produire sept produits à la norme Euro 5:  propane  (127 000 tonnes par an), butane  (180 000 tonnes/an), essence NO 95  (352 000 tonnes/an),  essence NO 91 (1 373 000 tonnes/an), kérosène  (228 000 tonnes/an), gasoil  (2 659 000 tonnes/an) et bitume   (134 000 tonnes/an). Par ailleurs selon le ministère de l’Energie via ANFATF seule institution habilitée  à accorder des permis d’exploitation selon la loi des hydrocarbures et non Sonatrach, outre  un appel d’offres international (Bid round 2026), auquel participeront ExxonMobil et Chevron qui sont en discussion avec  Sonatrach est prévu courant 2026   un complexe de traitement du gaz de pétrole associé sera mis en service. Doté d’une capacité de 10 millions de m³/jour avec une production par jour  d’ environ 1000 tonnes de GPL, 300 tonnes de condensats et 8,7 millions de m³ de gaz sec avec un .investissement estimé à 400 millions de dollars, pour une infrastructure appelée à optimiser la valorisation des sous-produits du pétrole.

2.-C’est que l’Algérie fait face à une hausse continue de la consommation énergétique interne. En effet, le   bilan de 2024 du ministère des Hydrocarbures et des Mines, environ 74,9 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) ont été consommés, soit une hausse de près de 4 % par rapport à 2023 .  La production primaire énergétique est dominée par le gaz naturel avec  131,7 Mtep produits en 2024, représentant  plus de 70 % de la production primaire suivi du  pétrole brut (49,3 Mt), le condensat (4,4 Mt) et le gaz de pétrole liquéfié (21,8 Mt),  les énergies renouvelables, très faible représentant que 0,34 Mtep, principalement issues du solaire photovoltaïque. L’on devrait  réduire davantage les émissions de méthane et le torchage, ce qui rendrait plus de gaz disponible pour le commerce . Cette situation, bien que les exportations des produits pétroliers et d’électricité ont augmenté de respectivement (4,4 %) et (12,3 %) a eu un effet négatif  sur  les exportations d’hydrocarbures, qui ont diminué de 3,6 % comparativement aux réalisations de 2023 pour se situer à 93,5 Mtep, tirées surtout par le GNL (-13,4 %), le condensat (-22,5 %), les GPL (-5,2 %), le gaz naturel (-2,0 %) et le pétrole brut (-0,1 %), posant  un défi majeur consistant à répondre durablement à la demande croissante tout en préservant les équilibres énergétiques et la capacité d’exportation, vitale pour l’économie nationale.  L’accroissement de la demande interne est tiré principalement par la consommation finale, où Sonelgaz  affiche près de 400.000 nouveaux abonnés gaz et plus de 430. 000 nouveaux abonnés électricité qui occupe une part de 76 % soit   57,0 Mtep, tirée essentiellement par les produits pétroliers (6,4 %), l’électricité (6,4 %), le gaz naturel (3,5 %) et le GPL (2,9 %), les industries énergétiques  pour 12 %, les pertes pour 6 %, et les usages non énergétiques pour 6 %. Ainsi ,  nous avons assisté pour 2024, à la prédominance  pour  la consommation nationale du gaz naturel (37 %), suivi de l’électricité (32 %) et des produits pétroliers liquides (23 %). La   hausse des produits pétroliers de +6,4 %, a été dominée par le gasoil (57 %), les GPL (22 %) et l’essence (20 %), avec une forte progression des carburants routiers et du GPL carburant. Par secteur, la consommation finale nous avons  les ménages et services (45 %), le transport (30 %) et de l’industrie et BTP (25 %) où pour les  carburants terrestres le gasoil représente 57 % de la consommation pétrolière et  88 % de la demande nationale en produits pétroliers et le  GPL carburant pour (+4,7 %), du fait des  subventions rendant son prix  attractif.

3.-La légère hausse décidée en ce début du mois de janvier 2026  par le  ministère des Hydrocarbures et des mines  concerne le prix de l’essence qui passe de 45,62 DZD par litre (L) à 47 DZD/L (+1,38 DZD), et le diesel (mazout) qui passe de 29,01 DZD/L à 31 DZD/L (+1,99 DZD), tandis que le prix du gaz de pétrole liquéfié/ carburant (GPLC) a été ajusté de 9 DZD/L à 12 DZD/L (+3 DZD). Cela aura un impact direct et indirect  sur le coût de production de l’ensemble des secteurs  utilisant ces produits .  Cependant force est de constater que le nouveau  prix final de ces augmentations   ne couvre pas  les coûts, le  prix de cession du gaz sur le marché intérieur étant d’ environ moins de 20% en référence au prix international  en rappelant que cela explique  les récentes  sanctions américaines   contre les produits sidérurgiques algériens  où dans la pratique du commerce international est interdit tout dumping pour les  produits exportables. Concernant le prix aux consommateurs internes, l’on doit  être réaliste, le revenu moyen de l’Algérien est inférieur, en moyenne générale  à 20% de celui de l’européen et que ce bas prix peut   encourager le gaspillage, la fuite de produits  subventionnés hors des frontières   et donc une  consommation non optimale. D ’où la nécessité  que la  politique des carburants  s’insère  dans le cadre  d’une politique socio économique cohérente, l’économie de l’énergie étant   la plus grande réserve pour l’Algérie, ce qui implique une révision des politiques de l’habitat, les nouvelles méthodes de construction économisant plus de 30/40% de la consommation d’électricité tant pour le chauffage que la climatisation   ainsi que de revoir la politique de tous les secteurs énergivores dont le  transport. Ainsi est posé l’urgence  dossier des subventions ciblées, que j’ai dirigé assisté du  bureau d’études américain Ernst & Young et avec les cadres du Ministère de l’Energie et de Sonatrach que j’ai présenté personnellement à la commission économique de l’APN en 2008. L’on doit durant une période transitoire ne pas pénaliser les couches les plus défavorisées et je propose  la création d’une chambre nationale de compensation qui devrait  réaliser un système de péréquation, tant interrégionale que socioprofessionnelle, segmentant les activités afin d’encourager les secteurs structurants pour une durée transitoire et tenant compte du revenu par couches sociales, renvoyant à une nouvelle politique salariale. 

En conclusion , techniquement pour que l’Algérie puisse exporter  100 milliards de mètres cubes gazeux,  tenant compte du ratio de la consommation actuelle  environ 45/50% de la production, il faudra produire environ 220 milliards de mètres  cubes gazeux  car 20% de la production est injecté dans les puits pour éviter leur dessèchement. Or en 2024 la production a oscillé entre 100 et 102 milliards de mètres  cubes gazeux avec  une exportation d’environ 48,7 milliards de mètres cubes gazeux . Pour   la production de pétrole qui tourne entre  de 907.000 et 909.000 barils/j  les exportations de pétrole algérien ont  atteint environ 778.000 barils par jour   incluant du brut (environ 410 000 b/j) et des produits pétroliers raffinés (environ 368 000 b/j). : aussi, sous réserve d’une nouvelle politique  énergétique dont le développement des énergies renouvelables pour couvrir une fraction de la consommation intérieure,  et de grandes  découvertes de gisements rentables, l’objectif  de 200 milliards de mètres  cubes gazeux pas avant 2030.

A.M

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