L’expert économique Mahfoud Kaoubi a affirmé que le projet du gisement de Gara Djebilet et la ligne ferroviaire minière, longue d’environ 1 000 kilomètres, constituent une réalisation historique au regard de leur rôle central dans la diversification de l’économie nationale.
S’exprimant, ce dimanche, lors de son intervention à l’émission L’Invité du matin sur la Chaîne I de la Radio algérienne, Kaoubi a souligné que ce projet revêt un caractère hautement structurant, agissant comme une véritable locomotive pour plusieurs secteurs économiques. Il s’inscrit, a-t-il expliqué, parmi les piliers fondamentaux de l’architecture de la croissance et de l’ingénierie du développement économique mises en place par les pouvoirs publics. Il a, à ce titre, rappelé que ce défi n’aurait pas pu être relevé dans les années 1970, ni sur les plans technique, économique, ni même géographique. L’économiste a mis en exergue les contraintes liées à l’éloignement géographique du gisement, longtemps considéré comme un frein majeur en raison de sa distance par rapport aux ports et aux zones d’exploitation. Toutefois, la réalisation de la ligne ferroviaire et son raccordement aux ports et aux unités de transformation, aussi bien dans l’Ouest algérien que dans d’autres régions, a permis de lever les contraintes liées au transport et à son coût. Cette infrastructure a également contribué à résoudre les problématiques d’approvisionnement en eau et en énergie, tout en intégrant le projet dans la dynamique de développement du pôle Béchar–Tindouf. Abordant les retombées économiques, Kaoubi a rappelé que les projets structurants se distinguent par leur capacité à entraîner d’autres secteurs. Selon lui, il ne peut y avoir de développement durable ni de compétitivité réelle sans un secteur industriel solide. Il a relevé que l’industrie ne représente actuellement qu’environ 7 % du produit intérieur brut, alors que les pouvoirs publics, conformément aux orientations du Président de la République, ambitionnent de porter cette part à un niveau compris entre 15 et 19 %. Il a ajouté que le développement industriel nécessite des secteurs moteurs et des compétences adaptées, citant notamment la sidérurgie, les industries mécaniques et l’industrie automobile, qui reposent essentiellement sur le fer. Il a souligné, à ce propos, que l’Algérie s’est engagée dans de vastes projets de développement ferroviaire, eux-mêmes fortement consommateurs d’intrants en acier. Kaoubi a indiqué que l’Algérie importe actuellement plus de 2 millions de tonnes de fer par an, une situation qui pèse lourdement sur les réserves en devises. La production locale, a-t-il expliqué, permettrait non seulement de résoudre le problème de la disponibilité, mais aussi de réduire significativement les coûts, tant en devises qu’en charges liées aux opérations d’importation. Ces gains se répercuteraient positivement sur la balance commerciale et sur les secteurs industriels, appelés à transformer l’avantage comparatif en avantage compétitif, objectif central de la politique économique nationale. L’expert a également souligné les efforts déployés par l’Algérie pour s’adapter aux mutations économiques mondiales, en sécurisant l’approvisionnement des secteurs locaux, en se positionnant comme acteur ou partenaire dans les nouvelles dynamiques des marchés internationaux et en renforçant son attractivité pour les investissements étrangers. Il a rappelé que le pays dispose non seulement de ressources énergétiques, mais également de richesses minières, d’une main-d’œuvre et d’un marché capables de lui permettre de jouer un rôle économique de premier plan et d’exporter vers l’Afrique, continent appelé à devenir le principal moteur de la croissance mondiale. Dans ce contexte, Kaoubi a indiqué que la dynamique de développement attendue en Afrique nécessitera des intrants essentiels, notamment le fer, le plomb, le phosphate et d’autres ressources minières, positionnant ainsi l’Algérie comme une plateforme attractive pour l’investissement, la construction de filières locales orientées vers la croissance, mais aussi vers l’exportation et les partenariats intra-africains. Il a, par ailleurs, affirmé que l’Algérie figure désormais parmi les 20 principaux fournisseurs mondiaux de fer, soulignant que le pays est en train d’acquérir progressivement les compétences nécessaires pour s’intégrer durablement aux marchés internationaux et réussir dans l’exportation. Évoquant le projet ferroviaire du sud-ouest, Kaoubi a estimé que le pôle Béchar–Tindouf s’impose désormais comme un véritable axe de croissance économique. Il a précisé que cette infrastructure contribue à l’approvisionnement en eau de la région, non seulement au profit du secteur industriel, mais également pour répondre aux besoins d’irrigation du secteur agricole, permettant ainsi une exploitation optimale du potentiel économique local. Enfin, s’agissant du projet du gisement de zinc et de plomb d’Oued Amizour, l’expert a souligné qu’il constitue un autre pôle stratégique du secteur minier. Il a assuré que la vision et l’ingénierie nécessaires sont en place et que ces ressources représentent des intrants essentiels pour des industries clés en cours de localisation en Algérie. Il a rappelé que le pays a su bâtir des institutions solides et transformer ses avantages comparatifs en avantages compétitifs, notamment dans les filières du fer, de l’acier, du plomb et du zinc. Mahfoud Kaoubi a conclu en affirmant que l’objectif de l’Algérie n’est pas l’exportation des ressources minières à l’état brut, soulignant que ces réalisations constituent une source de fierté nationale et un levier pour renforcer la confiance et la détermination dans la poursuite de la transformation économique du pays.
Sarah Cheriet






