Depuis plusieurs jours, le Maroc est traversé par une vague de manifestations d’une ampleur inédite. À Rabat, Casablanca, Marrakech ou Agadir, des milliers de jeunes descendent dans la rue pour dénoncer la dégradation des services publics et réclamer des réformes urgentes dans les domaines de la santé et de l’éducation. Né sur les réseaux sociaux, le collectif « GenZ 212 » est devenu le porte-voix d’une jeunesse exaspérée, réclamant plus d’égalité et de dignité. Mais dans ce climat social tendu, un symbole cristallise particulièrement les colères : la Coupe d’Afrique des Nations, prévue du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 sur le sol marocain. Le fossé entre les investissements colossaux consentis pour l’organisation de la compétition et la détresse sociale du pays nourrit la contestation. Alors que près de 900 millions d’euros ont été engagés pour la rénovation de six stades et près de 470 millions pour la construction du Grand Stade de Casablanca, les slogans hostiles à la CAN se multiplient dans les cortèges : « Les stades sont prêts, mais où sont les hôpitaux ? ». Certains internationaux marocains comme Nayef Aguerd ou Sofyan Amrabat ont publiquement exprimé leur solidarité avec les manifestants, tandis que le principal groupe de supporters des Lions de l’Atlas a annoncé un boycott des prochains matchs de l’équipe nationale. L’escalade des tensions s’est aggravée après la mort de deux manifestants lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre à Leqliaa, faisant craindre une radicalisation du mouvement. La CAF, pour l’heure silencieuse, suit de près l’évolution de la situation. Elle a déjà reporté l’ouverture de la première phase de billetterie, officiellement pour des raisons logistiques. En parallèle, le Maroc a introduit de nouvelles restrictions de visa pour les supporters de certains pays, signe d’une inquiétude grandissante sur le plan sécuritaire. Autant d’indices qui laissent planer une incertitude autour de la bonne tenue de la compétition dans le pays.
Des précédents qui alimentent les spéculations
L’histoire du football africain n’est pas étrangère aux délocalisations de dernière minute. En 2015, le Maroc lui-même avait renoncé à accueillir la CAN en raison de l’épidémie d’Ebola, obligeant la CAF à transférer l’événement en Guinée équatoriale. D’autres précédents existent : la Libye en 2013 et 2017 pour cause de guerre civile, ou encore le Kenya en 1996 pour des raisons d’infrastructures. Sur le plan planétaire, on se souvient aussi que la Coupe du Monde 1986 avait dû être réattribuée au Mexique après le retrait de la Colombie. Ces exemples rappellent que, face à des crises sécuritaires ou politiques majeures, les instances n’hésitent pas à changer de plan. Si les appels au boycott, les violences et la proximité de l’échéance représentent de sérieux signaux d’alerte, une délocalisation à ce stade poserait des défis logistiques et financiers considérables. Les infrastructures sont prêtes, les investissements énormes, et aucun pays alternatif ne s’est positionné pour accueillir la compétition dans des délais aussi courts. Le gouvernement marocain promet d’écouter les revendications sociales et d’y répondre « de manière positive », mais l’évolution de la contestation dans les prochaines semaines sera déterminante. Alors, la CAN 2025 sera-t-elle maintenue au Maroc ? La réponse reste, pour l’instant, suspendue à la rue.
N. I.






