Coronavirus Bekkat Berkani : «C’est l’indiscipline des citoyens qui est derrière l’apparition de nouveaux clusters ces derniers jours»

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Le Dr Bekkat Berkani, membre de la commission de suivi des mesures anti-coronavirus

Le Dr Bekkat Berkani, membre de la commission de suivi des mesures anti-coronavirus, ne va pas par trente six chemins pour pointer du doigt les responsabilités, s’agissant de l’apparition de nouveaux cas positifs de la Covid-19. «Ce sont les citoyens, en ne respectant pas les mesures barrières préconisées par le Comité scientifique, qui sont responsables de la flambée constatée ces derniers jours dans certaines wilayas où le nombre de cas positifs a augmenté considérablement», a t-il déclaré hier dans les médias.

«les derniers chiffres montrent en effet l’apparition de nouveau foyers infectieux, notamment dans les wilayas de Sétif, Biskra, Batna», indique Bekkat Berkani qui refuse néanmoins d’ y voir les symptômes de la fameuse « deuxième vague», tant redoutée par les experts.

Face à la désinvolture des citoyens, il ne préconise rien moins qu’un durcissement des sanctions contre les contrevenants avec des amendes plus fortes contre ceux qui ne portent pas, dans les espaces publics, la bavette et n’observent pas la distanciation physique. Des rotations plus intenses des services de police et de gendarmerie dans les quartiers, les cités, les villages pour rappeler l’obligation des mesures barrières, propose le président du Conseil de l’Ordre des médecins qui rappelle que «le virus est local dès lors que nos frontières sont hermétiquement fermées».

L’Algérie enregistre ces derniers jours une hausse des cas de contaminations au coronavirus (Covid-19) qui inquiète les spécialistes de santé publique, qui pointent le non-respect par la population des mesures barrières. «Nous sommes en train de payer l’indiscipline de la population», regrette Mohamed Yazid Kadir, épidémiologiste au CHU de Batna. Le Pr Kadir illustre son propos par les comportements de concitoyens qui passent des journées entières dans des espaces publics sans la moindre mesure de protection comme le port de la bavette ou le respect de la distanciation sociale. L’épidémiologiste fait état de saturation en termes de lits d’hospitalisation au sein des hôpitaux à cause de la hausse des cas confirmés. «À un moment donné, la saturation était à Tlemcen (CHU), maintenant c’est à Sétif, Parnet, Bab El Oued. Les malades sont refusés par manque de places et de moyens. Le problème c’est que ce sont des malades qui repartent chez eux tout en ayant une PCR positive ou qui ont un scanner qui donne à voir probablement un Covid. Cela veut dire que ces malades sont hyper contaminants», s’alarme le Pr Kadir. Il estime que les médecins sont «en quelque sorte absents sur le terrain en matière de sensibilisation». Selon lui, les médecins doivent abandonner les discours scientifiques et parler «terre à terre» avec la population. «Nous sommes dans une situation d’«infodémie» où il y a un tas d’informations qui circulent au sujet de l’épidémie», signale t-il.

Et d’ajouter : «notre rôle en tant que professionnels de la santé c’est justement de pouvoir passer un message simple, pas compliqué. Il faut aller vers une information agressive et faire comprendre à la population que le port de la bavette n’est plus une recommandation mais une obligation, que le respect de la distanciation physique est impératif, que le lavage des mains est important, etc. C’est là qu’on peut être effectif».

« Nous appelons la population jeune à plus de vigilance »

Le Dr Youcef Laib épidémiologiste membre de la Cellule de crise de suivi de la situation épidémiologique et de l’information sanitaire au ministère de la Santé en appelle au sens de la responsabilité des jeunes. «Il faudrait que la population jeune prenne conscience du danger que représente cette épidémie. Les jeunes peuvent contaminer les sujets âgés et les personnes atteintes de maladies chroniques. Ce sont ceux-là qui pâtissent de la situation», soutient-il. Pour le Dr Laib, cette maladie peut être inaperçue pour certains mais peut s’avérer fatale pour d’autres. «C’est pourquoi, nous appelons la population en particulier les jeunes à plus de vigilance. Et les statistiques sont là pour confirmer le constat que c’est la frange des jeunes entre 25-49 ans qui est la plus touchée en termes de contaminations», soutient l’épidémiologiste. «Ce sont ces jeunes qui peuvent transmettre la maladie aux personnes vulnérables qui au contraire méritent plus d’attention. Nous avons l’impression que certains concitoyens voient les recommandations du Conseil scientifique Covid-19 comme une limitation de leur liberté», se désole-t-il. Or, c’est une question de «santé publique». «Il faut qu’on le dise clairement : la situation épidémique est préoccupante et va encore l’être si la population ne prend pas en compte les mesures barrières qui sont élémentaires (port du masque, lavage des mains, la distanciation…)», conclut le Dr Youcef Laib.