Algérie-Vatican: Une visite historique placée sous le signe du dialogue, de la mémoire et de la paix

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La visite du Pape Léon XIV en Algérie constitue un événement historique porteur d’une forte charge symbolique et spirituelle, faisant de l’Algérie le point de départ d’un message de paix universel. C’est ce qu’a affirmé l’Archevêque d’Alger, le Cardinal Jean-Paul Vesco, dans un entretien accordé à l’APS. Invité par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le souverain pontife effectue ainsi la première visite papale en Algérie, un déplacement que le Cardinal Vesco qualifie de « signal fort » et de témoignage concret de coexistence.

Il a souligné que cette visite agit comme un pont entre les mondes chrétien et musulman, tout en mettant en valeur la richesse historique et culturelle du pays. Le séjour du Pape Léon XIV s’annonce « plein de sens », tant sur le plan spirituel que symbolique. « C’est un responsable spirituel chrétien de premier plan qui visite un pays musulman », a rappelé le prélat, estimant que cette démarche redonne une profondeur particulière à l’histoire de l’Algérie, « terre de Saint-Augustin ». Le Cardinal Vesco a également indiqué que le souverain pontife connaît déjà l’Algérie, pour s’y être rendu à deux reprises avant son pontificat. Cette visite s’inscrit ainsi dans la continuité d’une volonté de « construire des ponts » entre cultures et religions, tout en reflétant la position stratégique de l’Algérie au carrefour de la Méditerranée et de l’Afrique. Abordant les convergences entre l’Algérie et le Vatican, l’Archevêque d’Alger a mis en avant un engagement commun en faveur du soutien aux peuples opprimés et de la promotion de la coexistence. Il a précisé que cet esprit se retrouve dans le thème choisi pour cette visite, inspiré de la salutation « As-salamu alaykum » (Que la paix soit sur vous). Selon lui, le Pape Léon XIV arrive en « homme de paix », porteur d’un message dont le monde actuel a « infiniment besoin ». Il a exprimé le souhait que cet appel à la paix, lancé depuis l’Algérie, soit entendu à l’échelle mondiale, précisant qu’il reposera sur un véritable échange entre les peuples et les cultures. Cet appel, a-t-il poursuivi, doit inciter les croyants de toutes confessions à s’unir dans le respect d’une humanité commune, afin de faire face aux violences et aux conflits qui marquent l’actualité internationale. Évoquant l’héritage de feu Monseigneur Henri Teissier, le Cardinal Vesco a rappelé que l’Algérie demeure un modèle de coexistence, où la diversité religieuse, lorsqu’elle est assumée, constitue une richesse et une source d’enrichissement mutuel. Il a insisté sur la nécessité de lutter contre les discours de haine et de violence, qu’il a qualifiés de « discours de peur et de fragilité ». « Quand on est sûr de son identité, on n’est pas dans les discours de haine », a-t-il affirmé, appelant à un engagement commun contre les fondamentalismes et à la construction d’un monde fondé sur le respect des traditions de chacun. Sur le plan mémoriel, l’Archevêque d’Alger a reconnu l’ampleur des souffrances liées à la colonisation française, évoquant des « blessures profondes » et des « traces indélébiles » laissées par 130 années de domination, notamment à travers les conséquences des essais nucléaires dans le sud du pays. Il a estimé que ces blessures restent liées à une forme d’humiliation difficile à surmonter sans une parole de vérité. « Il y a une blessure, parce qu’il y a une humiliation, et on n’en vient pas à bout comme ça », a-t-il déclaré, regrettant l’absence d’une reconnaissance claire de cette période. Fort de sa double culture française et algérienne, le Cardinal Vesco a exprimé le souhait de voir émerger une reconnaissance franche des souffrances subies, afin de permettre de « tourner la page ». Il a indiqué avoir interpellé le Pape ainsi que les autorités concernées pour que les anciennes puissances coloniales assument leur responsabilité historique. « Je le demande au Pape comme je l’ai demandé à toutes les autorités en capacité de le faire », a-t-il insisté. Installé en Algérie depuis plus de vingt ans et naturalisé algérien, le Cardinal Vesco a conclu en exprimant son attachement profond à sa « patrie d’adoption », saluant la générosité du peuple algérien. « Ici, tu seras toujours en dette d’amitié. Tu ne pourras jamais rendre l’amitié qu’on te donne. Depuis plus de 20 ans, je confirme l’exactitude de cette parole », a-t-il confié.

Sarah Cheriet/APS

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